‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848Chapitre 20 sur 119 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

1* La dissolution des rassemblements extraordinaires de troupes marocaines qui existaient sur notre fronlière, dans les environs d*Ouchda *

V La punition exemplaire des auteurs des agressions commises contre nos troupes depuis le 30 mai ;

3" L'expulsion d'Ab-el-Kader du territoire du Maroc ;

4* Une délimination des frontières de l'Algérie et du Maroc, conformément à l'état de choses existant et reconnu du Maroc lui-même sous la domination des Turcs à Alger.

Les conditions furent d'abord examinées et débattues entre les deux plénipotentiaires français et le prince de Joinville. Les principales clauses du traité étaient celles qui concernaient l'émir et la délimitation des frontières. MM. de Glucksberg et de Nyon voulaient qu'Ab-el-Kader fût mis hors la loi. Le prince demandait des termes plus précis ; mettre hors la loi n'avait aucun sens pour les Arabes ; on ouvrait la porte à des interprétations arbitraires. Il fallait, en outre, selon lui, déterminer les mesures à prendre pour interner Témir ; il fallait, une fois qu'il serait interné, qu'il fût toujours accompagné d'un agent français, soit consul, soit oflScier. Les deux diplomates se récrièrent : aucun agent français ne voudrait accepter le rôle d'Hudson Lowe. La difficulté ne fut pas résolue. On dut se contenter de termes vagues et de vagues promesses.

Le prince de Joinville désirait que la délimitation des territoires fût fixée dans le texte même du traité. MM. de Glucksberg et de Nyon renvoyaient la délimination à un traité séparé. Le prince insistait : « Pourquoi remettre, disait-il, ce qui peut être décidé de suite? » Malgré sa vive opposition, les diplomates remportèrent.

Enfin le jeune amiral voulait faire supporter à l'empereur les frais de la guerre, par paiements échelonnés, et à condition qu'on lui donnerait quittance lorsque Ab-el-Kader serait interné. Les diplomates s'y opposèrent vivement, disant qu'on semblerait payer l'emprisonnement de l'émir, et qu'il était indigne de la France de mettre à prix la tête d'un ennemi. Le véritable motif, toutefois, de leur résistance était dans les instructions qu'ils avaient reçues de M. Guizot, qui, voyant dans la question d'argent le plus sérieux obstacle au traité, avait hâte d'en finir. Le Journal des Débats, inspiré par lui, dissimulait de honteuses complaisances sous un vain éclat de mots : « La France est assez riche pour payer sa gloire. »

Le maréchal Bugeaud fut aussi consulté sur cette question, et se prononça contre l'opinion du prince, « Pourquoi stipuler de l'argent? disait-il : on ne sera pas payé; et il faudra reprendre les armes pour faire rentrer la contribution de guerre. » Puis, par une de ces bizarreries que l'on rencontrait souvent dans son caractère, une fois le traité signé, il trouva qu'on avait été trop indulgent. Il faisait du traité une critique amère, et oubliant que le prince de Joinville avait été opposé aux clauses qu'il blâmait, il exhalait contre lui sa mauvaise humeur en langage de soldat : « Votre prince de Joinville, s'écriait-il, est un grand mollasse. »

Quoi qu'il en soit, le traité, signé le 10 septembre, fut accueilli en France avec un étonnement mêlé d'indignation. Qu'était-ce donc que ce traité consenti sans garanties, sans réserves, aux conditions offertes avant la guerre? Vingt millions avaient été dépensés, le sang de nos soldats avait coulé, et la France ne tenait compte ni des sacrifices d'ar-

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gent ni de là mort de ses enfants. Avant même les ratifications, on retirait la flotte ; on levait le blocus, on évacuait File de Mogador. Il y avait dans cet empressement quelque chose de significatif qui trahissait la véritable pensée du cabinet des Tuileries. Ce n'était pas avec le Maroc que Ton traitait, c'était avec l'Angleterre ; on ne songeait père à châtier le Maroc, mais à satisfaire l'Angleterre, et FAngleterre commandait une retraite immédiate; et les tories avaient le soin de s'en glorifier hautement. Leur organe principal, le Times^ en faisait ainsi part au public anglais : «c Nos lecteurs apprendront avec plaisir que Farrangement de l'affaire a été amené par notre gouvernement, qui s'est servi de M. Bulv^er, notre ministre en Espagne. y>

C'est à cette condition seulement que le ministère anglais avait consenti à mettre fin aux démêlés sur Tahiti. Lord Aberdeen, tout en humiliant M. Guizot, se donnait les mérites de la modération, et demandait en retour une modération égale. Avant de conclure l'affaire Pritchard, il avait été bien convenu que le maréchal Bugeaud et le prince de Joinville recevraient l'ordre de quitter les frontières du Maroc, et que le traité serait fait de manière à rendre la paix inévitable. Alors s'apaisèrent les ressentiments du cabinet anglais. Car, ainsi que nous l'avons déjà dit, les véritables causes des ressentiments étaient en Afrique. Tahiti ne fut jamais qu'un misérable prétexte.

Mais en France, Tahiti devenait un trop légitime sujet de honte. Le gouvernement avait ofiiciellement reconnu le droit d'expulsion, la justice de l'expulsion, les méfaits de Fexpulsé, et le gouvernement accordait une indemnité I Il constatait le crime, et récompensait le criminel ! Il payair

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tribut à la révolte, et s'humiliait devant un insurgé de bas étage f

Et comme pour rendre plus sensible eneore la faiblesse de cette transaction, des faits nouveaux venaient justifier les mesures prises contre l'intrigant missionnaire. Les semences de révolte qu'il avait laissées derrière lui portaient leurs fruits. Au moment même oii M. Guizot faisait amende honorable au révérend Pritchard, des dépêches venant de Tahiti annonçaient que les indigènes étaient en pleine insurrection. Dans les premiers jours d'avril, des combats sanglants avaient été livrés, et quoique la victoire de nos troupes eût été décisive, elle n'avait pas été obtenue sans le sacrifice de quelques-uns de nos braves. L'esprit de Pritchard régnait encore dans l'île , et les missionnaires restés après lui, fidèles à ses traditions, avaient prêché la guerre sainte.

Ces événements offrirent de nouveaux aliments à l'indignation publique. Ils auraient pu fournir des arguments contre les exigences de l'Angleterre. Mais tout était conclu ; l'entente cordiale était rétablie. M. Guizot était trop ami de la paix pour faire reproche aux Anglais de la mort de quelques soldats.

Il était alors préoccupé surtout du désir de donner à l'Europe un éclatant témoignage de la complète réconciliation des deux peuples. Lous-Philippe avait projeté une visite à la reine Victoria, soit en commémoration du voyage de S. M. Britannique à Eu, soit plutôt pour avoir une de ces conférences intimes oii deux souverains peuvent agir en liberté sans l'intermédiaire de leurs ministres. Le moment parut favorable alors que venaient de se dissiper les nuages qui avaient un instant obscurci les relations amicales des

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