CHAPITRE II
applaudissements de la jeunesse aux beaux temps de la Sorbonne. Inutiles efforts du talent ! Le Luxembourg reste sourd aux leçons des maîtres de la science; c'est d*une autre région que lui viennent ses inspirations, et ses votes sont dirigés par l'invisible main des jésuites.
Et cependant, ils ne trouvèrent pas que ce fût assez. D'autres concessions furent commandées à M. Villemain ; il fallait qu'il livrât pièce à pièce tous les droits de l'État, tous les débris de l'université. Déjà sa conscience lui reprochait d'avoir trop cédé ; et Ton exigeait plus encore. Assailli par les évéques, obsédé par la cour, harcelé par de mystérieuses influences, accusé par l'opposition, menacé par le fanatisme, le ministre tomba dans un sombre découragement. Sa santé fut gravement altérée ; une des gloires de l'université, une des plus brillantes intelligences de l'école sembla s'éteindre tout à coup au milieu de cette lutte ténébreuse qui se passait dans des régions inconnues au public.
Mais si le coup fut rude, il ne fut pas durable. Rendu à la vie privée, délivré des tourments politiques, M. Villemain eut bientôt retrouvé toute la puissance de ses facultés, heureux de fuir dans la retraite les orages soulevés par l'ambition des gens d'église.
Il fut au commencement de 1845 remplacé par M. de Sâlvandy, homme de plus facile accommodement et mieux fait pour pré>ider à la décomposition de l'université.
Les inquiétudes s'aggravaient surtout par l'influence toujours croissante d'une corporation religieuse qui, n'ayant pas même le droit d'exister, avait la prétention de commander. Les jésuites, formellement exclus du territoire par la loi, reparaissaient dans les villes et les campagnes, non plus à la dérobée ou avec réserve, mais ouvertement, dans des m. 3
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établissdineats publics, dans de« ifiai$0D^ $dnpliieiisa« , étalant noorseulement leur ioipuuité, mais leur puiasauoe, et disputant TéducatioB publique à VÉtat, qui, pour être délivré d'eux, u'ayait qu'à faire son devoir, et neToaaitpsis.Le pau-^ voir mystérieux de la fameuse congrégation posait ^W d09 ministres sceptiques, que n'exeusait auoune oonviotian religieuse, mais qui se sentaient avertis par les ménagements du roi et le fanatisme de la reipe. Depuis plusieurs années, de ^ombreuses réclamatious s'étaient élevées du sein da U presse, du parlement et de l'université, contre les envahisses men|s progressifs d'une institution proscrite qui dominait dans les conseils du gouvernement; et à mesure que les plaintes se multipliaient, se multipliaient aussi les repuiresi de l'illégalité. Une puissante hiérarchie occupait tout le ter^ ritoire divisé en deux provinces, la province de I^yon et )2| province de France. Yingtrsept maisons considérables tét* moignaient des richesses de Tordre et de son influofice ; do vastes correspondances étendaient sa doipination ; et de Rome, oii siégeait le général des jésuite^, le p^re Hpoth^aq» partaient des ordres qui étaient exécutés dapti tOU^ les ço\^ de l'Europe.
Les amis de la liberté étaient justement a]armési ; et pafHmi les parlementaires monarchiques qui avaient appartenu à l'école libérale, se réveillèrent les souvenirs dei leurs aP'ciennes luttes ; ils résolurent de reprendre VçifieiAsive çop-i tre le vieil adversaire qui avait profité de leur sommeil pour reprendre des forons. Ce fut M. Thiers qui ^'en chargea,
Le 3 mai, il vint à la tribune réclamer Texécution des lois.
Après un précis historique dans lequel il rappelait les anciennes ^accusations portées contre les jésuite$^, lour e^i^pul-r
C8AY1TEI fl. 43
^QQ pjir aPFÂts àù$ parlements; leur candimBalion par la COUP 40 Rome, leur re|our furtif sous Fempipe, leur résur-^ vectim officielle ep 1814, leuF affaiblissemenl en 1826 et 1828, enfiQ leurs immenses envahissements 4^puis 1836, rorateur sommait le gouvernepient d'agir ; le moment était venu de se ^rvir des lois, car une collision existait, et il y avait un danger véritable a fermer les yeux. Cette collision, ee 44ilger, venaient d'une fausse interprétatioq de la liberté, quQ guelquesruns vquiaient confondre avec le pouvoir de tout fgirf. Protégef l^ religion du pays, e'est un devoir ; mais f^ipe fe^peoter 1^ règle m^ ministres de eettç religion, c'est un 4roit. Étaitrpe pgpr avoir ei^éeuté aveo trop de rigueur les lois suf' 1^ pleFgé qu'une eoUii^ion avait eu Heu? Non; oar voici ce qui était arrivé. Un mouvement peligieu^i, qu| eût pu être l»euroHseïpen| fécond, si flp pe l'avait interrompu par des iipprufl^pces, ppipiijeuQait k s'pcpQniplir. Quelques esr: pritsi exagérés y av^iieptf vu V^uf^re d'une puissance nous yelle, et çiy^ient cq^çu la pepsée d'obtenir pour le clergé réduçâtJQn 4e h jeunesse. Si ce n'oyait été là qu'un vœu, il n'y {lurçiit eu fi^n à dire, JLa çhartp n'avait pfis 4ouué à tous 1^ liberté complète d'^çtigp^ mais elle laissait k tPUS h liberté complète d'ftpiniûu. Jf^iS que fiHuf Qn outragea UPe des grandes institutiqps 4^1'Ë^t, l'upiyersité. Qui faisait cela? Des écriyaips obscun et sans mi^Mou- Non; des pasteurs, 4es évéques, c'estràT4ire des l^omu^e^ à qui leur qualité, par cela même qu'elle ^st plus augu^te^ impose 4es règles plus sévères. l«es ministres 4e ]a religion qui s'étaient ainsi ren-r dus coupables, furent appelés f|evau( le ponseil d^l^tat qui déclara l'abns. Ce tribuual fi|t-il respecté î Non. Par des actes collectifs qu'interdisent les lois, par des 4éclarations signées par tpus les évéques d'uRc prqvjnee, Val>us fut re-
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Qouvelé. Dans ces actes déplorables, Toubli des lois était devenu manifeste ; la collision était flagrante. Il fallait mettre ordre à un pareil état de choses, et il n'y avait de remède que dans l'application immédiate et sévère des lois.
M. Thier^ termipait par ces paroles remarquables :
« Si, en cherchant à appliquer des lois incontestables, vous trouvez des difficultés, vous aurez dans les chambres, je n'en doute pas, une adhésion forte et unanime. Nous ne sommes pas des ennemis perfides, venant vous dire : « Jetez-vous dans les difficultés, pour que nous ayons le plaisir de vous y voir. » Non, qui que vous soyez sur ce banc, le jour où, pour faire triompher les lois du pays, vous rencontrerez des difficultés graves, nous vous apporterons des moyens de les vaincre.
« L'acte que je fais aujourd'hui vous prouve que si c'est une difficulté grave dont on vous charge, je consens avec mes amis à en prendre notre part ; car si l'on vous qualifie d'une certaine manière, si Ton cherche à vous rendre odieux, nous serons de moitié avec vous. 11 n'a pas manqué de conseillers qui nous ont dit que les opinions que nous représentions devaient, en songeant à un avenir peutêtre prochain, ménager de grandes influences. J'ai répondu, et mes amis ont répondu avec moi, que le désir de faire triompher les lois du pays est le premier de nos devoirs; que notre cause, dùt-elle souff'rir à quelque degré, dans quelque occasion, de l'énergie que nous apporterons dans notre conduite, nous nous y résignerons ; car, avant tout, nous voulons que les lois du pays s'exécutent, et que l'esprit sage et modéré de la révolution française triomphe de ses ennemis.
« Je le déclare en mon nom et au nom de mes amis, ce
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n'est pas une difficulté que nous voulons mettre sur vos bras ; c'est une difficulté que nous voulons vous aider à résoudre. »
Là réponse embarrassée du ministre des cultes, M. Martin ( du Nord ) montra combien la question lui semblait grave, combien elle lui commandait de ménagements. Il n'hésitait pas, disait-il, à reconnallre que le gouvernement était armé contre des associations religieuses illégales. Pas une des lois anciennes n'était tombée en désuétude. Bien plus, elles n'avaient jamais cessé d'être appliquées ; mais était-il temps de les appliquer de nouveau? Était-il, en effet, question d'une collision sérieuse, et se trouvait-on sous la menace d'une guerre de religion? Non, il y avait eu des imprudences commises; mais le danger ne paraissait pas tellement pressant qu'il fallût précipiter l'emploi des mesures. Le gouvernement était armé ; il userait, au besoin, de son droit; mais dans une question qui intéressait la religion du pays, il fallait laisser au gouvernement une certaine liberté, quant au choix du temps et au choix des moyens.
Cette réponse ne satisfaisait ni les libéraux, ni les catholiques : aux uns elle paraissait un subterfuge, aux autres un acte de faiblesse. Représentant de ces derniers, M. de Camé prétendit que les- accusations contre les jésuites n'étaient qu'un prétexte pour attaquer l'Église elle-même. « Je voudrais bien savoir, ajoutait-il, si Bossuet, si Fénelon, s'ils revenaient au monde, seraient avec vous dans votre force, ou avec nous dans notre faiblesse. A l'époque oii vivaient ces deux grands génies, il y avait une lutte entre les évéques et les magistrats. Bossuet le giallican, et Fénelon l'ultramontain se réunissaient et disaient : « Malheur au « royaume, si l'on entend jamais les libertés de l'Église gai-
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« licane eomme les entendent les tnagistttits^ et aoti tothlûH h les entendent les érêques ! rf
H Malheur à la France ! s'écria, en réponse, M. buf^lii) si Ton entend jamais ces libertés bomme les euteudent les jésuites ! Ge n'est pas ici une question religieuse^ tiiâis une question politique; C'est au fcontraire défendre la cause du dengé que de chercher à la séparer d'hommes imprudents qui s'attachent à l'Église pour lui nuire. Il y a ici une question (Politique) la question de l'existence légale et illégale des corporations dans l'État. Il y a des associations de prêtres autorisées t)ar la loi ; il y a des congrégations qui ne présentent aucun danger, et qui ne sont pas uti État âans l'État ; mais la société dès jésuites est tout autre chose^ Lé jésuite n'est pas un individu; c'est un être complexe; il existe à l'état de membre de sa congrégation. Les dangers d'une ^associatiofa pareille sont écrits dattS l'histoire; elle à son éhef à l'étranger; elle reçoit sa direction de l'étranger; Pour elle, le rbyâurtiô de Frianee n'est qu'une province, et la mbins favorisée de toutes-. Les autres Français prêtent sentent d'obéissance du roi et aux lois du royaunie* Le jésuite n'est'jplus Française il prête Serment d' obéissance absolue à un supérieur étranger ; il lui sacrifie son individualité ; il est ëntre'^ses mains comme un cadavre, perinde àô cadaveri La société de Jésus a Un caractère essentiellement politique, et porte^ dans ses prétentions temporelles eet esprit dominateur et turbulent qui la fait redouteir des seuve^ainsg et des papes euxmêmesi »
La question, ainsi posée sur son véritable terrain^ éveilla les passions. M. Berryer attaqua l'existence même des lois sur les congrégations^ et fit appel au principe de liberté.
Ceteltrâfguffleilt ordinaire des îégitittiîstësi depuis ^liMl» étaient tes i^lu^ faibles. Quant aut radicaux, ils ne prirent ^oînt part à la discussion. Partlsatis de la liberté en toutes choses, ife ilè voulâiétit pas attaquer le principe d'associa-» tiôtl, médie ihet leurs adversaires ; mais sachant tous le^ t)érils qU'entfainaii la tolérance pour les jésuites, ils M voulaient pas défendre, au nom de la liberté, les plus g^atîdî' êMftemis qUë la liberté pût craindre.
La disctission parlemehtaire se terttiltia par un Ordre dU jbtir proposé par M. thiërs lui-mêtne, en ces termes t « La chambre, se reposant sur le gouvernement du soiil de fàiî'e exécutei^ les lois de TÉtal , passe à Tordre dû jour. »
tJne imrhenéè majorité âcciieillit cette proposition. Les jésuites étaient déjà fei puissants, qu'en, invoquatit la loi, la Éhatobre pensait faire acte dé dôuragé.
C'était polit* le gouvernement uii embarras. L*Église faisait peur àiix iltis, elle avait la sympathie ries autres, et I*Église se faisait Volontiers solidaire des jésuites. Cependant la décision de la chambre et la préssiori de l'opinioû publique eotlt^aighâient d'agir. Lé gouvernement reconnaissait bien qu'il avait légalement elitre les mains les âfmé^ temporelles : mais s'il en usait tout d'abord, le clergé pou-^ vait prendre l'affaire des jésuites pour sa propre affaire ; il s*agissait d'tinè lutte contre le pouvoir spirituel, ôU contre iliie partie dit pouvoii* spirituel. Le ministère jugea prudent flé faire intervenir d'abord le pouvoir spirituel supérieur, et d*aV6ir Tàppui de ftômé.
tin mèttïbre du eoiiSeil royat de l'itistructloti publique, M. Rossi, fiit député auprès du pape pour réclamer du Saint^Siégè lâ dôtliré des élablissemetits des jésuites éii
4t) HISTOIKE DE HUIT ANS.
France, des chapelles et des noviciats, et la dispersion de ceux des membres de Tordre qui s'étaient réunis pour vivre en commun. Il avait, en outre, mission de demander que ceux d'entre eux qui voudraient continuer à résider individuellement dans le royaume, rentrassent dans la catégorie du clergé ordinaire, et fussent soumis à Fautorité des évêques et des curés.
Cette négociation rencontra d'abord de sérieuses difficultés. La cour de Rome n'osait, par un refus d'intervention, accroître les embarras du cabiuet des Tuileries ; il lui coûtait, d'un autre côté, de dissoudre une milice entreprenante, qui était pour l'Église un surcroit de puissance et un grand moyen de domination. Aussi les premières réponses ne furent-elles que des subterfuges. La congrégation des affaires ecclésiastiques extraordinaires fut réunie le 24 juin, pour arrêter la réponse à faire aux ouvertures de l'envoyé extraordinaire du roi des Français. Elle décida à l'unani- . mité que le Saint-Siège ne pouvait ni ne devait prendre aucune part à des mesures qui concernaient les droits constitutionnels de citoyens français.
Cette décision laissait au gouvernement français toutes les difficultés de la situation. Ce n'était pas même une réponse, car on interrogeait le pouvoir spirituel, et il répondait par un lieu commun constitutionnel.
M. Rossi s'adressa directement au pape, lui fit connaître l'état des esprits en France, lui signala les périls d'une lutte qui ne pouvait manquer de s'engager et dans laquelle serait peut-être compromis le clergé tout entier. Grégoire XVI se rendit à ces arguments, et entra en négociations avec le père Roothaan ; car le pape lui-même était contraint de ménager cet ordre formidable ; et bientôt les jésuites de France re-
CRAPITEfi II. 49
curent de leur général l'injonction officielle de se soumettre aux lois du pays. Hais cette soumission n'était que fictive.
Les jésuites fermèrent avec éclat quelques-unes de leurs principales maisons, sans abandonner ni leurs projets ni leur clientèle ; et, de même que sous Tempire les jésuites avaient reparu sous les noms empruntés de Paccanaristes et de Pères de la Foi^ de même, sous le gouvernement de juillet, ils déguisèrent leurs noms et débaptisèrent leurs maisons, plus réservés toutefois qu'auparavant, mais non moins influents.
Il y avait d'ailleurs dans le parti catholique des esprits violents, absolus, ennemis de la révolution et décidés à reconstruire de la base au sommet Tancien édifice de l'Église. Leur représentant politique était M. de Montalembert , homme de rhétorique plutôt que de talent, audacieux en paroles, timide dans sa conduite, de noble naissance et d'allures communes, presque seul de son parti parmi les hommes parlementaires, et brillant plus par défaut de concurrents que par son mérite, plus sceptique au fond qu'enthousiaste, et se faisant un rôle au xix* siècle en parlant la langue des croisades.
Ce jeune pair eut occasion de revenir sur la question des jésuites dans la discussion du budget des dépenses. H. Guizot, interpellé sur la mission de H. Rossi, en avait fait connaître les résultats à la chambre; M. de Montalembert lui répondit par un nouveau défi. Selon lui, il y avait dans ces questions tout autre chose que l'affaire des jésuites.
« Non-seulement, ajoutait-il, tous les catholiques en France, mais ce qu*on appelle le parti catholique n'est pas jésuite et n'a pas son .général à Rome; tout le monde.
tb HISTOlllE 0K btnt ANS.
tsxisepté les jésuitèis eux-métneHv diefnèuiiB en poséesbién des libéHés données par là thârte. AinM dt)HC) si Tavânt-garde catholique bvait dû déposer les armes^ vfdk fait^ il restait encore l'arniée tout entière ; il restait ceà quatre-vingts étt^ que» qui avaient réclamé Taanée dernière contre le projet dé loi sur Tehscigtiement secondaire, et les soixante évéques qui avaient protesté contre les envahissements du pouVoir temporel sur la liberté de consdence;
tt Rien n'était fixé, rien n'était changé ; il n'y avait qu'un prétexte de moins ; la question de la liberté de l'eniei-^ gnementj delà liberté religieuse restait entière.
« Irait-on demander à Rbme l'approbatiou dû motttopole univen^itaire ? Cela était e^^entieU sinon la lutte serait lotogue ericorci
« Une main sur l'Évangile et l'autre mt là charte^ disait^l en terminant, hous continuerons la lutte que nous avonB engagée contre le monopole ; nous vous attendront sûr ce terrain-là l'année proéhainCi »
M. Ûui2bt4 tout étourdi de eette violente apos;trophe) au lieu de faire dignement fôce à rennbmi^ s'efforça de prou^^ ver que l'ennemi n'existait pas.
« Non, dit- il, nm, l'Église catholique li'est pab Une hrmée campée au milieu de là FraUËei l'Église bàtfadlique u'est point eu gUerre avec le gtjuvfemement du rx)i*; l'É^lisé catholique U'â point d'avaût-garde ëh face du gUUVenke-' ment ; l'Église catholique est une Égll^iè française-, fràU-* çaise et universelle, qui Vit eh FfaÉtje soU& là proteôtion du gouvernement français, qui profite.de ses lois, qui léii respecte et qui donne à tout le mottde l'eiemple de leB respecter. Il h'y a point de guert^ entre elle et noU^î 6e »otit là dèd mots fttut 6t tfouipeurs^ ^ui ont pU M^
Verse}" ëëttë «Mfilbfe; mais (}ui ne ddivëiit paâ y t*ester. »
Yâihs subtei'fllgeg, ihutilë faiblesse. QuâUd M. GUizdl s'écriëit : « Il n'y a p'ùM fle gUërJhd éhthe l'Église et hôU^ >* le Chef politique de l'Église vetiait de déclafet^ là gilél^fe. M; de Motitaletabert eut au tnoins l'avantage de là frah^ ehise 61 de l'audace, fet lô ministre n'échappait à une ptDvdcâtiett qti'eti la ttîant; C'est àin^i tJU'il avait adfcuëillî l'âffî^oni du 15 juillet, en disant : >» Ce d^est pà^ Utlë in^sUlte; »
Lés catholiques, plus courageux et plus constants, {tHUt^ suivaient les hostilités en démolissant pièce à pièce l'ubi* versitë^ et ne flifent pas plus désarmés par lés ëomplhisanceâ de M. de SalVandy^ qtie pai" les lâchetés flè M. Gui^nt.
Diverses. propositions de féfôhne éledtdrale et jpaflëriieôtaire furent Introduites dans cette session, ëâtiâ plus de succès que les annéeë précédentes;
M. de RétaUsàt rënoUVelà sa demande relative âUï îù^ Mmpatibilités ; M; Ledru-RoIIin proposa l'abolition dU èens d'éligibilité^ et une allocation quotidienne à ctiâqUé membre dé la ëhàmbre des députés, à titre d'Indemnité \ M: Grémieux Voulait l'adjonction dé la seconde liste du jury à la liste électorale, ce qu'on appelait l'âdjohctldn dés (Capacités; Ges propositions furent ^Uëéèssivemetit réjetées.
Une légère mudificatioU cependant fut intmduite dan^ té mode de votation. Sur la proposition de M; Duvérglër dé tfauranne, lé scrutin public par division ftat ëdmiii ; mais lé bérutin sëcrët demeurait toujours facultatif sur la de-' mande de vingt membres^
La Vision fut didsè le 8t juillet^ aprSé tiUë le âiintstëfè
eut passé par une série de vicissitudes parlementaires qui avaient aux premiers jours compromis son existence. La faible majorité qu'il avait obtenue dans la discussion de l'adresse, et surtout dans le paragraphe concernant l'affaire Pritchard, avait un instant fait croire à sa retraite ; mais il s'était raffermi dans la discussion sur les fonds secrets, et surtout par le défaut d'accord de ses adversaires. M. Mole, à la tête d'une fraction des conservateurs, ne pouvait faire alliance avec M. Thiers gouvernant le centre gauche , et ces ambitions rivales venaient dans leur isolement offrir des occasions de victoire à l'adversaire commun. ^ , La chambre elle-même tantôt s'amoindrissait dans des luttes stériles, tantôt s'abaissait par des votes complaisants. L'affaire Pritchard surtout avait profondément indigné : ce n'est jamais impunément que le scrutin ouvrage l'opinion publique, et les décisions qui portent avec elles une insulte à la nation, sont avant tout funestes à l'assemblée qui les prononce. Ainsi en fut-il du vote sur Pritchard : la chambre déconsidérée n'avait plus d'autorité morale ; elle s'était condamnée à une dissolution prématurée : usée par les victoires ministérielles, elle avait convaincu le ministère lui-même qu'elle ne pouvait plus être un appui ; et à peine venait-elle d'achever sa troisième session, que partout on annonçait qu'il lui serait impossible de compléter le temps de son existence légale : déjà se préparaient les luttes électorales, déjà l'on se disputait la succession d'une chambre debout encore, mais d'avance condamnée.
La gauche constitutionnelle forma un comité électoral composé de MM. Odilon-Barrot, Gauthier de Rumilly, Abatucci, Havin, de Tocqueville, Bethmont, etc. Le 16 juillet, le comité publia un manifeste dans lequel il invitait
CAAMTRE IT. 33
Topposîtion à réunir ses efforts pour entrer avec avantage dans la lutte électorale qui allait s^engager. Depuis cinq ans, disait le manifeste , le pays subissait le ministère du 29 octobre, mais ne l'avait point accepté. La chambre lui laissait le pouvoir, mais lui en refusait les conditions. Faiblesse au dehors, corruption au dedans, concessions sans réciprocité faites au maintien d'une paix que rien pourtant n'assure, horreur profonde des réformes les plus nécessaires : tels étaient les exemples donnés par un ministère décidé à sacrifier à son ambition Thonneur et les intérêts de la France.
La circulaire invitait donc l'opposition tout entière à se réunir et à resserrer par des rapports plus fréquents les liens qui unissaient ses diverses fractions. On devait atteindre ce résultat par la création d'un comité central composé de membres de la chambre des députés, et par la correspondance de ce comité avec des comités locaHx de département, d'arrondissement.
De leur côté , les conservateurs se répandaient dans les départements, pour maintenir leurs électeurs attiédis, les stimuler par des harangues et des promesses, et regagner à Tombre du clocher le terrain qu'ils avaient perdu dans l'enceinte du Palais-Bourbon. Chacun se mettait en campagne, et les muets même de la chambre trouvaient auprès des villageois censitaires de formidables accents d'éloquence.
M. Guizot lui-même, qui avait pourtant fait ses preuves, ne crut pas devoir se dispenser d'une harangue extra-parlementaire. Invité à un banquet, le 10 août, par les électeurs de Saint-Pierre-sur-Dives et de Mezidon, il recueillit de faciles applaudissements en vantant les bienfaits de sa
t^k HISTOIRE PIS qU|T ANS.
politique. Wftig u ?yait à cœur aus?i 4p répondw pHbUqwp-
iflCBt ^I13ç apcusajiû^s de çorrHptiofl, 4pvwues le Jhènje cpust^Bl; 4fi t? paléipique quQ^diçnnQ. fllj 4p fai|, 1^ p#net., par ses menées puy^fte;^ et caçtéfis, pe prêtait quç t^pp ^m ju^tps rçprpobe^ qui s'éleYftjeiil; d^ tqutes parts, ^eg arrQW-^ 4is§emfint8 qui euvQjaiepj; des 4éput^^ sur les banpJi i«wi3tériels, étaieut popiWé^ de faveur^; leurs éçplgs étaieu^ mjeiix 4fttéps, leurs églises mieux fpurniç^» leurs routes miôu?^ fiptrptenufis. (i se faisait une iujuste répartition des 4€ipi^rs 4€J l'État, UQB s^lou les. bpsqips, ipais selon Jps. votes, et la coDstruction d'un pont, Tencaissemieut d'une rivière, Je 4éfricheu)ent 4'hUQ lapde , 4épen4ait du phiffre des électeurs pompiaisapt?.? beaucoup plus que 4es uéçessitésclu territoire. C'était, ppur aiusi dire, uue corruptiou cqlleptiye, uioips p4ieuse , eu apparpnpe, que la cprruptiop individuelle ; mais plus dangereuse parpe qu'elle se faisait sur une plus largp échelle, et qu'elle se présentait au^ consciences sous la forme de bien public.
On ne se faisait pas faute 4'ailleurs d'y joindre les faveurs personnelles ppur les électeurs influents, les bourses dans les collèges pour leurs eufants, les petits emplois pour leurs parents, les bureaux de tabac, les bureau?^ 4^ poste, etc. , trafic passé par l'habitude h Tétat régulier, pt accepté par les consciences faciles comiue une 4es condir tions du gouvernement représentatif.
Il est facile de comprendre que l'arrondissement qui envoyait M. Guizot à la chauibre, devait recueillir une ample moisson des faveurs réservées. Il lui revenait donc une l)onne part des reproches 4e vénalité. M. Guizot voulut calmer les ppuscieppes, ef Jps uipttre ep gar4e CQutrp de trop dplipatfis suspeplifeilités. Il le fit, çn pette opçasjou,
OBA^IT&E II. M
av«cuiie a\idaoieusâ naïveté, h Parce que je vous ai aiëéa « quelquefois, dit*il, à réparer voa églises, à construire vas « presbytères et ves écoles, à assurer une carrière à vos ff enfant^, avez-voup cessé de voter librement et coni^oien-: « oieusement? Vous pentez-vous corrompus? h Étrange le-i çon de morale! Le corrupteur vient demander aux eerr. rompus a4Is ont le seutiment de leur corruption, et parce que, dans leurs actes coupables, ils se sentent encore le cœur léger, il sMmagine avoir fait tomber les reproches et con^ fendu l'accusation. Telles étaient les grandes théories repré-^ sentatives de Thomme qui passai^ pour le plus éminent défenseur de la monarchie.
L'orageuse session qu'il venait de traverser iui avait assuré une victoire, vivement disputée, il est vrai, mai^ suffisante pour le grandir aux yeux des hommes qui se font toujours une opinion sur le succès ; et les rustiques électeurs de SaintrPierrensur-:Dives considéraient avec un ébahissement respectueux cet homme assi^ à une piéme table avec eux, après avoir triomphé dans lès grandes batailles parlementaires livrées contre les plus redoutables orateurs dos deui oppositions. Il leur présentait encore comme un nou-f veau titre de gloire la conclusion définitive de la fameuse affaire du droit de visite. Après une lutte de quatre ans, tantôt contre la chambre, tantôt contre les o^igences du cabinet britannique, l^. Guizot avait enfin obtenu quelques eoflcessions qui lui permettaient de sortir de la position difficile oii il s^était engagé. Le duo de Broglie, au nom de la France, le docteur Lushington, au nom de l'Angleterre, avaient, le 34 mai, signé un traité, oji le droit de visite réciproque n'était plus reconnu, chaque nation devant faire la police 4o ses propres bâtiments. L'honneur national, satis^
fait sur ce point, Tétait encore par une clause qui établis^ sait l'égalité dans le nombre des croiseurs de chaque pays, et par la réduction des zones. Par l'article 1®% le roi des Français et la reine de la Grande-Bretagne s'engageaient à établir, sur la côte occidentale d'Afrique, chacun une force navale de vingt-six bâtiments, tant à voiles qu'à vapeur. Ce traité était conclu pour dix ans. Si, à la tin de la dixième année, les conventions antérieures, c'est-à-dire les traités de 1831 et 1833, autorisant le droit de visite réciproque, n'avaient pas été remises en vigueur, elles devaient être considérées comme abrogées.
Ce traité, dont M. Guizot voulut se faire gloire, était véritablement un triomphe pour l'opposition. Elle avait -repoussé le droit de visite que M. Guizot avait soutenu, et le traité du 34 mai consacrait en fait l'abolition de ce droit, n n'y^ avait donc pour le ministère d'autre succès que la solution d'une difficulté créée par lui; il y avait pour l'opposition le triomphe d'un principe soutenu par elle.
L'intervalle des sessions est d'ordinaire un temps de repos pour les ministres. Mais il y avait parmi eux un nouveau venu, dévoré d'une activité fiévreuse, voulant toujours faire quelque chose et quelque bruit, M. de Salvandy. Caressé, d'ailleurs, par le parti catholique, et docile à ses instructions, il était et par sa nature et par ses engagements plus disposé à troubler l'université qu'à la raflfermir. Or, le conseil royal de l'instruction publique, composé d'hommes modérés assurément, mais plus voués à la science qu'au culte, et la plupart assez sceptiques en matière de foi, «e semblait pas au parti prêtre assez disposé aux concessions ; il y avait, dans cette assemblée de savants, des traditions qui s'opposaient aux usurpations ecclésiastiques, et
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ces traditions étaient une force qui, par elle seule, pouvait suppléer même au défaut d'énergie des hommes. Le clergé avait donc à cœur de briser cet obstacle, et M. Salvandy s'y prêta complaisamment. D'abord, par une ordonnance ministérielle, en date du H août, une commission fut instituée pour réunir les lois, décrets, ordonnances, statuts et règlements qui régissent toutes les branches du service de l'université, et pour en préparer la révision et la codification. Ce travail aurait pu être confié au conseil royal, ou du moins à des hommes choisis parmi les hauts dignitaires de l'université. Mais le but secret n'aurait pas été rempli, et Ton vit appeler à cette difficile tâche des hommes étrangers à toutes les connaissances spéciales qu'exigeait la matière, et connus seulement par leur dévouement aux ennemis de l'université.
L'activité dissolvante de M. de Salvandy ne s'arrêta pas là. Une nouvelle ordonnance du 7 décembre 1845 reconstituait le conseil royal sur les bases créées par le décret oi^anique du 17 mars 1808, et le ministre, dans son rapport au roi pour provoquer cette mesure, déclarait que le conseil royal ne reposait pas sur des bases légales, frappant ainsi de nullité toutes les mesures prises depuis 1815.
C'était un triomphe éclatant remporté par les adversaires de l'université; les défenseurs de cette grande institution ne pouvaient le souffrir sans protester. Ce fut la première question traitée à l'ouverture de la session. Le 8 janvier 1846, M. Cousin fit retentir le Luxembourg de ses plaintes éloquentes.
<c Un acte ministériel, dit-il, préparé dans l'ombre, est venu tout à coup, troubler la paix qui sied si bien au département de l'instruction publique, et remuer ses deux grandes III. 4
^0 HISTOIRE DE HUtt ANS.
mais avec une franchise qui n'eût pas été sans grandeur. '( Demandez l'arbitraire si vous en avez besoin, disait admirablement M. Royer-CoUard , demandez l'arbitraire ; mais ne le déguisez pas sous une parure légale. »
M. de Salvandy se défendit avec audace. Le conseil royal avait, selon lui, trop de pouvoir. Immobile, tandis que les ministres passaient, placé entre les ministres et les bureaux, tenant l'administration sous sa dépendance et par suite le ministre lui-même, il agissait sans contrôle, sans responsabilité, et laissait au contraire au chef de l'université la responsabilité d'actes que souvent il n'approuvait pas. Un pareil état de choses ne pouvait durer plus longtemps.
En cela M. Salvandy se trouvait d'accord avec l'opposition radicale, qui, depuis longtemps réclamait contre le despotisme des huit proconsuls qui formaient le conseil royal; mais en même temps l'opposition soutenait avec raison qu'un ministre ne pouvait, dans une aussi grave question, substituer une ordonnance à une loi, et remplacer le despotisme de huit proconsuls par le despotisme du grand maître de l'université ; elle voulait qu'une loi sur l'enseignement secondaire réglât ces questions, loi promise par la charte, en vain attendue si longtemps, présentée par M. Villemain, devenue l'objet d'un rapport de M. Thiers, et toujours ajournée par les efforts du clergé et les complaisances des ministres.
Tel était le véritable état de la question. Mais M. de Salvandy, au lieu d'une loi nouvelle en harmonie avec le nouvel état social, revenait à la loi ancienne ; au lieu d'une loi sortie de la révolution de juillet, ramenait une loi de l'empire. C'était désorganiser au lieu de fortifier l'université, et c'était ce que l'on voulait. Aussi le ministre fut-il secondé par
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