‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848Chapitre 40 sur 119 · CHAPITRE IV. Ut · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. Ut

lorsqu'à la distance de quelques pad de lui, il eut le bonheur d'en entendre un qui disait : « Ahl c'e^t Berthon ( »

Le succès était complet. Quelques instants, après» le prisonnier franchissait la dernière issue de la forteresse. Charles Thélin courut chercher à Ham le cabriolet qu'il avait loué la veille au soir, tandis que le prince, toujours chargé de sa planche, se dirigeait vers la grande route de Saint-Quentin. Il y était à peine arrivé, que le roulement d'une voiture, l'avertit du retour de son fidèle serviteur ; il s'élança dans la voiture, secoua la poussière qui le couvrait, et pour 86 donner l'air d'un cocher, prit le fouet et les rênes.

A rentrée de Saint-Quenlîn , que gagnèrent rapidement les deux fugitifs, le prince ôta ses grossiers vêtements de dessus, en ayant soin de conserver sa perruque. Aucun incident sérieux ne les arrêta ; à deux heures un quart ils entraient àValenciennes, et à qudtre heures le convoi de Bruxelles les entraînait rapidement vers la liberté.

Les précautions prises dans la forteresse par le docteur Conneau leur avaient donné le temps de gagner la frontière sans être interrompus. Un mannequin avait été placé dans le lit du fugitif, et le docteur avait fait allumer un grand feu dans le salon contigu à la chambre à coucher, sous prétexte que le prince était indisposé. Plusieurs fois, dans la journée , le commandant s'était présenté pour avoir des nouvelles du malade, et on lui avait toujours répondu qu'il reposait. Enfin , à sept heures du soir , impatienté , il insista pour voir le prisonnier : on l'introduisit dans la chambre , et il découvrit avec stupéfaction que le prince était parti. Les télégraphes aussitôt s'agitèrent sur toutes les lignes ; mais il était trop tard.

Trois jours après on lisait dans les journaux la lettre suivante, adressée à M. le comte de Saint- Aulaire, ambassadeur à Londres.

Londres, le 28 mai iS&e.

« Monsieur,

« Je viens déclarer avec franchise à Thomme qoi a été Tami de ma mère qu'en m*échappant de ma prison, je n'ai cédé k ancnn projet de renouveler contre le gouvernement français des tentatives qui nous ont été si désastreuses. Ha seule idée a été de revoir mon vieux père.

« Avant de me résoudre à cet extrême parti de la fuite, j'ai épuisé tous les moyens de sollicitations pour obtenir la permission d'aller à Florence, en offrant toutes les garanties compatibles avec mon bon- ,

neur. Mes démarches ayant été repoussées, j'ai fait ce que firent les '

ducs de Guise et de Nemours, sous lo règne de Henri lY, dans des cir- '

constances semblables. !

« Je vous prie, Monsieur, d'informer le gouvernement français de I

mes intentions pacifiques, et j'espère que cette déclaration toute spontanée pourra servir à abréger la captivité de mes amis qui sont encore en prison. »

« Je suis, etc.

« N.-L. Bonaparte. »

Du reste, l'évasion du prince Louis n'eut pas le retentissement d'un événement politique, et si les familiers du château s'en alarmèrent, le public n'y porta pas d'autre intérêt que celui qui s'attache à un jeune homme heureusement échappé à un sort rigoureux. « Comme cette évau sion, disait le National, ne saurait être gênante pour « personne , nous en félicitons ceux qu'elle intéresse. Quant « à nous, c'est le genre de succès que nous souhaitons, et « que nous procurerons toujours très-volontiers à toute « espèce de prétendant. »

Un autre prétendant réveillait en même temps les espé-

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rances ou les illusions de ses partisans par un acte que le public français apprit avec une profonde indifférence. Le duc de Bordeaux s'unit en mariage à l'archiduchesse Marie- Thérèse-Béatrice de Modène, sœur ainée du duc répant. Ce prince était le seul en Europe qui eût refusé de reconnaître la royauté de Louis-Philippe. L'alliance conclue n'ôtait donc aucune force à la dynastie d'Orléans, et n'en donnait guère à la branche ainée. Le descendant direct de Louis XIY s'introduisait modestement dans la plus petite principauté du continent.

Hais de plus graves soins occupaient alors tous les esprits. Les élections générales approchaient, et chaque parti faisait appel aux sympathies et aux passions. Le centre gauche et la gauche constitutionnelle, unis dans un sentiment commun d'opposition, avaient formé un comité dont les actives correspondances remuaient toutes les localités ; Faveu d'une coalition générale était formulé dans les manifestes. « La question pour chaque électeur, disaient-ils, n'est pas de choisir celui qu'il préfère, mais bien, en nommant un homme indépendant, à quelque nuance de Topposition qu'il appartienne, d'empêcher le succès du candidat ministériel. » Du reste, aucune vue nouvelle, aucun principe déterminé ne se rencontraient dans les circulaires. L'opposition constitutionnelle combattait avec des accusations générales ou des promesses de mieux faire, mais ne savait ou n'osait proposer un système autre que celui de ses adversaires ; laissant ainsi à ses critiques un caractère de rivalité personnelle qui provoquait ou la méfiance ou la tiédeur.

Les radicaux, plus à l'aise et plus hardis, ne cachaient rien de leurs vœux, rien de leurs espérances, et dissimu-

lant seulement le mot de république, en réclamaient toutes les institutions. Dans les collèges^ néanmoins» où ils n'é« taient pas en nombre, ils prêtaient leur appui à la gauche dynastique.

Pour le parti légitimiste, il s'attachait à une question toute spéciale devenue le mot d'ordre des meneurs catholiques. La liberté de renseignement devait être la condition dne quâ non imposée par tout électeur de cette opinion. Cet intérêt devait rester supérieur à tout autre motif électo*ral, et, pour que l'engagement fût complet, on exigeait du candidat tin mandat signé. La circulaire de ce parti portait les noms de MM. de Montalembert, de Yatimesnil et de Riancey. Il était facile de deviner sous quelle influence ils agissaient; la liberté de l'enseignement ne devait être à leurs yeux que la ruine de l'université et la domination du clergé.

Chacun apportait une grande ardeur à la lutte; mais per^ sonne autant que M. Thiers. Le rival qui l'avait supplanté avait résisté à tous ses coups au sein du parlement» éludant ou renyersant les difficultés, traversant lés crisesi et sortant victorieux même de ses propres fautes. C'était la plus longue fortune ministérielle qu'eût vue la monarchie de juillet ; et pour un héritier présomptif, la succession était trop lente à s'ouvrir. Il n'y avait pas seulement, d'ailleurs» chez M. Thiers, nous devons l'avouer, des impatiences personnelles. U s'inquiétait aussi, à bon droit, de la précipitation aveugle avec laquelle le gouvernement marchait au sacrifice de toutes les libertés. Attaché à la monarchie constitutionnelle, dont il avait fait son idéal politique, M. Thiers ne connaissait que trop bien les dédains de Louis-Philippe pour cette forme de gouvernement; il ne se dissimulait pas

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