‹ Révolution française. Histoire de huit ans 1840-1848Chapitre 59 sur 119 · CHAPITRE TH. If I · texte numérisé non relu

CHAPITRE TH. If I

9 faat âttftsf ne prétendre en rien influeiN^r le joniiÉiime^ ment espagnol, le peuple espagnol, qui a horreur de Tétranger. Ok*, de tous les moyens d'influence, le plus màuyais est le mariage, parce que c'est le plus affichi. Étaitce bien des liens de parenté qu'il fallait chercher en Es<» pagne? L'histoire fournissait à M. Thier^ des arguments contre ce moyen d'influence, et il en prit occasion pouir tracer à grands traits quidques pages étincelàntes sur la politique de Louis XIY :

« Ce roi, qu'il a été tour à tour dans la mode du moment de Mâmer, de louer, de grandir ; ce roi a fait une chose très-grande à mon avis, la plus belle de son règne, lorsqu'il a accepté le testament de Charles II en faveur du duc d'Anjou.

« Mais on croit, surtout aujourd'hui, que c'est parce qu'il a mis son petit-fils sur le trône d'Espagne, qu'il a fait cesser la vieille hostilité de la France et de l'Espagne. Eh bien, pour quiconque réfléchit sérieusement à l'histoire, cela est une erreur.

If Dans Louis XIV, je respecte également le roi et le père, car ces deux sentiments sont également respectables ; mais je crois pouvoir affirmer que comme roi il a atteint son but, que comme père il a été déçu.

« Messieurs, voici le motif, à mon sens au moins, et je crois que je ne serai pas contredit par les hommes politiques; voici le motif qui, à partir de l'acceptation du testament de Charles II, a définitivement placé l'Espape et la France dans la situation respective qu'elles doivent garder, et qui fait qu'il n'y a plus nécessairement contre la France de politique ennemie à Madrid.

« Ce qui unissait ordinairement l'Espagne aux Aile-

maBds, ce qui faisait qu'elle était toujours avec eux contre nous, c'étaient les Pays-Bas. Pour la défense des Pays-Bas elle s'unissait aux Allemands ; elle oubliait, pour cet in« térét^ sa rivalité avec eux en Italie, et nous la trouvions tou* jours avec eux sur le champ de bataille. Une conséquence de la guerre de la succession a été d'enlever à l'Espagne les Pays-Bas. L'Europe, par jalousie, et voyez ce que sont les desseins des hommes, l'Europe, en ne voulant pas donner aux successeurs de Louis XIY l'Espape tout entière, nous la rendit amie, et, en séparant les Pays- Bas de la Péninsule, coupa le lien qui unissait l'Espagne aux Allemands.

« Dès cet instant l'Espagne n'a plus songé qu'à leur disputer l'Italie comme apanage pour ses princes ; dès cet instant elle a été avec nous, car il lui fallait, avec nous, disputer Parme, Florence, Naples, à l'Autriche. En même temps l'Angleterre obtenait d'elle, par le traité d'Utrecht, Gibraltar et Minorque. L'Angleterre malheureusement nous avait primés sur les mers, et la sollicitude maritime de l'Espagne ne se dirigeait plus contre la France, mais contre l'Angleterre.

« Ainsi, par suite de la guerre de succession, par le traité d'Utrecht, en perdant les Pays-Bas, l'Espagne, reportée forcément de l'autre côté des Pyrénées, n'était plus notre adversaire ; elle était avec nous contre l'Allemagne ; et en voyant les Anglais sur son sol, en les voyant en face de ses rivages à Minorque, en voyant tous les jours grandir l'Angleterre, elle est devenue notre amie, d^ennemie qu'elle était. Maintenant voulez-vous savoir ce qu'a fait la parenté ! et voyez encore ce que sont les desseins des hommes, je le répète, car ils sont confondus d'une manière éclatante. Louis XIV

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avait cru» en mettant son petit-fils sur le trône d*Espagne, s'attacher TEspagne par les liens de la parenté. Eh bien I vous le savez tous, il n'y a qu'à lire à cet égard les Mémoi^ res de M. Torcy, vous y verrez que Philippe V devint pour son grand*père un sujet d'amertume, et que, son grandpère mort, sous le régent, il déclarait la guerre à la France. Savez-vous pourquoi? Ce n'était pas pour l'intérêt de l'Espagne; c'était pour un intérêt de parenté. Le jour où le grand roi était mort, sa fôimille s'était divisée. La vieille cour, le vieil esprit, s'étaient réunis autour des princes légitimés ; la nouvelle cour, le nouvel esprit, s'étaient rangés autour du régent, du duc d'Orléans.

« Philippe y se mêla à ces partis. En voyant l'état de santé du faible enfant appelé à régner, Louis XV, il son* gea à recouvrer ses droits à la couronne de France. Il entra dans une conspiration contre le régent, et lui déclara la guerre. Ce furent donc les motifs de parenté qui brouillèrent les deux pays. Heureusement la politique qui avait reporté l'Espagne au delà des Pyrénées fit sentir sa bienfaisante influence. La guerre était reconnue si absurde qu'elle fut bientôt abandonnée, et qu'on revint à la paix. Mais on songea à la consolider de nouveau par les moyens de la parenté, et vous allez voir combien on fut encore déçu dans l'emploi de ces moyens. On envoya en Espagne une fille du régent, mademoiselle de Montpensier, pour épouser un des fils de Philippe V; Philippe V envoya une de ses filles pour épouser le jeune roi Louis XV. Mais bientôt le régent mourut; le duc de Bourbon, un prince du sang, le remplaça au ministère, et voulut mettre sur le trône de France mademoiselle de Vermandois. Sans égard y on renvoya la princesse espagnole en Espagne, et

If 4 HisTomB DE mnr ans.

l'Espagne renvoya la princesse française en France* PU* lippe V, irrité d'une telle conduite, après vingt ans de lutte, le 1*" mai ITSS, forma un traité avec les Allemands, M se lia à eux contre la France. Mais heureusement vint ie cardinal de Fleury, qui, étranger à toutes ces que* relies de ftimille, rétablit la politique dans ses véritables voies.

<v Les raisons de parenté ne subsistèrent plus ; et alors la France, unie à FEspagne par la politique et non par la parenté, la France trouva dans l'Espagne Talliée fidèle qu'elle s'était faite par la guerre de succession. Voilà ce que l'histoire enseigne.

« Si je vous citais l'histoire de Napoléon, vous verriez quelle déception la parenté a été pour lui. Je voudrais pouvoir retracer sous vos yeux sa correspondance avec son frère Joseph : vous y verriez, et il y a dans cette enceinte des témoins 'considérables de ces faits qui m'écoutent, vous y verriez qu'avec son frère la lutte est née à l'instant même. Lorsque vous placez un prince français en Espagne, il devient Espagnol ; il est fidèle à sa nouvelle patrie, et, devenu Espagnol, il résiste.

« Joseph devint promptement l'adversaire de Napoléon. Un moment , il voulut se conduire en Espape comme Louis Bonaparte avait fait en Hollande, et il fallut que Napoléon lui déclarât par sa femme, qui était alors à Paris, qu'il allait le faire arrêter à Bayonne; et des témoins bien informés affirment que, vers la fin de l'empire, Joseph avait traité avec les Anglais.

« Voilà, messieurs, la parenté. »

Après la révolution de juillet, continuait l'orateur, quelle devait être la politique de la France à l'égard de l'Espagne?

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qnd lien devait-eUe s*oecup6r d'établir ? Ëvidenittieiit celui d'une révolution commune.

Au lieu de cela, on a cherché un lien de famiUe. Or, le danger s'est si promptement manifesté, aussitôt après la conclusion des mariages, et la position d'un prince français en Espagne a paru tellement fausse, qu'en a fait immédiat ment revenir en France le duc deHontpensieret son épouse ; on a déclaré qu'on n'avait pas voulu faire un prince espagnol, mais une princesse française. Ce qui n'était pas assuré*ment une entreprise de Tordre politique.

On n'avait rien gagné. Qu'est-ce qu'on avait perdu t L'alliance anglaise.

Or, M. Thiers se déclarait, comme il l'avait toujours fait, partisan de l'alliance anglaise. L'alliance avec l'Angleterre, pour protéger les nationalités menacées, la liberté en péril, lui paraissait, lui avait toujours paru bonne, que les tories ou les whigs gouvernassent la Grande-Bretagne. Hais lors^ que les whigs, dont l'esprit libéral déplatt à l'Europe abso* lutiste, arrivaient au pouvoir, se tourner contre eux, n'était«> ce pas révéler ses penchants réactionnaires?

Et dans quel moment brisait-on cet accord des deux pays gardiens de la liberté du monde? Lorsque Cracovie allait périr. Mais, disait-on, on n'avait pu prévoir cet événement. Non, sans doute, car on avait les yeux attachés sur Madrid.

Mais Cracovie, ce n'était qu'un point dans l'espace. Res<> tait le monde entier, l'Italie, la Suisse, l'Allemagne, et M. Thiers, après un rapide coup d'œîl jeté sur les mouvements qui agitaient ces différents États, s'écriait :

« Méconnaissez, si vous voulez, l'événement de Cracovie ; Cracovie était bien petite, quoiqu'elle ait la grandeur du

droit. Méconnaissez révénement de Cracovie ; mais avez- Yous donc méconnu l'état du monde? »

Et en présence de cette situation, on n'avait pu ajourner le second mariage ! Les résultats de cette faute, il n'y avait qu'un événement qui pût nous y soustraire, la naissance d'un héritier de la reine Isabelle. Ainsi, le plus grand bon^ heur de la France serait que le mariage du duc de Hontpensier n'eût aucun résultat. Pour que cette œuvre cessât d'être funeste, il fallait qu'elle devint nulle.

Malgré la longueur d'un discours qui avait pris toutes les heures de la séance, M. Thiers avait produit un grand effet. Était-ce un triomphe oratoire, ou un triomphe politique? Question difficile à résoudre dans une assemblée, et surtout dans une assemblée française, oii le sentiment de Tart semble dominer pendant la discussion et disparait au moment du vote. M. Guizot toutefois était tenu de répondre, sinon pour rassurer les convictions de ses fidèles, au moins pour satisfaire leur vanité, car ils avaient à cœur de voir leur ministre conserver un rôle brillant dans la lutte, et justifier ou déguiser par son habileté les complaisances du scrutin.

M. Guizot s'efforça de répondre aux espérances de ses amis.

M. Thiers n'avait pas blâmé le mariage de la reine ; toute la discussion portait donc sur celui du duc de Montpensier. Dans cet acte, selon M. Thiers, il n'y avait eu ni nécessité, ni loyauté.

Le ministre répondait à ces deux reproches.

La nécessité, disait-il, devait sortir tout entière d'une comparaison entre la situation dans laquelle on se trouvait, en juin, en présence de lord Aberdeen, et celle

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