CHAPITRE IX
M. Muret de Bord se présentait à la tribune et demandait au gouvernement des explications, qu'il ne pouvait refuser, disait l’orateur, sans compromettre la dignité du pouvoir. . M. Dumon déclarait alors que la concession des mines de Gouhenans avait été régulièrement faite à la compagnie Parmentier, mais que le gouvernement, pour calmer de trop vives alarmes, allait demander à la justice si cette concession, d’ailleurs régulière, avait été, comme on semblait le dire, obtenue par de coupables manœuvres. Le 6, le ministre de la justice paraissait à la tribune de l’autre chambre, pour y lire une ordonnance qui chargeait la cour des pairs de procéder au jugement de M. le lieutenant-général Despans-Cubières, accusé de corruption.
CUAHTItË X.
Procès Teste, Despans-Cubières, Parmentier et Pellapra. — Instruction. — Nouvelles lettres remises au président de la cour par M. de Malleville. — Interrogatoire des accusés; déposition des témoins; tentative de suicide de M. Teste. — Condamnation des quatre accusés, — Assassinat de M“® la duchesse de Praslin. — Instruction de cette alfaire. — Suicide de M. le duc de Praslin.
L’instruction fut aussitôt commencée et suivie sans relâche. Elle n’était cependant achevée que vers le milieu du mois de juin. Il n’y a pas de crime qui se dissimule avec
plus de soin que la corruption : le crédit et la qualité des
personnes appelées en témoignage, leur grande expérience, la subtilité de leur langage, l’habileté de leurs démarches, rendaient encore plus difficiles, en cette affaire, les investigations de la justice. Cependant on apprit bientôt que les charges s’accumulaient sur plusieurs têtes, et que les commissaires instructeurs, soupçonnant d’autres coupables que le général de Cubières, avaient décerné des mandats de comparution contre MM. Parmentier et Pellapra, intéressés, comme le général, dans l’affaire de Gouhenans, et III. 16
contre M. Teste, ancien ministre des travaux publics. M. Renouard, nommé rapporteur de la commission, présenta, le 21 juin, le résultat de cette longue et laborieuse enquête. 11 évitait de conclure ; mais les circonstances dont il rendait un compte fidèle dans les termes les plus mesurés, étaient à la fois si graves et si précises, que le procureur-général, M. Delangle, ne put hésiter à réclamer la mise en accusation de MM. Despans-Cubières , Teste, Parmentier et Pellapra. La cour délibéra plus longtemps. Assemblée dans la chambre du conseil, les portes closes, elle fit attendre son arrêt pendant deux jours. Les négociations qui avaient été pratiquées pour étouffer raffairc avaient toutes échoué ; et cependant on se demandait encore s’il n’était plus possible d’épargner à la pairie la honte de ce procès. Enfin, le 26 juin, un arrêt de la chambre du conseil, rendu sous la présidence de M. Pasquier, cita devant la cour les quatre accusés. ,
Ils comparurent, pour la première fois, le 8 juillet. Un seul fit défaut, M. Pellapra. La veille, M. Teste avait fait remettre au roi la lettre suivante :
a Sire,
« Je dois à Votre Majesté , en retour d"un dévoûment dont je me suis efforcé de multiplier les preuves , la dignité de pair de France et Fbonneur de siéger dans la plus haute magistrature du royaume , comme Fun de ses présidents.
« J'aborde demain une épreuve solennelle , avec la ferme confiance d’en sortir sans avoir rien perdu de mes droits h l’estime publique et à celle de Votre Majesté.
(( Mais un pair de France, un magistrat qui a eu le malJieurde traverser une accusation de corruption , se doit à lui-même de se retremper dans la confiance du souverain qui lui a conféré ce double caractère.
(( Je dépose entre les mains de Votre Majesté ma démission de la