CHAPITRE X
tion de mon inépuisable tendresse, de mon dévoûment à toute épreuve, la force de supporter le malheur présent. Que de beaux jours vous avez encore devant vous, si vous surmontez enfin Thorrible méchanceté qui cherche à vous abattre! Que de doux épanchements verront encore les ombrages de Praslin ! avec quel bonheur on se rappellera le courage avec lequel chacun aura travaillé à surmonter l’infortune ! Et si je n’étais plus là, avec quel amour, j’en suis sûre', on chérirait ma mémoire ! » Le duc vient à Paris durant son séjour au château de Praslin, et trois fois il va rendre visite à Deluzy ; mais il est accompagné de ses filles, qui portent une affection filiale à leur gouvernante. Aucune de ses démarches ne trahit une intrigue adultère, encore moins des desseins criminels. Il ne paraît occupé que de l’éducation de ses enfants, et, s’il consulte M“® Deluzy, c’est pour lui demander son opinion sur cette grande affaire. On ne trouve les épanchements de la passion, l’exaltation de l’amour, que dans les lettres de M^*® Deluzy.
Le i 7 août, le duc et la duchesse de Praslin reviennent à Paris. Arrivés à Corbeil par des chemins différents, ils se rendent à Paris par le même convoi, M®® la duchesse ayant pris place dans un wagon avec trois de ses fils et sa fille Marie , M. le duc occupant un autre wagon avec deux de ses filles. et ses deux fils aînés. Au débarcadère, M“® de Praslin monte dans un fiacre suivie de quatre de ses fils et de leur précepteur, et se rend à l’hôtel. M. de Praslin choisit un autre fiacre, y place près de lui ses trois filles et son plus jeune fils et se fait conduire au Marais, rue du Harlay, chez M*^® Deluzy. Il voit alors pour la première fois la maîtresse de pension qui l’avait accueillie. Cette dame, séduite
par les manières élégantes et faciles de Deluzy, déclare qu'elle est prête à lui donner un emploi supérieur dans sa maison, si, pour dissiper de fâcheuses rumeurs, on obtient une lettre de recommandation signée par de Praslin. Cette lettre est promise, et Ton se sépare vers dix heures. M. de Praslin rentre alors à l’hôtel.
jyjme Praslin ne dormait pas encore. En arrivant, elle avait eu faim et s’était fait servir, à défaut de bouillon, un morceau de pain avec du sel et une demi-bouteille de sirop d’orgeat. Elle s’était ensuite couchée et avait pris un livre. Elle lisait encore à onze heures, lorsque sa femme de chambre, la quittant après avoir achevé son service, rencontra dans l’antichambre M. de Praslin qui se dirigeait vers ses appartements particuliers. Une heure après, le plus grand silence régnait dans l’hôtel.
Vers quatre heures et demie du matin, au lever du jour, un grand bruit se fait entendre. Toutes les sonnettes qui de la chambre de la duchesse correspondent aux chambres de ses domestiques, sont ébranlées à la fois par de violentes secousses. Les gens se lèvent à la hâte ; mais, arrivés aux diverses portes qui s’ouvrent dans la chambre à coucher de de Praslin, ils les trouvent fermées. Le bruit des
meubles que l’on renverse, une horrible confusion de pas lourds et précipités , de cris perçants et de rauqués sanglots, tout les avertit que derrière ces portes un meurtre s’accomplit : mais vainement ils tentent de les briser ; elles résistent à tous leurs efforts. Cependant les cris, qui peu à peu s’affaiblissent, ne sont déjà plus que des râlements entre-coupés. Les domestiques qui s’étaient élancés dans le jardin, pensant que les assassins avaient pénétré par ce côté , reviennent dans l’antichambre qui sépare l’apparte-