CHAPITRE XL
M. Barrot prend rinitialive de Tagitation réformiste. — Appel aux membres du comité central. Pétition pour la réforme. — Les ban* quets. — Banquet du ChAteau-Rouge ; discours de MM. Pagnerre, de Lasteyrie, Recurt, Odilon Barrot, Duvergier de Hauranne, Senard, Marie, etc., etc. — Banquet de Manon; M. de Lamartine.— Banquets de Colmar, de Strasbourg, de Soissons, de SainUQuentin, — M, le duc d’Aumale, gouverneur de l’Algérie. — M. Guizot, président du conseil. — Banquets de Périgueux, de Meaux, d’Orléans, de Coulommiers, de Melun, de Lille, etc., etc. — • Vœu du conseil général de la Seine.
Ainsi tous les genres de scandales étaient offerts par la population officielle. C'étaient là, suivant les optimistes du parti conservateur, de bien regrettables accidents : il fallait traiter les coupables sans aucune pitié, ne ménager
aucune situation, et inspirer par l’énergie des poursuites,
par la rigueur des peines, une terreur salutaire; mais convenait-il d’imputer au gouvernement, à la société, quelque part de solidarité dans ces abominables méfaits? Voilà ce que répétait chaque matin le Journal des Débais. Cependant on ne l’écoutait guère. Au fond de tous les esprits, il y avait un grand malaise, un vif besoin de changement, et, sans apprécier la part qui devait être attribuée, dans tous ces
scandales, à la perversité individuelle et aux vices de Torganisation politique, on trouvait en toute chose un prétexte pour accuser et pour réclamer des réformes.
Malheureusement il n* était plus permis d’espérer ces réformes de la bonne volonté du gouvernement et des chambres. Le gouvernement s’obstinait à tout refuser; les chambres à ratifier ses refus. En présence d’une telle situation, l’opposition devait déchirer son programme, abdiquer, renoncer désormais à des protestations qui ne pouvaient être que de vaines redites, ou bien agiter le pays et l’inviter à se déclarer. De ces deux partis, le premier était honteux, le second téméraire. L’opposition avait une telle confiance dans la bonté de sa cause, qu’elle n’hésita pas à braver le reproche de témérité.
Cependant, avant de s’engager dans cette nouvelle entreprise, elle fit le dénombrement de ses forces. M. Barrot convoqua chez lui des représentants de toutes les nuances de l’opposition et leur demanda si l’on pouvait compter sur leur concours. A cette question, la droite légitimiste répondit en des termes peu satisfaisants. Elle se proposait de seconder les efforts de l’opposition dynastique, mais en com- ' battant sous ses propres enseignes. M. Barrot voulait la réforme pour elle-même, c’était le terme de ses vœux : pour MM. de La Rochejacquelein, Berryer, de Renneville, la réforme était un moyen, le but une restauration. On allait, disait-on, agiter le pays; c’était leur affaire, puisque le résultat le plus certain de cette agitation devait être l’affaiblissement du pouvoir : mais leur demandait-on de sacrifier à la liberté les intérêts d’une dynastie, et de travailler loyalement et sans arrière-pensée à l’amélioration du régime représentatif? Ils n’y pouvaient consentir. M. Barrot