‹ Révolution française histoire de huit ans, 18401848Chapitre 125 sur 198 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

N*était-ce pas une bonne fortune pour le parti de la réforme? Il ne travaillait qu’à répandre l’agitation, et rien ne pouvait plus efficacement contribuer à ce résultat que des résistances provocatrices.

De nouveaux banquets furent organisés sur tous les points du territoire.

A Périgueux, M. Taillefer, député de Sarlat, avertissait la classe moyenne qu’elle commen(;ait à se laisser gagner par l’esprit exclusif des anciennes castes, et qu’elle succomberait comme elles, si mieux elle n’aimait subir les impérieuses nécessités du progrès.

A Meaux, sept cent cinquante personnes se réunissaient dans îa salle du Jeu de Paume, pour y entendre MM. Barrot, Drouyn de Lhuys, Georges et Oscar Lafayette. MM. Larabit, Ferdinand et Jules de Lasteyrie étaient au nombre des convives. M. Barrot attaqua le gouvernement personnel : M. Oscar Lafayette, digne héritier des traditions de sa famille, flétrit l’improbité politique : M. Drouyn de Lhuys fut plus vif encore ; il protesta contre le cynisme des apostasies avec l’ardeur d’un homme qui ne devait jamais faillir.

A Orléans, cinq cents électeurs se pressaient autour de MM. Abbatucci, président de chambre à la cour royale et député du Loiret, Roger, député du même département, Marie et Crémieux, députés de Paris et d’Indre-et-Loirc. Dans le nombre de ces réformistes déclarés, on remarquait dix-neuf membres du conseil municipal d’Orléans, des magistrats de la cour,. du tribunal de première instance et du tribunal consulaire, le colonel de la garde nationale et ses deux chefs de bataillon, des membres du conseil général, plusieurs maires des communes voisines, des départements voisins! M. Danicourt, du conseil municipal d’Orléans,

invoqua la souveraineté du peuple; M. Pereira, du conseil d'arrondissement et du conseil municipal d’Orléans 5 réclama la réforme électorale et parlementaire avec toute Ténergie de sa noble conscience. M. Abbatucci ne fut pas moins véhément : <( Eh quoi ! dit-il , après soixante ans de luttes arrosées de tant de sang et de tant de larmes, après deux révolutions glorieuses et sans égales dans les fastes du monde, en serions-nous encore réduits à nous demander si la pratique réelle, sincère# du gouvernement représentatif est possible, si le dogme immortel de la souveraineté du peuple est un mot sans application possible et sans portée?... Il est vrai que# pour nous consoler, ou plutôt pour nous endormir, on nous dit : Soyez riches ! Voilà le triste mot d’ordre qui a été donné, du haut de la tribune# par l’homme dans lequel aujourd’hui se personnifie notre gouvernement. Soyez riches! Comment Tentendez-vous? Estce au prix de l’honneur, de l’intérêt public, de la gloire de la France? Eh bien ! vous pourriez vous réjouir ; on vous a compris, votre maxime a produit son fruit, et ce fruit s’appelle la corruption. Mais, pour nourrir ce monstre insatiable, que de sacrifices n’avez- vous pas faits? Vous avez dû porter le chiffre du budget d’un milliard à près de seize cents millions; il vous a fallu contracter trois emprunts; et, malgré les ressources inépuisables dont vous disposez, malgré ces emprunts, où en êtes-vous à cette heure?... Vous avez ruiné la France. » On entendit ensuite M. Crémieux, et M. Marie, dont le cœur honnête ne fut peut-être jamais mieux inspiré que dans cette mémorable journée.

Les convives de Meaux, MM. Georges Lafàyette, Odilon Barrot, Drouyn de Lhuys, Jules et Ferdinand de Lasteyrie, assistaient trois jours après au banquet de Coulommiérs.

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