‹ Révolution française histoire de huit ans, 18401848Chapitre 144 sur 198 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

en Italie, et n*auraient pas, à sa place, mieux fait que lui. On devait les croire. Mais après eux , M. de Montalembert prit la parole. Il ne venait pas accuser le cabinet d'avoir fait en Suisse de la politique autrichienne ; il lui reprochait, au contraire, d’avoir mollement servi la bonne cause, la cause des jésuites, et d’avoir eu de coupables faiblesses pour les radicaux de Genève et de Berne. C’était une étrange accusation. L’orateur la développa dans un sermon d’une violence outrée. On savait bien que le style parénétique a des licences particulières, qu’il tolère les plus grands éclats de voit , les antithèses forcées , les images cyniques, les imprécations échevelées, les fureurs épileptiques ; mais, depuis les tristes jours de la Ligue, jamais, non jamais, une assemblée délibérante n’avait entendu rien de pareil à ce que M. de Montalembert venait de réciter. « Je demande, disait en terminant M. dé Montalembert, que les honnêtes gens ouvrent enfin les yeux , et sachent à quoi s’en tenir sur les périls de la situation. » La situation était, en effet, bien grave, bien périlleuse, puisque le langage du noble pair était celui que l’on tient sur les bornes des carrefours, durant les sanglantes mêlées des guerres civiles.

L’adresse présentée par M. de Barante n’était qu’une ser^ vile contrefaçon du discours du trône. On la modifia sur un point important. Si le discours du trône ne parlait ni du pape, ni de l’Italie, c’était une omission calculée : la cham* bre des pairs n’accepta pas cette réserve et envoya des félicitations aux princes réformateurs. Malgré cette concession faite aux sentiments de la minorité , 23 voix se prononcèrent encore contre la prose adulatrice de M. de Barante. Une opposition de 23 voix, h la chambre des pairs, c’était un fait nouveau.

3iO HISTOIRE OB HUIT ANS.

On devait prévoir qu’à la chambre des députés le combat serait vif. Le rapporteur de l’adresse, M. Yitet, lut son projet dans la séance du 17. Il modifiait le discours du trône d’une manière insignifiante , en ce qu’il substituait les entraînements aveugles aux passions aveugles, et parlait à la fois de l’Italie et de la Pologne. Ainsi M. Barrot, au jugement de la commission et de M. Yitet, n’avait pas été passionné, mais entraîné : il avait fait une débauche avec les radicaux, mais on reconnaissait que cela n’avait pas altéré la sérénité de son âme ! Ne devait-il pas être touché de ce bon témoignage? M. Barrot eut à peine entendu M. Yitet , qu’il demanda la parole pour annoncer des interpellations au président du conseil, sur les étranges transactions révélées par M. Petit. En même temps , M. Dupin déposa siir le bureau de M. Sauzel, président de la chambre, un projet de loi sur la vénalité des charges. On allait donc avoir, avant la discussion de l’adresse , un engagement préalable sur les méfaits de la corruption.

L’ordre du jour en amena deux. M. Richond des Brus, soumis à la réélection après avoir été nommé médecin inspecteur des eaux de Néris, avait obtenu des électeurs de la Haute-Loire le renouvellement de son mandat. Mais l’administration s’était trop occupée des affaires de son candidat, et l’on produisait à sa charge une série de faits révoltants. L’opposition demandait que l’élection de M. Richond des Brus fût annulée. Elle ne put l’obtenir.

M. Barrot fit ensuite l’histoire des négociations qui avaient précédé la nomination de M. Petit à la recette particulière de Corbeil. Il y avait eu, disait-on , d’autres ventes de charges à la cour des comptes : c’était un vieil abus. M. Barrot l’accordait. Mais ce qu’on n’avait pas encore

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