‹ Révolution française histoire de huit ans, 18401848Chapitre 146 sur 198 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

extraordinaire il convenait d'ajouter la dette flottante » qui déjà s’élevait au chiffre énorme de 750 millions. Situa» lion déraisonnable , disait M. Thiers ! Amortir pendant la paix afin de pouvoir emprunter pondant la guerre ; voilà ce qu’avaient pratiqué, ce qu’avaient enseigné tous les habiles politiques. Au lieu de cela, que faisait-on? Non-seulement on n’amortissait , on n’éteignait aucune dette ; mais , tous les ans, on réglait le budget en déficit, tous les ans on accroissait la dette flottante, et déjà l’on parlait d’emprunter, sinon tous les ans, du moins à des intervalles assez rapprochés , pour acquitter les créances à date fixe. C’était aller au rebours de tous les principes. Où pouvaient mener des finances administrées de telle sorte ? A une catastrophe. Un bruit de guerre, la menace d’une révolution, une nouvelle disette de subsistances, moins que cela peut-être, et tous les créanciers de l’État allaient se présenter à la fois ; et l’État obéré ne pourrait satisfaire à leurs justes exigences. C’était la banqueroute en perspective. M. Thiers ne prononçait pas encore ce mot terrible ; mais il établissait clairement, et la suite a trop bien prouvé la vérité de ses calculs, qu’il était impossible au trésor public de résister à un ébranlement, et il conjurait les ministres d’avoir quelque prévoyance , de ne pas léguer à un avenir prochain peut-être d’inextricables embarras.

M. Duchâtel répondit qu’il était plein de confiance; que le gouvernement avait fait de grandes choses, et qu’il n’avait pas, toutefois, dépassé les limites de son crédit, puisque les fonds libres arrivaient de toutes parts dans ses caisses. Il ajouta que, malgré les sinistres prophéties renouvelées chaque année par une opposition chagrine , l’état de la place était excellent, les affaires actives, les capitaux

HISTOIRE DE Hl'IT AMS.

abondants , et tous les placements avantageux. Cet optimisme était-il sincère? M. Duchâtel croyait-il assez fermemeiU à l’inaltérable constance de la paix intérieure et de la extérieure , pour n’avoir pas d’inquiétude sur les chances de l’avenir ? H est plus vraisemblable qu’il défendait une mauvaise cause avec des arguments dont il connaissait la faiblesse. M. Thiers n’eut qu’à dire un mot pour l’accabler. Les placements se faisaient avec tant d’avantage, que toutes les valeurs étaient dépréciées; portées à 900 fr., les actions des chemins • de fer étaient descendues à 500 ; les affaires avaient une telle activité, qu’on n’en cotait plus de nouvelles ' et que les anciennes étaient délaissées : voilà pour le crédit privé. Quant au crédit public, il est vrai qu’il ne paraissait pas encore ébranlé; on pouvait négocier de nouveaux i emprunts et trouver des prêteurs; mais n’allait-oii pas bientôt atteindre la mesure des charges que le trésor pouvait supporter ? En créant chaque jour des nécessités nou- , velles, n’allait-on pas arriver, en pleine paix, à cette limite extrême au-delà de laquelle on ne rencontre plus que des impossibilités ? Cela était évident.

M. Thiers n’avait pas exagéré la triste vérité. Il n’avait pas tout dit. M. Garnier-Pagès le fit voir, en rappelant que l’Etat avait emprunté 200 millions aux caisses d’épargne, 200 millions immédiatement exigibles, et qui seraient certainement exigés dans un temps de crise. Ainsi le chiffre de la dette flottante s’élevait réellement à 950 millions.

C’était un effroyable bilan. La chambre consacra li'ois jours à l’examiner, et, pondant ces trois jours, M. Duinon,

M. DucluUel, qui seuls parmi les ministres savaient parler la

langue des finances, eurent à supporter les vivesagressionJ?» les acerbes démentis de vingt orateurs qui se succédèrent è

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