‹ Révolution française histoire de huit ans, 18401848Chapitre 167 sur 198 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

paru désirer le maintien de la paix, s’ôtait laissé persuader qu’il fallait profiter de l’occasion pour faire de la force et rétablir, par une compression opportune, les affaires trèscompromises du cabinet ; M. Guizot, plus raide, plus tranchant encore qu’il ne l’était d’habitude, déclarait qu’un gouvernement est perdu lorsqu’il pactise avec ses ennemis ; M. Hébert souriait, comme il savait sourire, en disant que tout était rompu ; M. Jacqueminot, devenu subitement un foudre de guerre, témoignait par des éclats de voix qu’il était impatient de châtier les auteurs de l’agitation. Personne n’entendait plus les conseils de la prudence. Tout ce qu’on avait dit aux ministres pour les convaincre que l’opinion publique allait se prononcer contre eux, les avait engagés à faire mouvoir des bataillons; et, s’ils espéraient que la menace d’une répression énergique suffirait pour mettre l’opposition en déroute, ils étaient au besoin décidés à pousser les choses beaucoup plus loin.

M. Barrot et ses amis furent bien troublés quand ils apprirent que leurs explications étaient repoussées. Le gouvernement n’acceptant plus les conditions qu’il faisait lui-même proposer la veille, une collision devenait inévitable si l’opposition persistait dans ses desseins ; et cette collision ne s’engageait pas au seuil de la salle du banquet, sur la question même du droit de réunion dans une maison particulière, mais sur la place de la Madeleine, au lieu désigné pour le rendez-vous commun des invités , des souscripteurs, des gardes nationaux, etc., etc., et sur une question très-différente, celle du droit d’attroupement sur la place publique, droit barbare, supprimé par de sages lois, comme l’opposition le reconnaissait volontiers. Evidemment les circonstances ne lui étaient pas favorables.

Oû était à la veille même du banquet, et la journée s'avançait. Vers quatre heures et demie du soir, M. Barrot se rendit à la chambre et parut à la tribune. H venait demander au ministère des explications publiques, M. Duchàtel lui répondit qu’il n’avait d’abord rien souhaité qu’une solution judiciaire ; qu’il autorisait encore les députés de l’opposition et leurs convives à se rendre individuellement au lieu du banquet, mais qu’il ne laisserait faire aucun rassemblement sur la voie publique, M, Barrot répliqua qu’on attribuait aux auteurs du banquet des intentions que personne n’avait eues; que, dans l’intérêt d’une méchante cause, on faisait d’une manifestation régulière et pacifique un acte insurrectionnel ; que le programme ne convoquait personne; que les gardes nationaux admis au cortège devaient être sans armes ; que la paix publique n’aurait pas clé troublée ; que le maintien de l’ordre, on en avait l’assurance , amrait^ été considéré par tous les citoyens comme l’accomplissement d’un saint devoir; enfin que le ministère, en mettant Paris en état de siège, sous le plus frivole prétexte, excitait les tumultes qu’il voulait, disait-il, prévenir. C’était bien raisonner. xMais si l’opposition n’avait aucune peine à mettre tous les torts du côté du ministère, et à montrer qu’il avait été tour à tour provocateur et perfide, M. Barrot laissait soupçonner qu’après avoir été brave et môme téméraire , l’opposition avait conclu par une faiblesse.

Après la séance, les députés de l’opposition se réunirent pour délibérer sur la conduite qu’ils devaient tenir. Cette

délibération fut orageuse, mais elle ne fut pas longue. Se

lendre au lieu du banquet individuellement, en usant de la permission accordée par M. Duchûtel, c’était faire une

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