CHAPITRE XVII
rindice d*une vigueur inaltérable, cette vivacité de corps et d’esprit qu’entretenait la véhémence de la passion. Mais bientôt il fallut reconnaître à des signes trop certains que la santé du roi s’était considérablement altérée. Dans les premiers mois de l’année 1849, il se sentit malade, et, pour changer d’air, il se fit transporter à Richmond. Au mois de mars, quand il revint à Claremont, il éprouvait une grande faiblesse, et, chaque jour, cette faiblesse augmenta. C’est alors qu’on soupçonna quelque maladie organique. Le roi fut informé de ce soupçon , où il sentit lui-même qu’il s’en allait. Mais, autant qu’il put, il le dissimula. Les progrès du mal furent rapides. Il mourut le 26 août. La veille, il dictait encore au général Dumas quelques pages de ses mémoires ; quelques instants avant de rendre le dernier souffle, il disait à son médecin, avec une apparente sécurité, qu’il sc trouvait bien, et que sa constitution vigoureuse devait tromper les sinistres prévisions de la science.
Ce que Louis-Pbilippe n’avait jamais voulu reconnaître, c’est que le gouvernement élevé sur les barricades de 1830 était, de sa nature, un gouvernement transitoire, dont il fallait ménager tous les ressorts, si l’on voulait éviter de subites ruptures.
Les monarchies constitutionnelles ont toutes au dehors le même aspect, et cependant elles n’ont pas toutes les mêmes conditions d’existence et de durée. En Angleterre, par exemple, tous les corps politiques admis en participation au gouvernement, la royauté, la pairie, les communes, représentent des intérêts différents, et même quelquefois opposés, qui, les uns et les autres, se fondent, et sur les traditions anciennes , et sur les mœurs actuelles ;
qui sont protégés les uns contre les autres, et par la force qu^ils tirent creux-mémes, et par celle qu’ils doivent à l’opinion. En France, il n’y a rien de semblable. Il n’existe, en France, qu’un intérêt, un seul, l’intérêt collectif de tous les citoyens, égaux entre eux, représentés par l’EUit, centre unique vers lequel tout converge, et qui doit tout administrer, tout régir, sans dictinction ni de classes, ni de piîrsonnes, au profit de chacun et de tous. Les corps politiques ne peuvent donc être, ici, que des instruments divers concourant à une œuvre commune, la représentation du pays. Si' donc un de ces corps manque à sa fonction ou la remplit mal, il s’agit aussitôt de le modifier ou de le supprimer. Comment lui serait-il permis d’être plus longtemps une cause de trouble, puisqu’il n’est le mandataire d’aucun intérêt, puisqu’il ne possède qu’une existence conditionnelle , et n’a pas de droits originels à faire valoir pour justifier sa rébellion?
Louis-Philippe n’avait pas compris cela. 11 admettait volontiers que la pairie n’était, en France, qu’une pairie nominale, une institution purement artificielle , que la volonté du législateur avait tirée du néant; mais il était bien loin de considérer le pouvoir qu’il exerçait au titre de roi, comme né vers le même temps, et créé de la même manière, par les mêmes mains. S’il avait reçu la couronne d’une révolution, il l’avait acceptée comme héritier légitime, ses compétiteurs étant tous frappés de déchéance. La révolution n’avait pas fondé ses droits, elle les avait reconnus. Il devait quelque chose à la France, qui, le 7 août, l’avait mis sur le trône ; mais la France lui devait plus encore, à lui qui, n’hésitant pas à prendre la couronne, avait préservé le pays de grands malheurs, et