CHAPITRE IV
lorsqu’à la distance de quelques pas de lui, il eut le bonheur d’en entendre un qui disait : a Ah! c’est Berthonî » .
Le succès était complet. Quelques instants après, le
prisonnier franchissait la dernière issue de la forteresse.
Charles Thélin courut chercher à Ham le cabriolet qu’il
avait loué la veille au soir, tandis que le prince , toujours
chargé de sa planche , se dirigeait vers la grande route de
Saint-Quentin. Il y était à peine arrivé, que le roulement
d’une voiture l’avertit du retour de son fidèle serviteur; il
s’élança dans la voiture, secoua la poussière qui le cou-
vrait, et pour se donner l’air d’un cocher, prit le fouet et les rênes.
A l’entrée do Saint-Quentin, que gagnèrent rapidement les deux fugitifs, le prince ôta ses grossiers vêtements de dessus, en ayant soin de conserver sa perruque. Aucün incident sérieux ne les arrêta; à deux heures un quart ils entraient à Valenciennes , et à quatre heures le convoi do Bruxelles les entraînait rapidement vers la liberté.
Les précautions prises dans la forteresse par le docteur Conneau leur avaient donné le temps de gagner la frontière sans être interrompus. Un mannequin avait été placé dans le lit du fugitif, et le docteur avait fait allumer un grand feu dans le salon contigu à la chambre à coucher, sous prétexte que le prince était indisposé. Plusieurs fois, dans la journée , le commandant s’était présenté pour avoir des nouvelles du malade, et on lui avait toujours répondu qu’il reposait. Enfin, à sept heures du soir, impatienté, il insista pour voir le prisonnier : on l’introduisit dans la chambre , et il découvrit avec stupéfaction que le prince était parti. Les télégraphes aussitôt s’agitèrent sur toutes les lignes ; mais il était trop tard.
HISTOIRE I»F. HUIT AXS.
Trois jours après on lisait dans les journaux la lettre suivante, adressée à M. le comte de Saint-Aulaire, ambassadeur à Londres.
« 3Iousieur,
Londres, le 38 mai 1846.
a Je viens déclarer avec franchise à l'homme qui a été l’ami de ma mère qu'eu m'échappant de ma prison, je n'ai cédé à aucun projet de renouveler contre le gouvernement français des tentatives qui nous ont été si désastreuses. Ma seule idée a été de revoir mon vieux père.
« Avant de me résoudre à cet extrême parti de la fuite, j'ai épuisé tous les moyens de sollicitations pour obtenir la permission d’aller à Florence , en ofirant toutes les garanties compatibles avec mon honneur. Mes démarches ayant été repoussées, j’ai fait ce que firent les ducs do Guise et de Nemours, sous le règne de Henri IV, dans des circonstances semblables.
« Je vous prie, Monsieur, d’informer le gouvernement français de mes intentions pacifiques, et j’espère que cette déclaration toute spontanée pourra servir à abréger la captivité de mes amis qui sont encore en prison. »
« Je suis, etc, •
« N.-L. Bonaparte. »
Du reste, l’évasion du prince Louis n’eul pas le retentissement d’un événement politique, et si les familiers du château s’en alarmèrent, le public n’y porta pas d’autre intérêt que celui qui s’attache à un jeune homme heureusement échappé à un sort rigoureux. « Comme cette évasion, disait le National, ne stiurait être gênante pour « personne, nous en félicitons ceux qu’elle intéresse. Quant (t à nous, c’est le genre de succès que nous souhaitons, cl c( que nous procurerons toujoui’s très-volontiers à toute « espèce de prétendant. »
Tn autre firétendant réveillait en même temps les espé-