‹ Révolution française histoire de huit ans, 18401848Chapitre 52 sur 198 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

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la tribune. J'ai démontré que, sur cette question, on allait se séparer de l’Angleterre, dès lors se trouver seul, et, une fois seul, jouer un rôle lilclieux. Je l’ai dit dans des termes aussi clairs que l’incroyable passion des chambres pour Méliémet-Ali permettait alors de le faire.

« Oui soutenait la politique contraire, c’est-à-dire la politique qui tendait à s’engager aveuglément dans l’atfaire d’Kgypte?

« Les hommes, députés et ministres qui m’imputent aujourd’hui tous les malheurs de 1840. J’en pourrais donner mille preuves incontestables, mais malheureusement de nature privée.

« Kn voici une qui est officielle.

« L’appréhension que j’avais de voir la France s’engager dans la question d Orient, s’y trouver seule de son avis, dès lors être réduite à l alternative ou de céder, ou de risquer une guerre générale pour un objet qui ne le méritait pas, cette appréhension était partagée par l’ambassadeur de France à Londres, le maréchal Sébastian!. 11. ne cessait de l'exprimer avec la plus grande énergie. Qu’arriva-t-il ? on le rappela, parce qu’il abandonnait, disait-on, la cause de l’Egypte à Londres. On le remplaça, par qui? par M. Guizot.

« J’adresse cette question à mes accusateurs : Qu’allait faire M. Guizot à Londres? Il y allait assurément pour y tenir uue conduite différente de celle du maréchal Sébastiani ; car il est trop haut placé pour avoir voulu seulement d’une ambassade qu’on ôtait à un autre pour la donner à lui. I! y allait évidemment pour soutenir la cause de Méhéraet-Ali, délaissé par M. Sébastiani.

« A cette même époque, l®*" mars 1840, le cabinet qui existait alors ayant été renversé, je fus appelé à former une administration nouvelle. Je m’y refusai longtemps ; je suppliai la royauté de suivre son penchant et de prendre un autre ministre que moi. Dans cette intention, tandis que j’étais officiellement appelé à composer un nouveau conseil, je consentis à ce que, pendant quatre jours, il fût tenté les plus grands efforts pour en composer un dont je ne ferais point partie. La tentative n’ayant pu réussir, je fus obligé d'accepter le fardeau. Mes amis politiques voulurent bien le partager avec moi.

a La France avait dit qu’elle voulait absolument qu'on laissât la Syrie à Méhémet-Ali, et les quatre puissances avaient dit qu’elles ne le voulaient pas. Que fallait-il faire?... Gagner du temps pour essayer de dégager la dignité des uns et des autres fatalement compromise, était évidemment la seule conduite à tenir, il y avait, j’en conviens, peu de chances d’y réussir. En tout cas, l’ambassadeur de France, placé auprès

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de la conféreiu^e de Londres» y pouvait plus que moi. Malgré ses eflbrls, le traité du 15 juillet fut signé, à l’exclusion de la France.

(( Il fut convenu dans ce traité que deux mille Anglais, mille Autrichiens, transportés sur des vaisseaux, iraient attaquer le littoral de la Syrie pour l’enlever à Méhémet-Ali.

« Ces moyens, fort suffisants, si la F rance et l’Egy’ptc devaient sc laisser intimider, étaient dérisoires, si Tune et l'autre montraient un peu de sang-froid et de fermeté. En elfet, les deux mille Anglais, les mille Autrichiens pouvaient bien ravager le littoral de la Syrie, mais ils ne pouvaient pas enlever à Méhéraet-Ali la Syrie elle-même et l’Egypte. A la mauvaise saison ils devaient nécessairement être obligés de se retirer après avoir ravagé quelques villes maritimes. Si les quatre puissances voulaient pousser leurs desseins à bout, elles étaient obligées d’envoyer, ou une armée anglaise, ou une armée autrichienne ou une armée russe. Quant à une armée anglaise, il n’en existait pas. Quant à une armée russe, le cabinet anglais, déjà divisé, se serait dissous plutôt que de consentir à l’introduction des Russes en Turquie ; et pour une armée autrichienne, c’était à la France à empêcher qu’il en fût envoyé une. Du reste, elle avait reçu de Vienne les déclarations les plus spontanées et les plus rassurantes à cet égard. Quel pourrait donc être le calcul des hommes d’Etat qui auraient entrepris une telle opération avec do si faibles moyens? C’est que l'Egypte et la France s’intimideraient, et qu’une simple démonstration suflirait pour les contraindre à céder. Le ible de la France était donc indiqué :et c’était de ne point s’intimider, de sc tenir prête pour le cas peu probable où l’on voudrait pousser les choses au-delà d’une simple démonstration, d’armer par conséquent, mais sans menaces, et sans parler de guerre. C’est ce qu’a fait le ministère du l®*" mars. 11 a armé avec activité, il n’a fait de menaces à personnes. Je défie qu’on en cite une seule.

« Je suis convaincu qu’en attendant seulement deux mois, rinsuflisance des moyens employés contre l’Egypte aurait été démontrée; que l’envoi d'une armée russe n'aurait pas été accepté par l’Angleterre; que celui d’une armée autrichienne aurait été empêché par la France, et que, sans guerre, avec de la moflération, on aurait conclu un traité honorable pour tous.

«'Mais la situation, pour qui ne la jugeait pas bien, était inquiétante. Le ministère du 1®*^ mars, qui ne l’avait pas créée, ofirait un moyen d’en^ sortir , qui n’était [Mis la guerre. Coin pouvait faire naître quelque anxiété, j’en conviens ; mais il valait la ]»eine de braver quelques inquié-

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CHAPITHK IV.

ludes pour sortir d"un mauvais pas où l^ou s’était imprudemmeut cugagé.

« Mais tout à coup, à un engouement sans exemple a succédé une sorte de terreur panique inexplicable. La cause de l’Egypte, si chaudement épousée d’abord, a été abandonnée avec une promptitude inouïe. Et qui s'est chargé de ce nouveau rôle? Est-ce moi? Non, assurément. Ceux qui se sont chargés de ramener si brusquement la France de ^ cette affaire d’Orient , sont ceux-mêmes qui l’y avaient si profondément engagée.

« M. Guizot, qui avait remplacé à Londres M. Sébasliani, parce que celui-ci ne soutenait pas le vice-roi d’Egypte , m’a remplacé à Paris jwrce que je voulais le soutenir. Je ne m’en plains pas. Le pouvoir appartient à qui le prend, à qui le garde, dans le gouvernement représentatif. Je me plains d’une seule chose, c’est du partage inique qu’on veut faire de la responsabilité de cette déplorable aifaire.

« Oui, il y a eu en 1840 une haute imprudence au début, une insigne faiblesse à la fin.

« Je n’ai pas commis l’imprudence par laquelle on a commencé.

c( Je n’ai pas commis la faiblesse par laquelle on a fini.

« Les mêmes hommes, députés et ministres , qui avaient engagé la France de la manière la plus inconsidérée dans l’affaire d’Egypte , se sont chargés de l’en retirer de la manière la plus humiliante.

« Cependant il fallait faire peser sur quelqu’un les événements de 1840, le rôle fâcheux que le gouvernement français avait joué en reculant sitôt après s’ètre avancé si vite , le trouble pénible qui en était résulté dans les esprits ; et on a imaginé de faire peser tout cela sur le ministère du l®*" mars, et dans ce ministère, sur moi en particulier. Il a donc été convenu qu’on dirait que mes collègues, et moi surtout, nous avions tout fait , tout brouillé, tout compromis, et que nos adversaires avaient tout réparé. C’est là, certainement, Tune des plus insignes déloyautés dont l’histoire des partis puisse faire mention.

« A l’accusation principale, on a eu le triste courage d’en ajouter quantité d’autres, bien étranges en elles-mêmes, bien étranges surtout dans la Imiiche de ceux qui se les permettent : le rappel de la flotte! 1a ruine des finances ! le trouble apporté à l’ordre public !

« Le rappel do la flotte! — Vraiment il faut du courage aux défenseurs exclusifs de la paix pour proférer un tel reproche.

« Il n’y avait pas de milieu : il fallait ou que la flotte livrât bataille aux Anglais [wur empêcher les attaques de llcyrouth et de Sainl-Jcau-

crAcre f ou qu^ellc revînt pour n'être pas témoin de ces tristes événements. Livrer bataille , c’est-à-dire résoudre sur-le-champ par la guerre une situation qu’on pouvait, avec un peu de patience et de fermeté, résoudre par la diplomatie , était une témérité bien grande , et d’ailleurs une témérité sans lendemain , dans l’état de notre marine, aujourd’hui avoué. Mais que dire quand ce sont les amis de la paix qui reprochent au ministère du l®*" mars «le n’avoir pas résolu la question par la guerre immédiate?

« La ruine des finances! — Le reproche n'est pas moins étrange dans lu bouche de ceux qui me l’adressent.

« De même qu’on avait laissé dépérir la marine , faute d’oser dire la vérité aux chambres , on avait laissé tomber l’armée au-dessous de toutes les proportions commandées par la situation de l’Europe, Le ministère du 1®’^ mars a été obligé d’y pourvoir. Pour procurer à l’artillerie, à la cavalerie , les chevaux dont elles manquaient, pour créer le matériel qui n’existait pas en fusils, canons, etc., pour faire à nos places certaines réparations indispensables , pour commencer les fortifications de Paris , pour porter l’elfectif à 500,000 hommes, le ministère du 1®*" mars a dépensé un peu moins de 130 millions. C’est ce qui résulte des comptes fournis par le ministère du 29 octobre.

« On n’en a pas moins répété alors, on n’en répète pas moins tous les jours que le ministère du 1®*^ mars avait dépensé un milliard, et ruiné ainsi les finances. Le milliard, comme on le voit, c’est 150 millions. Mais cela dit par ceux-mêmes qui ont dépensé depuis 1,500 millions, par ceux qui ont paralysé pour dix ans les moyens de la France, en autorisant les communes, les départements, les compagnies, à emprunter trois milliards, cela est étrange, j'ose dire audacieux,

« Le trouble apporté à l'ordre public î — Un moment , il est vrai , toutes les professions ouvrières ont, à Paris, interrompu leurs travaux pour une cause étrangère à la politique, pour une question de salaire. Jamais la situation du gouvernement à l’égard des classes ouvrières n’avait été plus difficile. Cependant par la persuasion, et aussi par le déploiement de la force, car le camp de Fontainebleau avait été soudainement transporté à Paris, les ouvriers ont été en quatre jours ramenés à leurs ateliers, et l’ordre a été maintenu sans qu’une goutte de sang fût versée. Voilà comment l’ordre public a été troublé sous le ministère du l®*“mars ! Ce n’est pas tout, il est vrai. Au milieu de l’agitation produite par le canon de Beyrouth, on a chanté la Marseillaise sur quelques théâtres.

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