‹ Révolution française histoire de huit ans, 18401848Chapitre 69 sur 198 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Incorpoialiou de Craeuvie à rAutriche. — Dcniier partage de la Pologne. — Emotion en Europe. — Faiblesse de lord Palnierston. — Protestation de 51. Guizot. — Allaires de la Suisse. — Ligue du Soüderbund. — Révolution de Genève. — Guerre civile imminente.

Lorsque, le 3 mars, les troupes alliées occupèrent, ainsi que nous Kavons dit, la ville de Cracovie, il paraissait convenu que la ville et le territoire de Cracovie continueraient, comme par le passé, à former un Etat libre et neutre sous la protection des trois puissances. On stipulait seulement, que les milices nationales ne seraient pas réorganisées, (lue la ville de Cracovie serait occupée alternativement par des li’üupes de chacune des puissances, et que le château royal serait fortifié.

Cette résolution, arrêtée dans les derniers jours du mois (le mars, devait être signée le 4 avril par les trois pîénii»olentiaires , M. le général de Berg pour la Russie , M. de Canitz pour la Prusse, M. de Fiquelmont pour rAutriche.

Mais dans fintervallc, le czar était revenu à ridée, depuis longtemps arrêtée chez lui, d’en finir avec ce dernier débris 111. Il

de rindépeiîdaiice polonaise. L’indépendance n’était, il est vrai, qu’une fiction ; niais cette fiction entretenait des espérances, offrait aux vaincus, et aux proscrits la faible image d’une patrie, qui pouvait servir de foyer aux généreuses pensées , et de centre aux audacieuses entreprises. Dès l’année 1836, quelques notes diplomatiques avaient été échangées entre les trois cours sur la convenance qu’il y aurait à effacer ce vestige d’une nationalité qu’on no voulait pas laisser revivre. La Russie cherchait constamment à entraîner les cabinets de Berlin et de Vienne dans une résolution décisive. Mais ceux-ci , redoutant les mécontentements de la France et de l’Angleterre, résistaient à ces ouvertures, et dénonçaient même à Londres et à Paris les [>lans et les projets dont ils avaient reçu la confidence, non sans se faire un mérite de leur modération. Le czar avait donc ajourné ses projets. Mais avec l’insurrection de Cracovie, il crut trouver une heureuse occasion d’accomplir ce qu’il méditait depuis longtemps. Au moment où devaient être signées les conventions arrêtées h la fin de mars, le général de Berg vint annoncer à MM. de Canitz et de Fiquel-^ mont qu’il ne pouvait rien conclure, et qu’il attendait des instructions nouvelles de son gouvernement. Bientôt, dans une seconde conférence, provoquée par lui, le 8 avril, il déclara qu’il avait l’ordre formel d’insister sur l’incorporation de la ville et du territoire de Cracovic à la Gallicie, moyennant une indemnité pour la Prusse et la Russie, en territoires faisant partie de la Gallicie, sur l’extrême frontière de l’est et de l’ouest.

M. de Fiquelmont, prévenu d’avance, accepta la propositon ; M. de Canitz s’y opposa formellement. Après de longues discussions, la conférence fut rompue.

CHAPIIRE VI.

Cette atiaire serait peut-être encore restée longtemps en suspens, si la chute des tories et les mariages espagnols a’élaient venus interrompré les bonnes relations de la France et de TAngleterre. On était désormais assuré cpi’elles ne se réuniraient pas pour protester. D’un autre côté , lord Palmerston sollicitait ardemment des trois cours une adhésion officielle à son interprétation du traité d’Utrecht; et, quoiqu’elles ne se montrassent pas empressées de le satisfaire, il affaiblissait lui-môme son influence en réclamant un serv'icîe et un appui. Le czar ht donc reprendre les conférences au plus fort de la querêlle sur les mariages espagnols. M. de Canilz rassuré ne fit plus d’opposition. La république de Cracovie fut incorporée à l’empire d’Autriche, en vertu d’une ordonnance d’union qui parut à' Vienne le 11 novembre 1846, aux conditions suivantes réglées entre les trois plénipotentiaires : 1® La ville et le territoire de Cracovie, avec vingt-trois milles carrés et

156,000 habitants, appartiendront à l’ Autriche et seront incorporés à la Gallicie; 2** la Russie recevra, à titre d’indemnité, le territoire sur la frontière du nord de la Gallicie, entre les villes autrichiennes Brocly et Rava-Kupra, et entre les villes russes Wladiinir et Toinassen ; 3® la Prusse recevra, au même titre, la ville de Hatzenplotz avec le territoire adjacent. L’Autriche se chargera, en outre, des dettes et des obligations de Cracovie.

Ainsi fut consommée l’œuvre de spoliation; les trois bourreaux arrachèrent les derniers lambeaux de leur victime, pendant que l’Angleterre et la France se disputaient follement à propos de mariages, qui ne méritaient ni d’être tant glorihés, ni d’être tant accusés.

L’émotion fut grande en France et dans toute rEurope.

HISTOIRE m HUIT ANS.

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Outre le tait brutal de spoliation, il y avait violation tlagraule des traités de 1815, de la part même de ceux qui avaient toujours- tenu à s*en montrer les gardiens jaloux. Des stipulations faites en commun par toutes les puissances réunies ne pouvaient être annulées par ractioii isolée des trois cours. C’était une insulte à l’Angleterre et à la France, c’était une atteinte portée à la base du droit public européen. Si la loi commune n’était plus dans les traités de 1815, où était-elle désormais? Tous les partis eu France furent d’accord pour flétrir cet acte audacieux de despotisme; les conservateurs, parce que le droit international n’avait plus de garanties; les radicaux, parce que la cause de la liberté, inséparable de celle de la Pologne, recevait une nouvelle atteinte; tous, parce que la France était l’indigne jouet des diplomaties absolutistes.

C’était pour M. Guizot une complication nouvelle. 11 connaissait les susceptibilités de l’opinion publique, et n’y était pas aussi indifférent qu’il voulait quelquefois le paraître. Déjà tout l’avertissait autour de lui que la France ne pouvait se taire, lorsqu’on semblait la compter pour rien dans les conseils européens. Il comprit néanmoins que l’action combinée des deux pays constitutionnels aurait un effet bien plus puissant que des réclamations isolées. Aussi dès (ju’il fut informé de l’incorporation de Cracovie, s’einpressa-t-il d’écrire à M. de Jarnac, avec invitation de se rendre auprès de lord Palmerston, et de lui demander s’il était disposé à agir en cette circonstance, de concert avec la France. Mais les rancunes du ministre anglais n’étaient pas apaisées. 11 répondit au comte de Jarnac qu’il avait déjà préparé une note au nom du cabinet britannique, et qu’il en donnerait comninnicalioti à l’ambassadeur anglais à Paris,

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