CHAPITRE Vil
Ditlicultés au dedans et au dehors. — Sectes socialistes. — Discussion de Tadresse. — Cracovie. — Les mariages espagnols. — Kiiplure entre M. Guizot et lord Norraanby. — Mécontentement en Angleterre. — Médiation de M. d’Appony. — Pénurie dans les campagnes. — Troubles dans les campagnes. — Evénements tragiques de Buzauçais. — Condamnations à mort. — llessentiraents populaires. — Mort de M. Martin (du Nord). — il est remplacé par. M. Hébert. — Changements partiels dans le ministère.
Si Tappui certain d’une majorité compacte rassurait d’avance le ministère sur les résultats de la session, la situation des alFaires et la complication des événements au dedans et au dehors lui présageaient des débats orageux et des luttes animées. Les triomphes du scrutin n’éUiient pas équivoques, mais ceux de la tribune allaient être difficiles. Les relations avec l’Angleterre, compromises pour un intérêt de famille, le trop facile abandon des derniers débris de la Pologne, la protection accordée aux jésuites de la Suisse, apportaient à l’opposition des arguments dont elle comptait bien user. A l’intérieur la crise financière , raccroissement du prix des denrées alimentaires, la dimi-
nation des salaires, le ralentissement du travail, causaient parmi les populations ouvrières des agitations que justifiait la souffrance, qu’alimentaient les écrits d’une école connue depuis quelque temps sous le nom de socialisme. Différentes doctrines , différents chefs avaient la prétention d’apporter au peuple une vie nouvelle par leurs prédications; mais tous s’accordaient pour ramener toutes les questions politiques aux améliorations matérielles, et pour faire bon marché des abstractions et des théories. Selon eux, l’école républicaine, égarée dans l’idéal du droit, était composée de rêveurs pour lesquels ils dissimulaient mal leur dédain, quoiqu’ils fissent alliance avec eux dans toutes les luttes contre le pouvoir. Cette école , ou plutôt ces écoles socialistes , car elles étaient plusieurs, étaient des émanations et des débris de différentes sectes dispersées, les saiiit-simoniens, les fouriéristes et les icariens ; elles touchaient aussi par plusieurs points à une fraction dissidente des conservateurs qui prêchaient également la politique des intérêts, et demandaient depuis quelque temps assez vivement au ministère des réformes matérielles. Parmi eux, le plus remuant et le plus impérieux était M. Emile de Girardin, appuyé à la chambre par quelques députés, MM. Desmousseaux de Givré , de Castellane et autres, tous disposés à seconder, la monarchie, mais h la condition qu’elle sortirait de sa politique immobile.
Tous ces adversaires néanmoins causaient peu de soucis à M. Guizot, parce qu’aux jours des votes il retrouvait sa majorité accoutumée ; ne voyant rien au-delà de l’enceinte parlementaire, il avait à peine conscience du mouvement immensaqui se faisait dans le pays par le choc même de