‹ Révolution française histoire de huit ans, 18401848Chapitre 76 sur 198 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

a Respect aux nationalités, s’écriait M. Barrot; ne permettons pas qu’elles soient violées par d’autres, alors que nous les respectons nous-mêmes. »

Puis il ajoutait :

« Ce qui a fait tressaillir l’Europe, c’est moins U disparition d’un petit Etat, effacé de la carte du monde, que ce sentiment que le droit des gens a reçu une atteinte mortelle, et que si un pareil acte passe inaperçu et impuni, la force est substituée à l’équité, comme règle des affaires du monde, et que chacun ne peut plus compter que sur son épée.

« C’est donc moins encore au nom de la nationalité polonaise, qu’au nom de tous les faibles et de tous les opprimés, au nom de tous les peuples menacés indirectement dans leur indépendance, au nom de tous les principes qui ont de tout temps régi le monde et auxquels on substitue le droit du plus fort, que je demande à la commission, au gouvernement, d’expliquer et de préciser le sens des pa rôles de l’adresse. »

M. Guizot comprit que le moment était venu de se justifier; il le fit avec une captieuse habileté, qui devait entraîner facilement une majorité disposée d’avance à se laisser persuader.

Il avait vu, dans la destruction de la république de Cracovie, un fait contraire au droit européen ; il avait protesté coqtre ce fait, qu’il avait qualifié selon sa pensée. En même temps, il en avait pris acte, afin que, dans l’avenir, s’il y avait lieu, la France pût en tenir le compte que lui conseilleraient ses intérêts légitimes et bien entendus.

« Mais, ajouta-t-il, nous n’avons pas cru que le moment où nous protestions contre une infraction aux traités, fût le

moment de proclamer le mépris des traités ; nous n’avons pas cru qu’il nous convînt# qu’il convînt à la moralité de la France, à la moralité de son gouvernement j de dire, à l’instant où il s’élevait contre une infraction aux traités : « Nous ne reconnaissons plus de traités. »

Donc le gouvernement avait protesté contre la destruction de Cracovie , contre un fait à ses yeux contraire au droit; il en avait pris acte pour la future politique de la France, le jour et dans la mesure où ses intérêts légitimes et bien entendus le lui conseilleraient. Mais# cette réserve faite, il tenait que les traités subsistaient, et il était résolu à les observer loyalement.

Après ce discours du ministre et malgré l’opposition de M. Dupin lui-même, la chambre adopta le paragraphe de la commission.

M. Thiers s’était réservé pour la question des mariages espagnols. Il prit la parole le 4 février.

L’ancien ministre commença par déclarer qu’à ses yeux le mariage de la reine Isabelle avec don Francisco avait été bon et utile. Quant à celui du duc de Montpensier avec l’infante, politiquement, il lui avait paru peu utile, au moins prématuré ; il l’accusait surtout d’être la cause de la situation dans laquelle on se trouvait placé.

Aucun intérêt assez grave n’était attaché à ce mariage pour justifier une rupture avec l’Angleterre, et l’alliance * anglaise valait mieux que ce résultat.

Tel était le résumé du discours de M. Thiers.

Et d’abord où était l’intérêt politique?

Il faut, sans doute, disait l’oralteur, trouver dans nos relations avec l’Espagne une politique amie, pour ne pas s’ex-

poser à se mettre entre deux feux comme en 1814; mais

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