CHAPITRE VII. i
avait cru, en mettant son petit-fils sur le trône d’Espagne, s’attacher l’Espagne par les liens' de la parenté. Eh bien ! vous le savez tous; il n’y a qu’à lire à cet égard les Mémoires de M. Torcy, vous y verrez que Philippe V devint pour son grand-père un sujet d’amertume , et que son grandpère mort, sous le régent, il déclarait la guerre à la France. Savez- vous pourquoi? Ce n’était pas pour l’intérêt de l’Espagne ; c’était pour un intérêt de parenté. Le jour où le grand roi était mort, sa famille s’était divisée. La vieille cour, le vieil esprit, s’étaient réunis autour des princes légitimés ; la nouvelle cour, le nouvel esprit, s’étaient rangés autour du régent , du duc d’Orléans.
« Philippe V se mêla à ces partis. En voyant l’état de santé du faible enfant appelé à régner , Louis XV, il songea à recouvrer ses droits à la couronne de France. 11 entra dans une conspiration contre le régent, et lui déclara la guerre. Ce furent donc les motifs de parenté qui brouillèrent les deux pays. Heureusement la politique qui avait reporté l’Espagne au-delà des Pyrénées fit sentir sa bienfaisante influence. La guerre était reconnue si absurde qu’elle fut bientôt abandonnée, .et qu’on revint à la paix. Mais on songea à la consolider de nouveau par les moyens de la parenté, et vous allez voir combien on fut encore déçu dans l’emploi de ces moyens. On envoya en Espagne une fille du régent, mademoiselle de Montpensier , pour , épouser un des fils de Philippe V ; Philippe V envoya une de ses filles pour épouser le jeune roi Louis XV. Mais bientôt le régent mourut ; le duc de Bourbon, un prince du sang , le remplaça au ministère, et voulut mettre sur le trône de France mademoiselle de Vermandois. Sans égard, on renvoya la princesse espagnole en Espagne, et
rEspagne renvoya la princesse française en France. Philippe Vi irrité d'une telle conduite ^ après vingt ans de lutte^ le l®*" mai 1725, forma un traité avec les Allemands, et se lia i\ eùx contre la France. Mais heureusemenl vint le cardinal de Fleury, qui, étranger à toutes ces querelles de famille , rétablit la politique dans ses véritables voies.
« Les raisons de parenté ne subsistèrent plus ; et alors la France, unie à l’Espagne par la politique et non parla parenté, la France trouva dans . l’Espagne l’alliée fidèle qu’elle s’était faite par la guerre de succession. Voilà ce que l’histoire enseigne.
« Si je vous citais l’histoire de Napoléon , vous verriez quelle déception la parenté a été pour lui. Je voudrais pouvoir retracer sous vos yeux sa correspondance avec son frère Joseph : vous y verriez, et il y a dans cette enceinte des témoins considérables de ces faits qui m’écoutent, vous y verriez qu’avec son frère la lutté est née à l’instant même. Lorsque vous placez un prince français en Espagne, il devient Espagnol; il est fidèle à sa nouvelle patrie, et, devenu Espagnol, il résiste.
« Joseph devint promptement l’adversaire de Napoléon.
Un moment, il voulut se conduire en Espagne comme
Louis Bonaparte avait fait en Hollande , et il fallut que
Napoléon lui déclanlt par sa femme, qui était alors à Paris,
qu’il allait le faire arrêter à Bayonne ; et des témoins bien
informés affirment que, vers la fin de l’empire, Joseph avait
traité avec les iVnglais.
«Voilà, messieurs, la parenté. »
Après la révolution de juillet, continuait l’orateur, quelle (levait être la politique de la France à l’égard de l’Espagne?