‹ Révolution française histoire de huit ans, 18401848Chapitre 86 sur 198 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Topposition une prépondérance morale qui finirait par la faire triompher.

Déjà le ministère était averti que plusieurs conserva- ■ (eurs ne devaient plus être dos instruments dociles. Dans la discussion des fonds secrets, M. Dcsmoussoaux de Givré, rappelant à M. Guizot les promesses du banquet de Lisieux, lui reprochait amèrement de les avoir oubliées. Par TefFet de cet oubli, la dissension s’introduisait dans les rangs d’une majorité compacte. Les esprits étaient troublés et les cœurs indécis. Le mal, disait l’orateur, c’était l’inertie du gouvernement. Sur toutO;S les questions, il répond par ce mot fatal : Rien^ rien^ rien!

M. Guizot crut pouvoir dédaigner ces accents d’une indignation isolée ; mais bientôt une leçon plus sévère vint lui faire comprendre que la majorité elle-même pouvait lui échapper.

L’entrée de M. Hébert au ministère laissait vacante la vice-présidence de la chambre. Cette dignité parlementaire avait fini par prendre l’importance d’une candidature ministérielle. Le cabinet recommandait la candidature de M. Duprat : choix insignifiant, il est vrai, mais qui mécon- ! tentait les jeunes conservateurs parce qu’il leur était imposé.

Ils votèrent donc ouvertement avec l’opposition, et, grâce à leur concours, la vice-présidence échut à M. Léon de Malleville, partisan reconnu de la réforme électorale.

Le cabinet fut frappé de stupeur : cette immense majorité qui lui promettait de si faciles sessions, lui faisait tout à coup défaut ; il se trouvait à la merci de quelques novateurs capricieux , épris de réformes , n’ayant ni assez de maturité pour être un parti , ni assez de docilité pour être des instruments, livrés par conséquent à toutes les inspi-

rations d’un coup de tête. Le ministère pouvait donc être culbuté par la main des conservateurs progressistes, le jour où ils voudraient former une alliance durable avec l’opposition. Ce qui diminuait toutefois le péril, c’est qu’ils n’avaient ni plan de campagne, ni goût décidé pour ime réforme radicale. Ils encourageaient l’opposition sans se livrer à elle; ils affaiblissaient le pouvoir sans avoir la volonté de le renverser.

Ce qui, du reste, leur donnait quelque importance, c’est qu’ils avaient dans le journal La Presse un organe qui représentait assez exactement leurs impatiences et même leurs irrésolutions ; journal personnel, il est vrai , expression plutôt d’un homme que d’un parti , mais se faisant volontiers l’écho de la partie frondeuse de la bourgeoisie, et possédant une grande puissance* de taquinerie. M . Emile de Girardin s’était hautement séparé du ministère, après de vains efforts pour obtenir de M. Guizot quelques réformes promises et toujours ajournées. Aussi, pendant que le Journal des Débats, patriarche opiniâtre de la vieille politique, gourmandait les conservateurs dissidents, se disant impartiaux, progressistes, majorité dans la majorité, et déplorait en termes amers le vote sur la vice -présidence , La Presse menaçait le cabinet de nouveaux échecs, s’il ne prenait pas l’engagement d’introduire, avant la fin de la législature, la liste des jurés dans la loi électorale. Ce n’était pas se montrer bien exigeant, mais c’était prouver la nécessité des concessions, c’était reconnaître la puissance croissante de ce mot de réforme qui était dans toutes les bouches, et qui allait être le signal d’une grande révolution. La scission des conservateurs en était peut-être la préface nécessaire.

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