‹ Révolution française histoire de huit ans, 18401848Chapitre 93 sur 198 · CHAPITRE VllI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VllI

blics à porter directement devant le jury leurs plaintes en matière de diffammation. On sait que, depuis le précédent introduit par M. Bourdeau, les fonctionnaires, recourant à l’action civile, avaient trouvé dans la complaisance des tribunaux une protection contre toutes les attaques. C’était une violation flagrante de toutes les lois sur la presse. M. Berville demandait que l’on revînt aux véritables principes.

La proposition soumise aux bureaux le 22 mai .fut l’occasion de débats très-animés. MM. Marie, 0. Barrot, Dufaure, Rémusat, Duvergierde Hauranne s’indignèrent , en termes éloquents, de voir couvrir par un misérable subterfuge la responsabilité des fonctionnaires, dans le moment môme où des procès scandaleux révélaient les plus honteux désordres dans toutes les régions administratives. Mais à cause de cela même, le ministère redoutait le contrôle du jury ; il combattit avec acharnement la proposition de M. Berville, et, docile à la voix ministérielle, qui ressemblait à un cri de désespoir, la majorité refusa d’en autoriser la lecture.

Il s’agissait, d’ailleurs, de la presse, et les conservateurs progressistes, malgré leurs prétentions à l’indépendance , n’avaient pour la presse ni déférence , ni tendresse. Quant à leurs sentiments d’équité, ils étaient de nature à ne pas beaucoup s’émouvoir de persécutions qui ne frappaient que des écrivains incommodes et frondeurs : d’aussi tièdes réformateurs n’étaient pas tous les jours en verve, et il fallait à leur indépendance un cercle plus étroit. Leur présence au parlement était plutôt un embarras pour le cabinet, qu’un bien pour le pays. Ils servirent cependant de quelque manière la cause de la réforme : timides

fis

eux-mémes, ils firent naître une certaine agitation parmi les timides, et ouvrirent la carrière aux exemples. Car la résistance des caractères faibles est souvent plus contagieuse que celles des hommes forts.

Une occasion se présenta bientôt de faire prévaloir une de ces réformes matérielles que les conservateurs progressistes mettaient avant les réformes politiques. M. Glais- Bizoin avait repris une proposition déjà plusieurs fois présentée par M. de Saint-Priest, sur l’abaissement de la taxe des lettres, réductible à un tarif unique pour toute la France. Cinq fois déjà la question avait été portée à la tribune ; 77 conseils généraux avaient émis des vœux favorables à cette réforme; en 1845, la chambre avait adopté la taxe uniforme à 20 centimes, et si le bénéfice de ce vote avait été perdu, c’est que, le lendemain, les voix s’étaient partagées sur l’ensemble du projet : 170 contre 170. Depuis ce temps, l’expérience s’était faite en Angleterre, et les avantages de cette nouveauté n’étaient plus un problème pour personne. Toute la population, d’ailleurs, y était intéressée : le pauvre, pour n’étre plus obligé d’imposer silence à la manifestation des sentiments les plus chers ; le petit commerce, pour n’avoir plus à subir la loi du grand commerce, seul assez riche pour supporter les frais d’une correspondance coûteuse. Intérêts, sentiments, relations de famille, besoins commerciaux, tout était engagé dans la question, et il n’y avait pas un bourg, pas une chaumière, où l’on n’attendît avec anxiété cette réforme si vivement désirée, si longtemps promise. Il n’y avait là ni utopie, ni , abstraction, ni affaire de parti; l’occasion la plus facile | s’offrait de contenter tout le monde sans sacrifice d’amourpropre, sans abnégation de principes.

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