CHAPITRE IX
Les scandales. — Incendie du Mouriilon. — Dilapidations commises dons le port de Ilochefort. — Fonctionnaires poursuivis et condamnés.— AIFaire Bénier. — M. Drouillard, député de Quimperlé, poursuivi pour corruption électorale et condamné par la cour d’assises de Maine-et-Loire. — - M. Boutmy, poursuivi pour achat de suffrages et acquitté. — Le privilège du troisième théâtre lyrique et les 100,000 fr. donnés à VEpoque. — Le projet de loi promis aux maîtres de poste au prix de 1,200,000 fr. — Vente de la promesse d’un titre de pair. — Révélations faites dans un procès civil poursuivi devant le tribunal de la Seine entre quelques actionnaires des mines de Gouhenans.
Dans toutes les discussions sur la réforme, soit dans les journaux, soit à la tribune, le ministère n’opposait aux («rguments accusateurs que d’opiniâtres négations. Si l’on signalait la corruption des fonctionnaires publics, il niait la corruption : si l’on accusait les vices du système électoral, il criait à l’exagération, et s’efforçait de prouver que tout le monde était content, moins quelques brouillons; que tous les fonctionnaires étaient inattaquables, moins ([uelques rares exceptions. Malheureusement pour lui, les exceptions, à force de se multiplier, devenaient la règle.
et la logique impitoyable des faits donnait aux assertions ministérielles de cruels démentis. Chaque jour révélait une honte nouvelle, et, pendant que le scrutin multipliait les victoires du ministère, les scandales se multipliaient en même temps pour annuler et condamner les victoires. Les procès civils, les poursuites correctionnelles, les actions criminelles, mettaient à nu l’une'après l’autre les plaies honteuses des régions officielles. Ce n’étaient plus les hasards d’un fait isolé, mais les conséquences obligées d’un système général, et il y avait une telle fécondité de souillures, que la corruption semblait vouloir profiter de ses derniers moments, et s’étaler avec d’autant plus d’audace que les réformateurs l’attaquaient avec plus de persévérance. Assurément, pour faire le procès des derniers temps de la monarchie, il n’est besoin de rien imaginer, de rien exagérer. Les crimes se présentent avec un si triste ensemble, que l’histoire ne peut qu’en affaiblir le tableau. Nous nous arrêterons seulement aux faits qui excitèrent dans le public les plus vives émotions.
Depuis plusieurs années, la presse signalait avec indignation les désordres et les dilapidations dont l’administration de la marine était le théâtre. Les accusations avaient été répétées à la tribune, et la cour des comptes elle-même avait fait entendre des paroles de blâme, qui ne laissaient plus aucun prétexte soit à l’aveuglement, soit à la complicité. Il fut décidé par la chambre qu’une comptabilité en matières serait établie dans tous les ports et arsenaux, et
qu une vérification régulière devrait à l’avenir protéger les
richesses accumulées de notre marine contre le pillage officiel des agents de l’administration.
Cette décision de la chambre allait recevoir son exécu-