‹ Révolution militaire du 2 décembre 1851: précédée de "la Vérité quand même àChapitre 22 sur 54 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Les paroles énergiques qu'avait prononcées devant moi le général Magnan, rapprochées de ma dernière soirée passée chez le général Leflô, quelques jours avant, ne permettaient plus de douter de l'imminence du conflit entre les deux pouvoirs.

Je rentrai donc très-préoccupé de ces graves conjonctures dont l'issue n'était pas du reste une question pour moi : la victoire serait pour le pouvoir exécutif.

Je me couchai et m'endormis avec la pensée intime qu'à l'un de mes prochains réveils j'apprendrais la solution de ce grand problème politique.

Ayant, pendant mes longues captivités, contracté l'habitude de travailler au lit ; j'y tenais encore la plume, lorsque le vendredi matin, vers dix heures et demie, trois coups de canon précipités se firent entendre dans la direction môme du palais Bourbon.

Quelques secondes après» trois autres détODations également précipitées frappèrent mon oreille.

a Ah I me dis^je ; c'est le général Leflô qui exécute son plan, celui d'appeler la population de Paris au se^ cours de l'Assemblée, contre laquelle marche le prince Napoléon, à la tête des troupes, qui veulent en finir aYBc cette réunion de bavards et d'intrigants de toutes les couleurs I...

Je me levai brusquement et courus à ma croisée, en interpellant mon voisin, comme moi, vieux soldat de la garde impériale, et, comme moi aussi, naufragé de Waterloo.

— « En effet, me dit mon ancien frère d'armes, ce n'est pas ainsi que s'exécutent ordinairement de simples exercices à feu au Champ-de-Mars. Il y a là quelque chose d'extraordinaire ; je vais courir aux nouvelles et viendrai vous les transmettre, »

Aux détonations de l'artillerie , succédèrent bientôt les fusillades de l'infanterie, qui de minutes en minutes étaient accompagnées par des obusiers ou des canons. Ce feu roulant, image vraie d'un combat sérieux, dura ainsi pendant près d'une heure, et cessa tout à coup.

— « La bataille est gagnée, me dis-je : pourvu que le général Leflô ne se trouve pas au nombre des morts, car certes il a du être le dernier à quitter son poste. »

J'étais plongé dans ces tristes préoccupations, lorsque mon voisin vint m annoncer, en toute h&te, que c'était la brigade du général Marulaz qui manœuvrait au

Cbamp*de-Mars, et qu'elle avait passé sur le quai é la rive droite, à 9 heures. Cette nouvelle me rassura sui le compte de mon cousin le général Leflô , mais n< changea en rien mon opinion sur la prochaine dérout< de l'Assemblée dite nationale.

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