‹ Révolution militaire du 2 décembre 1851: précédée de "la Vérité quand même àChapitre 6 sur 54 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

liC parti Répabllcalift.

Les Carrel, les Guinard, les Trélat et les Godefroy Gavaignac, qui avaient si puissamment contribué à l'avénement de Louis-Philippe, ne furent pas longtemps sous le charme de la meilleure des républiques^ proclamée par le patriarche des républicains des deux hémisphères.

Une petite église se forma bientôt, mais on ne sut d'abord qui prendre pour fétiche.

Le héros des deux mondes éidiii usé, par conséquent sans prestige.

 défaut de fétiche, on éleva des tribunes d'où de mâles et d'émouvantes paroles se firent entendre, annonçant l'avènement prochain d'une belle et bonne république à la Washington d'abord , pour arriver à

Danton, sinon à Robespierre et Marat, mais certaine-

mui à fiabcBuf II.

On sait les marches et contre-marches des sectaires de

ces types républicains depuis 1830 jusqu'à 1848. Il était dans mon étrange destinée que moi, soldat

d'un principe monarchique, j'aurais pour compagnon

de cachot le républicain Carrel, et pour camarade, non

de lit, mais de paillasse, Raspail le spcialiste.

Vivent les révolutions I pour vous donner en peu de jours et d'heures l'expérience du cœur humain I... Qui n'a passé des nuits dans un cachot infect, humide et froid, en compagnie de conspirateurs dissidents, mais francs et loyaux, ne connaît pas ce dont l'homme fortement trempé ei à convictions sincères est capable en fait de dévoûment et d'abnégation.

Mais ce n'est point ici le moment de parler de mes prisons et des tableaux de mœurs qu'elles m'ont inspirées; j'y reviendrai lorsque je publierai incessamment, peut- * être, l'histoire, inédite encore, de la conjuration légitimiste de 1830 à 1848, dont je fus, j*ose le dire, l'un des chefs les plus actifs, les plus passionnés ; j'ajouterai même les plus persévérants , n'ayant, quitté le champ de bataille qu'à la chute de Louis-Philippe, que j'avais fait le serment de combattre tant qu'il serait sur un trône enlevé à son pupille. Je déposai mes armes de conjuré au pied de l'obélisque; Louis-Philippe en fuite, j'avais vengé mon Roi, accompli mon serment!...

Tant que vécut Carrel, il sut par la puissance supérieure (}e son talent, par l'énergie de son caractère et

Télévation de ses sentiments, il sut empêcher la dislocation de ses coreligionnaires ; mais à peine eut-il suc-combé sous la balle d'Emile Girardin, que Tanarchie se mit dans le camp.

Les Athéniens restèrent sous l'étendard du National.

Les impatients passèrent sous celui dé la Tribune, dont Armand Marrast était alors l'oracle le plus fougueux et le plus compromettant des démocrates, à ce point qu*il fit assassiner à coups d'amendes et d'années de prison cet organe de la future montagne.

Le désordre s'ensuivit; chaque société secrète eut son patron et son grand prêtre ; le premier, comme de raison, fut pris dans le calendrier de la Convention ; le second, parmi les plus dignes du patron.

Delà, les Fieschi, les Morey, les Pépin, lesÂlibaud, les Quénisset, les Lecomte!...

De là, les Barbes, les Blanqui, les Caussidière, les Raspail , les Lagrange I . . .

De là, cours des Pairs, cours d'assises, conseils de * guerre, se tenant en permanence.

De là, proclamation de l'état de siège sous l'empire de la meilleure des républiques /. ..

De là, les prisons s'encombrant, les bagnes s'ouvrant, les échafauds se dressant, et comme compensation providentielle du crime isolé du 13 février et Au suicide de Saint-Leu qui ne profitaient et ne pouvaient profiter qu'à Louis-Philippe et à ses hériliers, cet usurpateur n'échappait à un assassinat que pour passer par les angoisses de trois ou quatre autres tentatives du même genre*

Âhf combien ce prince paya cher son ambition do cloquante années, ses intrigues incessantes pour la satisfaire!... Que de tortures lui valurent les crimes de son père, aussi bien que ses propres méfaits I. . .

Pendant son règne, on ne marcha plus que de complots en complots, d'attentats en attentats, de révoltes en révoltes jusqu'au jour de la grande conflagration qui le fit chasser de France, lui et toute sa famille.

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