Révolutiond de Liége sous Luois de Bourbon E. C. de Gerlache
Cet opuscule crayonné il y a quelques années, à la vue des lieux que j’habitais, où s’accomplirent les événemens que j’essayais de raconter, tandis que nous étions en pleine paix et que nous avions d’amples loisirs pour les lettres, me parait perdre , je l’avoue , une partie de son intérêt, en le relisant sur un autre théâtre, et l’esprit préoccupé de l’histoire présente que nous faisons tous ensemble depuis
quinze mois. D’un autre côté je crois y apercevoir, à travers la longue distance des temps et des mœurs, je ne sais quelle ressemblance avec certaines questions, je ne sais quelle coïncidence avec certains faits contemporains que je n’avais pu deviner jadis en écrivant. Je prie toutefois le lecteur de ne chercher dans mon petit vieil échantillon d’histoire locale que ce que j’y chercbfe moi-méme, quelque passagère distraction au milieu des ennuis de la politique, après des émotions trop réelles et trop vives; quelque utile leçon du passé donnée aux dépens de nos braves aïeux à leurs dignes descendans.
De nos jours l’histoire a fait une alliance brillante avec le roman. L’auteur, maître de ses personnages et de son sujet, peut, tantôt en suppléant à l’insuffisance des traditions, tantôt en écartant les détails, les préparations, les longueurs obligées de l’histoi-
re, produire de ees grands effets dramatiques qui saisissent fortement l’imagination, et séduisent la raison elle-même. Je ne sais jusqu’à quel point un tel genre de composition réussirait parmi nous; mais je dirai que pour mêler avec bonheur la fiction et la réalité, il faut prodigieusement de talent.
C’est une œuvre de création. Tandis que dans une narration pure, simple et vraie, les recherches et l’exactitude scrupuleuses peuvent tenir lieu d’art et d’invention jusqu’à certain degré; et elles semblent aussi devoir mériter quelque indulgence à l’auteur, alors même qu’il n’amuse pas toujours.
L’effet de notre révolution a été d’abord d’agiter et d’exalter les âmes. Des capacités remarquables se sont révélées parmi nous, qui ne peuvent demeurer sans emploi. Lorsque le calme renaîtra, les pacifiques et sûres conquêtes de l’esprit, les études politiques et morales , au premier rang
desquelles je place l’histoire du pays , encore si peu connue, offriront à leur ardente activité une utile et noble occupation, et de nouveaux genres de gloire à acquérir. Quand s’ouvrira cet heureux avenir, j’essaierai peut-être d’y faire quelques pas.