AVERTISSEMENT
XÉmoin oculaire des dernières révolutions de Constantinople , j'ai pu , comme inspecteur en chef du génie militaire , et par mes relations directes et fréquentes avec les ministres de la Porte , observer avec exactitude , les mouvements et les acteurs, et apprécier les obstacles et les événements. Ce récit est donc le résultat de mes propres observations , et de nombreux renseignements que j'ai pris sur les lieux et que je considère comme exacts par leur conformité avec mes notions sur le temps , les personnes et les localités.
préface:
Au commencement du dix -huitième siècle, Pierre-Ie-Grand entreprit de réprimer le pouvoir et les prétentions du clergé russe , dont le chef voulait élever sa chaire patriarchale audessus du trône des czars , d'abolir la milice indisciplinée et séditieuse des strélitz, qui osait souvent dicter la loi à ses souverains et quelque^ fois même les déposer , et enfin de régénérer sa nation , qui , ayant été long-temps tributaire des Tartares avait conservé les mœurs et les usages des peuples asiatiques , et ne prenait aucune part , aux progrès des Européens dans les arts , les sciences et la civilisation. Pierre réussit, et la Russie, sortie tout-à-coup de sa barbarie et de son obscurité , marcha à pas de géant vers sa prospérité.
Au commencement du dix-neuvième siècle, le sultan Sélim III forma aussi le projet non moin»
vU| PRÉFACE,
hardi d'abolir les janissaires , plus indisciplines et plus nombreux que les strelilz , de détruire Jes prétentions des oulémas, d'abattre le pouvoir du mufty, qui, sans voidoir élever sa chaire audessus du trône des empereurs ottomans , partage cependant par ses fetfas ou décisions la puissance législative du monarque et l'action du gouvernement ; et enfin de régénérer sa nation , en la faisant participer aux découvertes des Européens dans les arts et les sciences , à leurs institutions militaires et à leurs progrès dans l'agriculture, le commerce et la civilisation. Sélim échoua , et la Turquie , restée dans la barbarie sous un gouvernement maîtrisé par des prêtres et par des soldats séditieux , a pris , depuis ces tentatives malheureuses, une marche plus active vers sa ruine.
Mais pour mieux juger ces grands événements, si dignes de fixer l'attention des historiens et des philosophes, jetons un coup-d'œil rapide sur l'état de la Russie au moment où Pierre-lc- Grand commença à opérer ses réformes, sur
PRÉFACE. i«
les obstacles que ce prince eut à vaincre et sur les causes de ses succès. Le récit suivant des révolutions de Constantinople , en 1807 et i8o8, fera connaître la différence de la position et du caractère de ces deux monarques, les dispositions des deux peuples , et les motifs qui , dans deux entreprises tendant au mcnic but , ont produit des résiUtats si opposés.
La Russie , devenue chrétienne dans le cour» du onzième siècle , sous le czar Volodimir, se vit bientôt obligée de plier sous le joug des Tartares , qui , après avoir asservi l'Asie sous Gengis-Kan , pénétrèrent en Europe. Les Russes deva^icnt être alors ce que sont les Grecs du Levant sous la domination des Osmaniis. Libres dans l'exercice de leur religion , soumis et tremblants devant leurs maîtres tartares , ils ue conservaient leur existence politique que par une dépendance servile et en payant régulièrement les tributs imposés par le vainqueur.
IMais la famille de Gengis-Kan s'affaiblit par la (livision de son vaste empire, et par les guerres