‹ Révolutions de Constantinople en 1807 et 1808, précédées d'observations générales sur l'état actuel de l'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 3 sur 8 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

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gères de le Fort et de Gordon, Us furent enfin pris et jetés dans les prisons.

Pierre, arrivant à la hâte, punit les principaux coupables et pardonna à Sophie , qu'il aurait fait périr, s'il avait été aussi cruel par caractère qu .1 l'a été quelquefois par politique. Mais il fut sévère et inexorable envers les strelitz. Après avoir aboli par un ukase ce corps si long-temps formidable à l'autorité souveraine, il fit pendre ou décapiter environ deux mille de ces soldat, rebelles, et exila le reste en Sibérie.

La pohtique lui défendait d'avoir des ménagements pour cette soldatesque , aussi vile et lâche

dans le malheur, qu'insolente et séditieuse dans la prospérité. Le moment était favorable. Les strelitr effrayés ne savaient que se prosterner et s'avilir devant leur monarque irrité; ils demandaient grâce ; mais cette grâce aurait été une grande faute politique. La conduite sévère de Pierre-le-Grand à leur égard les fit disparaître à

jamais.

La chute des strcliU entraînait celle du cle. ge.

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N'ayant plus pour eux l'appui des soldats , les prêtres durent céder aux volontés du monarque. La dignité patriarcale fut abolie. Les immenses domaines des patriarches , qui rendaient ces pontifes redoutables à leurs souverains, furent annexés aux biens de la couronne, et servirent à soudoyer les nouvelles troupes, qui protégeaient les réformes et les nouvelles institutions.

Les Russes , plus asiatiques qu'européens , 'conservaient encore en grande partie le costume des Tartares, l'habit long et la barbe. Pierre -le- Grand les obligea à s'habiller comme les peuples auxquels il voulait les assimiler. Convaincu que la force d'un monarque légitime n'est grande qu'autant que ses sujets jouissent de leurs droits d'hommes et de citoyens, il abolit le mot esclave i que prenaient les Russes en s'adressant à leur souverain , et commença dans ses propres domaines l'affranchissement des paysans.

Toutes ses entreprises, secondées par l'étendue et la profondeur de son génie , par le zèle de sef serviteurs , qu'il savait choisir et qu'il prenait

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indistinctement dans toutes les classes (i), et parmi toutes les nations ; et enfin , par la persévérance inébranlable et par l'inflexibilité de son caractère, ont été couronnées du plus grand succès. Des é'tablissements immenses, dignes d'être mis en parallèle avec ceux du même genre que les nations les plus riches et les plus éclairées de l'Europe ont exécutés peu à peu , parurent sortir lout à coup du néant à la voix créatrice de ce monarque régénérateur. L'agriculture perfectionnée servit à accroître la population et le bienêtre général. Le commerce , favoris^par de nouveaux débouchés tant extérieurs qu'intérieurs, fit naître l'industrie et les richesses. Le Volga fut uni à la Neva par des canaux de communication. Les nouveaux ports d'Asoph et de Saint-Pétersbourg permirent au pavillon russe , jusqu'alors inconnu, de flotter sur la Baltique et

(i) Mcnzikoff, qui de garçon pâtissier devint prince et général d'armée, fut le plus zélé , le plus intelligent et le plus utile des collaborateurs de Pierre-le-Grand.

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sur la mer Noire. La Russie n'avait pas un bâtiment armé avant le règne de Pierre, et en peu

d'années les escadres russes battirent celles de la

Suède.

Soixante mille Russes avaient été vaincus et obligés de mettre bas les armes , à la bataille de Narva , par huit mille Suédois sous les ordres de Charles XII. Les armées russes, formées à la discipline la plus sévère et constamment exercées , se perfectionnèrent peu à peu par des succès variés, et gagnèrent, neuf ans après leur défaite de Narva, la bataille décisive de Pultavva, contre leméme Charles XII, qui voulait renverser Pierrele-Grand et qui fut réduit à chercher un asile dans les États du Grand-Seigneur.

La Livonie, l'Estonie, l'Ingrie et une partie de la Finlande accrurent les domaines de la Russie. Ces succès électrisèrent la nation ; les vieux boyards cessèrent de nuirmurer. Les jeunes nobles , n'étant pas influencés par de vieux préjugés et d'anciennes habitudes , mirent de l'enthousiasme à favoriser les entreprises du mo-

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narque qu'ils admiraient. — Les prêtres euxmêmes , sentant qu'ils n'avaient rien de mieux à faire que de chercher à captivc.T la bienveillance du czar , renoncèrent au fanatisme , acquirent des lumières pour parvenir à la fortune, et finirent par seconder avec zèle les nouvelles institutions qu'ils avaient combattues.

L'agrandissement de cet empire, dont la populalion fièrc et belliqueuse avait, en sortant de la barbarie, toute l'énergie des peuples nouveaux, acquit dès-lors une marche progressive, dont le génie de Pierre -le -Grand régla le cours par ses institutions, après en avoir créé l'action par ses travaux. En moins d'uB siècle la Russie est devenue une des premières puissances de l'univers et l'arbitre des peuples européens.

Mais ces réformes, auxquelles Pierre-le-Grand pouvait seul procurer un succès aussi prompt et aussi complet, furent secondées par quelques circonstances particulières , par l'état du pays et par les dispositions des Russes. Les Moscovites étant chrétiens repoussaient les institutions et

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les mœurs des autres peuples de l'Europe, non par motif de religion , mais parce qu elles contrariaient leurs habitudes et leurs anciens usages. Les strélitz, qui étaient assez puissants pour disposer du trône, formaient un corps isolé au milieu de la nation, attendu que les jeunes russes capables de porter les armes n'étaient pas tous affiliés à cette corporation militaire. Le clergé, fort de l'ignorance du peuple, n'avait que l'influence que donnent les fonctions sacerdotales, et trouvait constamment des amis du troue dans les magistrats chargés de la justice, et quelquefois parmi les boyards , intéressés par devoir à défendre l'État et les prérogatives de la couronne. Les paysans serfs n'avaient d'autre volonté que celles des maîtres dont ils dépendaient.

Pierre-le-Grand put donc trouver dans sa nation un soutien contre le clergé et les strelitz; mais la position du sultan Sélim III, qui avait formé la résolution de l'imiter , était bien dilférente. Nous verrons, dans le récit des dernières révolutions de Constautinople, cl dans les obser-

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