XXXIV. Dispositions des Russes envers la Turquie
Cette guerre si redoutée de la nation russe, et qu'en Russie même tous les ennemis du gouvernement se vantaient d'avoir prévue, éclatait enfin et surprenait cet empire sans aucun préparatif pour sa défense. Catherine n'avait pu parvenir ni à se faire aimer du plus grand nombre de ses sujets, ni à leur faire prendre aucun intérêt à ses desseins. Il y avait encore peu de mois qu'elle s'était vue en quelque sorte forcée à fuir de Moskou, pour échapper au danger d'une révolution ; et , après ce départ précipité , les mêmes sentiments qui, au commencement de son règne, avaient éclaté contre elle dans cette ville, s'y étaient reproduits d'une manière terrible. Le peuple en foule était venu supplier le comte Panin, gouverneur du grand-duc, de faire monter son pupille sur le trône, d'armer cet enfant contre sa mère, et de rendre ainsi à l'empire son légitime souverain.
Panin leur avait représenté l'extrême jeunesse du grandduc. On lui avait répliqué en le suppliant du moins de veiller sur la vie de cet enfant, que cette mère parricide était capable, disaient-ils, de poignarder entre les bras de sou gouverneur. Dans toutes les villes de l'ancienne Moskovie, sur le passage de ce prince pour retourner à Pétersbourg, le peuple avait fait éclater les mêmes sentiments ; et, dans
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plus d'un endroit, Pania avait été obligé de rappeler à la foule qui Tenvironnait les bornes de Tobéissance et le respect dû à celle qui occupait le trône. Tout le peuple nommait le graud-duc son unique souverain, et Panin le père et le protecteur de la nation.
Depuis ce temps, les nouvelles de Pologne avaient irrité les esprits. Les troubles de cette république avaient jeté beaucoup d'embarras et de divisions dans le ministère russe, et même parmi les courtisans. Tous ceux qui voyaient avec envie le crédit des ministres, avaient saisi ce prétexte pour déclamer contre eux, et renouvelaient sans cesse la proposition d'abandonner la Pologoe. Les parents des officiers russes tués en combattant contre les confédérés, en déploraient hautement la perte, pour un objet, disaient-ils, qui n'iutéressait que la vaine gloire de l'impératrice et ses passions personnelles.