‹ Révolutions de Pologne (volume 3)Chapitre 35 sur 184 · XXXIX. Discours artificieux de Poniatowski · texte numérisé non relu

XXXIX. Discours artificieux de Poniatowski

Après un grand nombre d'autres proscriptions, Poniatowski, dans une harangue très-artificieuse , se plaignit de ce que la république était obligée de sévir ainsi contre ses principaux membres. 11 en parut pénétré de douleur, et il alla jusqu'à gémir de ce que la capitale était entourée et remplie de troupes étrangères. Il dit que les bons citoyens

I pouvaient être alarmés ; mais, se rejetant aussitôt sur les vertus de l'impératrice de Russie , il assura que ses troupes

î étaient venues pour maintenir la paix, rétablir l'ordre, empêcher les citoyens de se massacrer ; que l'on voyait déjà, par l'union qui régnait dans cette assemblée, le bien qui ré-

> sultait de leur présence ; et il proposa : « Que la diète écrivît à

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riiupératrice, pour remercier cette princesse du service qu'elle rendait à la république ». Cette proposition fut accueillie par les uns avec les acclamations de la flatterie, et par les autres avec une apparente soumission.

XL. Le grand-général ne trouve point Vannée de la Couronne oii elle avait eu ordre de s'assembler.

Le grand-général, arrivé au lieu où son armée avait eu ordre de s'assembler,^ n'y trouva pas un seul bomme. Le palatin de Kïow, qui s'était chargé de ce soin, et qui en même temps avait promis de faire marcher ses troupes particulières et de rassembler la noblesse de trois provinces, sur le point d'exécuter de si grands projets, s'était livré à son irrésolution naturelle. Il avait laissé ses propres troupes à trente lieues. £n adressant des ordres à toutes celies de la Couronne, il les avait à dessein laissées éparses. Lui seul savait les différents villages où il les avait réparties. Il croyait par là s'être rendu maître des événements, et pouvoir à son gré disperser ou rassembler une armée. Dans cette position, il écoutait de secrètes ouvertures d'accommodement que lui faisaient les Czartoryski ; et aûn de gagner du temps, à chaque marche du grand-général, il partait pour une de ses terres dans le voisinage, promettait de revenir, se faisait attendre, écrivait des lettres d'excuse, arrivait enfin, et cherchait encore de nouveaux artifices pour éluder les résolutions qui avaient été prises. Les usages de cette république exigeaient qu'on signât une confédération pour former une autorité légale ; et quoique chacun, rempli de soi-même , craignît de prendre un engagement qui devait le soumettre à l'autorité d'un chef, malgré les jalousies réciproques, malgré les défiances qui troublaient ce parti accoutumé aux

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petites actions, et qu'aucun grand intérêt n'avait jamais rassemblé, on avait enfin commencé à signer cet acte. Mais dès les premières signatures^ le palatin de Kïow partit encore sans en avoir prévenu ; et bientôt après il écrivit au grand-général pour excuser ce nouveau départ précipité, et proniit de se rendre partout ailleurs où on aurait besoin de lui.

D'autres sénateurs demandèrent un délai jusqu'à ce qu'on eût assemblé plus de troupes, et retournèrent dans leurs terres, en promettant de rejoindre aussitôt qu'on aurait reçu quelque nouvelle favorable des cours étrangères, et qu'on serait assuré d'être soutenu.

Ainsi, le parti républicain s'affaiblissait en se séparant. Il ne restait avec le grand-général qu'un petit nombre de 'troupes, intimidées par le départ de tant de cbefs.

Celles qui le poursuivaient , sous le commandement de Repnin et de Braneçki, firent plus de quarante lieues de France en trois jours. Leur approcbe l'obligea de quitter subitement le lieu où il était. Il franchit la Vistule près de Sandomir. Les Russes la passèrent; et sept cents Kosaks atteignirent son arrière-garde, composée de deux cents Tatars. On demanda à ceux-ci une conférence. On les somma de reconnaître l'autorité du nouveau chef que la diète venait de donner aux troupes ; et pendant le pourparler, on chercha à les envelopper. Us s'en aperçurent, mirent le sabre à la main, renversèrent les Kosaks russes, et s'ouvrirent un passage. Us furent vivement poursuivis ; mais le généraf Mokranowski les soutint avec une partie de sa petite armée; et les Russes se retirèrent en voyant sa contenance.

Ces légères hostilités étaient contraires aux ordres de la tzan'ue, et démentaient les assurances données en son nom à Constantinople. Ijc prince Repnin revint subitement à

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Varsovie pour conférer avec Keyserliog. L'un était iaquiet et consterné; l'autre affectait de le paraître. 11 fallut envoyer à Pétersbourg se justiOer et demander de nouveaux ordres.

Depuis ce moment les troupes russes, en continuant de harceler les Polonais, évitaient d'en venir aux mains. Ceux-ci tenaient une conduite également circonspecte ; ils attendaient le combat et ne le cherchaient pas; sans appui, sans secours, ils ne crurent pas devoir déclarer la guerre à l'empire de Russie, et leur audace consistait dans leur fermeté. Le grand-général tâchait de se faire joindre par toutes ces compagnies qu'on avait laissées si malheureusement éparses, et de se rendre à Sambor, pays fertile^ d'où il pourrait communiquer aisément avec toutes les provinces. Mais Braneçki avait noué des intelligences dans cette petite armée, il retenait entre ses mains la solde de toutes les troupes qui suivaient son adversaire, et il parvint à enlever presque toutes les compagnies polonaises, à mesure qu'elles s'avançaient pour joindre h grand-général.

Après cet enlèvement, un frère de Poniatowski écrivit à la grande-générale , sa sœur, pour chercher , disait-il , les moyens d'épargner le sang et d'éviter les malheurs d'une guerre civile. La réponse qu'il reçut ne lui laissa entrevoir aucune espérance que le grand général consentit à un accommodement particulier. Ce vieillard abandonné, poursuivi, privé de ses emplois, disait : « Comment puis-je me relâcher actuellement, qu'aucun intérêt personnel ne me guide ? » Pendant qu'on offrait cette négociation , "tte nouveaux détachements russes s'étaient joints aux troupes de ce parti , avec l'ordre de l'impératrice d'éteindre dans le sang^ s'il le fallait, cette première étincelle de guerre, avant qu'aucune puissance pût venir au secours des Polonais. Ces détachements approchaient du grand-général, et occupaient

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