‹ Révolutions de Pologne (volume 3)Chapitre 73 sur 184 · XX. Sa brouiller ie avec ses oncles · texte numérisé non relu

XX. Sa brouiller ie avec ses oncles

Une pareille conduite, dans un temps où il avait à soutenir Fimmense fardeau d'une monarchie naissante, donna de trop justes prétextes aux ressentiments de ses deux oneles. Cette ligue de la maison Czartoryski, maintenue depuis cinquante années par une ambition et des haines communes, aussitôt qu'elle eut atteint le faîte des grandeurs, eommença à se diviser. La distribution des grâces, source éternelle de jalousies et de plaintes, fut d'abord abandonnée au grand-chancelier de Lithuanie. Cet homme, à qui il était indifférent de plaire, ou plutôt qui se faisait un plaisir malin de l'ironie et de l'injure, devenu le dispensateur de tous les bienfaits, choquait ceux mêmes qu'il obligeait. De jeunes complaisants cherchèrent bientôt à enlever le roi à des conseils si durs. Braneçki , son premier confident, qui se faisait gloire de tous les vices, les autres Poniatowski élevés à la dignité de princes, et qui cherchaient à étayer la grandeur subite de leur maison, les aides-de-camp du roi, presque tous choisis parmi les joueurs ou les aventuriers, genre d*hommes dont la réputation est toujours équivoque, enfin, tout ce qui environnait ce'prince, tendit constamment à l'éloigner de ses

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deux oncles. La gravité de l'un devenue plus imposante et plus sévère depuis qu'il avait perdu Tespérance du trône ; la dureté de l'autre augmentée par la puissance qu'il exerçait, étaient également incompatibles avec les mœurs de cette folle jeunesse. Peu à peu le roi disposa des grâces sans les consulter ; et quand ils le virent, au lieu d'être appliqué, comme la difficulté des conjonctures l'exigeait, quitter le soin des affaires pour se livrer à la plus vaine dissipation ; quand de jeunes femmes eurent Fait donner à de méprisables protégés des emplois promis à des hommes utiles, alors leurs resscnfiments profonds, quoique toujours dissimulés, éclatèrent sur ce prétexte. Trop de sujets de haine devaient concourir à cette rupture. Des mœurs pour ainsi dire formées dans des siècles différents, l'austérité exigeante de ces deux vieillards, que le roi eût à peine satisfaits par l'abandon de son autorité ; cette impossibilité où il était de s'acquitter jamais envers eux, et le vice inhérent au cœur humain, par lequel la reconnaissance se change presque toujours en haine quand elle ne peut égaler le bienfait ; enfin les intérêts des deux familles devenus nécessairement contraires,' achevèrent de séparer cette ligue si longtemps formidable aux Polonais. Mais c'était surtout le grand-chancelier de Lithuanie qu'on s^appliquait à discréditer auprès du roi. C'était lui qu'on voulait perdre à la cour de Russie^ d'autant plus aisée à irriter contre lui, qu'il montrait ouvertement l'intention de se dérober au joug de cette cour. Ce dernier soin était le point le plus difficile de ses grands desseins. Sans ce dernier succès, sa conduite pleine de hardiesse et de subtilité, n'aurait plus été que dangereuse et funeste a son pays. Les jeunes favoris occupés à le détruire, cherchaient dans cette conduite même les moyens de le perdre. Quand les désirs de la Russie n'étaient pas remplis, ils faisaient tomber sur lui seul le ressentiment de cette cour.

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RepDin, qu'il avait offensé par un mépris insultant, devenait contre lui un perpétuel dénonciateur. Repnin, que des rivalités de galanterie brouillèrent bientôt avec le roi, cherehait également à aigrir Timpératrice contre toutes les factions polonaises. Il voulait s'arroger à lui seul toute Tautorité da nouveau gouvernement. H accusait avec une égale animosité et le roi et les deux princes Czartoryski. Il menaçait quelquefois Stanislas- Auguste de laisser former contre lui une confédération de tous les mécontents, et de Tabandonner à la haine générale. Des femmes de toutes les sortes étaient perpétuellement mêlées dans leurs raccommodements ou leurs querelles, et ces méprisables intrigues influaient sur les espérances ou les craintes de la cour et de la nation. Ainsi se conduisait la .nouvelle cour de Pologne, dans un temps où l'assemblage de toutes lès vertus et Tunion la plus indissoluble eussent à peine suffi contre la difûculté des conjonctures.

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