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XXXI. Levée du siège de Modon.et évacuationdu Peloponèse

Les Turks , après avoir passé une nuit à Coron pour s'y reposer et s'y joindre à la garnison , s'avancent vers Modon pour en faire lever le siège. Ils attaquent avec intrépidité le camp des Russes , les obligent à se replier sur les batteries, les y attaquent de nouveau, et les y forcent après un combat opiniâtre. Deux cents Russes échappés du mas-

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sacre se retirent avec peine vers Navarin, emportant avec eux leur commandant blessé , et laisssant aux mains des Turks trente-huit pièces de gros canons , quatre pièces de campague et deux mortiers.

La garnison de iModon mit le feu au bourg , après en avoir pillé les maisons.

Le bruit se répandit aussitôt sous les murs de Navarin , que les Turks , poursuivant leur victoire , venaient attaquer cette forteresse. Orloffen fit fermer les portes, sans y admettre les Grecs fugitifs. La multitude rassemblée au pied des remparts , criait aux Russes : « Vous nous avez promis de nous affranchir ; nous ne vous demandons qu'un asile. »

Les Turks approchaient en effet ; et quoiqu'ils ne vissent point paraître leur flotte, enhardis par leurs succès, leurs troupes victorieuses marchaient précipitamment vers Navarin. La multitude des Grecs, ne se croyant plus en sûreté sous les remparts, se jette , avec des cris lamentables , dans tous les bateaux qui sont au rivage. Dans cette confusion, la mer engloutit une partie de ces infortunés ; une autre partie parvient sur cette île de Sphactérie qui forme un des côtés du port. Quatre ou cinq mille Grecs réfugiés sur ce rocher, sans eau, sans abri, sans vivres, y demeurent exposés à périr de faim, de soif et de misère, et voient flotter autour d'eux'les cadavres de leurs enfants et de leurs femmes; et les Russes, de dessus les remparts, contemplent ce spectacle avec des risées.

Quel que dût être l'événement du combat naval , Alexis , dans l'effroi que lui causa l'approche des Turks , ne songea plus qu'à évacuer précipitamment le Péloponèse. Déjà Théodore et l'amiral Spiritoff étaient partis avec le plus grand nombre des vaisseaux, pour renforcer l'escadre d'EIphinston. En vain Papaz-Ogli et Benaki représentaient au comte Orloff : « Que tout n'était^pas encore désespéré ; que

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l'événement du combat naval np pouvait être douteux ; qu'un succès par mer aussi décisif que l'impéritic des Turks permettait d'y compter avec assurance , aussi éclatant que Test toujours l'avantage du petit nombre contre des forces supérieures, rétablirait aussitôt les affaires, ramènerait toutes les forces russes à son secours, jetterait la consternation parmi les Turks , et que leur inexpérience dans Fart des sièges lui laisserait , en attendant , cette forteresse pour asile ». Alexis n'écouta rien ; il fit embarquer à la hâte les blessés, les malades , quelques centaines de Grecs avec leurs proestos , les évéques de Coron , de Modon, de Calamata, dePatras, Papaz-Ogli, qui mourut bientôt dans une île de l'Archipel , et Benaki forcé d'abandonner dans sa vieillesse, ses biens, sa famille, pour aller porter d'inutiles plaintes à la tzarine. Alexis, avant son départ de Navarin , en fit charger toutes les mines, et en s'embarquant y laissa des mèches allumées , afin qu'après son départ, cette forteresse ensevelît sous ses ruines les Turks qu'il présumait devoir y accourir en foule. Mais les mèches s'éteignirent ; et les Turks trouvant encore sur les remparts quelques canons montés , les tirèrent sur la flotte russe qui s'éloignait du port. Plus de vingt mille Grecs se réfugièrent dans les îles vénitiennes. Le pacha fit publier un pardon général. Il traita avec douceur les familles des primats fugitifs , et laissa la vie et la liberté à leurs enfants. Quelques troupes albanaises retournèrent dans leurs provinces chargées de butin , et saccagèrent sur leur route une partie de la Thessalic et de la Macédoine. Mais la plus grande partie ne put être forcée de quitter le Péloponèse , où ils avaient été attirés par la promesse de lever les tributs à leur profit. La plupart des maisons ayant été pillées, ils se firent donner des billets parles chefs des communautés, et déclarèrent quïls n'évacueraient la presqu'île qu'après

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