LIVRE XIV
prouverai votre projet , même après l'exécution , qu'autant que vous aurez respecté les jours du prisonnier que vous voulez Taire. — Vingt fois, répondit Strawinski, je l'ai pu tuer dans Varsovie, et je m'en suis absteuu par intérêt pour la confédération. Pourquoi me soupçonner de la vouloir déconsidérer, quand je ne cherche qu'à la servir ? C'est Poniatowski vivant que j'ai résolu de lui livrer ». Malgré ces assurances, Pulaski répète qu'il n'ordonne rien ; il veut rester inconnu aux conjurés de Strawinski ; et après des précautions si scrupuleuses, Pulaski, ne craignant pas d'écrire ce qu'il a craint de dire, adresse à Strawinski et même à quelques autres, des billets où l'enlèvement du roi est fixé au 3 novembre.
Pulaski emploie utilement les jours qui précèdent celui-là ; il exécute des manœuvres qui attirent les ennemis sur divers points : et le 3 novembre, il ne reste que deux cents Russes à Varsovie. Strawinski s'est assuré que le roi se rendra le soir chez son oncle le grand-chancelier. En effet, à neuf heures et demie, le roi sort du palais de cet oncle; un de ses parents et un adjudant général sont avec lui dans la voiture, deux pages sont aux portières. La voiture est précédée de deux hommes à cheval, et de quelques autres personnes; elle est suivie de deux hcyduques et de deux valets de pied.
Strawinski a divisé ses conjurés en trois bandes. La première se présente comme une patrouille russe; elle en emprunte le langage, et arrête sans difficulté Pavant-garde de la voiture. La deuxième troupe , chargée d'arrêter la voiture même, éprouve plus de résistance. Pendant le combat qui s'engage, et où les deux hcyduques sont tués, quelqu' un s'est caché sous la voiture. Persuadés que c'est le roi, les conjurés le dégagent et ne saisissent que l'adjudant-général. Le roi s'est enfui chez son oncle ; un violent coup de marteau qu'il frappe à la porte en avertit les conjuré?. Ils y ac-
432 BÉVOLUTIONS DE POLOONE.
courent; et pour faire de la lumière, pour s'assurer qu'ils ne se trompent pas une seconde fois, l'un deux tire un coup de pistolet. Poniatowski est reconnu, entraîné, mis à cheval. Il prend avec ses ravisseurs la route de Czenstochowa , et n'essuie de mauvais traitements que ceux qu'on emploie à la hâte pour presser sa marche et vaincre ses résistances.
Déjà l'alarme est répandue dans son palais. On a trouvé son chapeau et sa bourse à cheveux. Personne ne sait quelle route prendre pour le retrouver ; personne ne donne ni ordre, ni conseil. Le grand-chancelier fait fermer les portes de son hôtel, et se met à souper en cérémonie. Saldern, qu'un valet veut instruire de tous les détails qu'on a bien ou mal recueillis, n'a pas le temps de les écouter : « 11 est, dit-il, occupé d'une autre affaire. »