VIII. Déclaration des trois puissances
« Après les dépenses considérables, disait-elle, en hommes et en argent qu'a coûté à l'empire de Russie son assistance à la Pologne, pour la sauver de la fureur de ses propres citoyens, assistance qui, au lieu de reconnaissance, n'a produit qu'un renouvellement de cette même fureur, jusqu'à menacer de l'écroulement total de l'État, c'est un acte de générosité, que de concert avec les deux puissances voisines de la Pologne, la cour de Russie se soit prêtée à mettre fin à l'anarchie qui la désolait, à lui assurer une existence mieux réglée, plus heureuse et plus tranquille. Après la perte irréparable en hommes et en argent que lui cause une guerre injuste, dont les Polonais sont les seuls instigateurs, il doit paraître bien modéré que sa majesté impériale de toutes les Russies se borne à n'exercer que des droits aussi incontestables que les siens, et à se procurer la réparation de dommages, que jamais un État ne peut refuser à l'autre, et qu'ici rien ne soit aggravé par la vengeance la plus juste ».
IX. Elles occupent les portions du territoire polonais qu'elles se sont adjugées. — Saldern est remplacé par Stackelberg.
L'Autriche et la Prusse, empressées d'occuper les pays reconquis, employèrent pour subjuguer et contenir les ha-
bitants, les mesures les plus violentes. La tzarine fut cette fois beaucoup moins rigoureuse ; elle permit l'émigration, elle rappela Saldern, blâma hautement la conduite qu'il avait tenue à Varsovie, et le remplaça pas Stackelberg, l'homme le plus doux et le plus poli que Ton pût trouver à Pétersbourg. L'évêque de Kamienieç ayant été arrêté par un kosak, Stackelberg rendit la liberté à ce prélat, et obtint de Catherine celle des sénateurs polonais exilés en Sibérie.
X. Protestation tardive du roi Poniatowski. — Assemblée du sénat. — Les troupes des trois puissances s'avancent au delà des nouvelles limites.
Poniatowski, à qui le projet de démembrer son royaume avait toujours paru chimérique, adressa aux cours de l'Europe une protestation contre le traité de partage. Cm n'y trouva de remarquable que les humbles remercîments qu'il y faisait à Catherine pour les bienfaits dont elle n'avait cessé de combler la Pologne, jusqu'au 5 août 1727 exclusivement. Lestaroste de Léopol ayant été destitué par l'Autriche pour avoir refusé le serment de fidélité à cette puissance, Poniatowski lui écrivit une lettre de félicitation sur cette courageuse résistance aux entreprises d'une cour étrangère. Résolu à convoquer une diète, il assembla le sénat, alors réduit de cent vingt-trois membres à vingt-sept. Il retrouva, dans ce petit nombre de sénateurs, un patriotisme et une énergie qu'il s'efforça de partager ; et il se mit à parler avec eux, contre la tyrannie des étrangers et surtout des Russes, un langage tout semblable à celui qu'il avait tant blâmé dans les confédérés de Radom, de Bar et d'Épériès.