LIVRE X
suites côtés sont embrassés par une rivière profonde et marécageuse qui va tomber dans le fleuve. Sur le sommet de la coltine, et derrière les ruines de la forteresse, est une petite plaine fertile qui suffirait à la nourriture d'une garnison peu nombreuse. Le seul côté qui ne soit défendu ni par les rochers et le fleuve, ni par les marais et la rivière, offre une pente douce et unie, sur laquelle Rasimir avait élevé des redoutes. 11 résolut de ne point abandonner les magasins amassés dans ce poste, et s'attacha d'autant plus fermement à la résolution de s'y défendre, que les Turks pouvaient facilement le secourir. Le passage le plus fréquenté entre la Pologne et la Moldavie est à peu de distance en descendant le fleuve ; la facilité de cette communication entre deux prov inces étrangères Tune à l'autre, y a fait bâtir, sur la rive polonaise, la petite ville de Zwanieç, presqu'en opposition de Chocim, forteresse turque située sur une hauteur de l'autre côté de la rivière. Le passage du côté de la Pologne est défendu par un ancien palais de briques, entouré de fossés secs et de murailles terrassées, bâti sur un coteau qui commande les deux rivages. François Pulaski, frère de Rasimir, s'y était posté. Aux premières nouvelles de rapproche des Russes, celui-ci traversa le fleuve, et courut à Chocim demander du secours, et représenter au pacha de quelle importance étaient pour les Turks eux-mêmes et ces deux postes, et le passage qu'ils défendaient, et les magasins qui y étaient rassemblés.
Pendant ce temps, les Russes, après avoir occupé la pe-
masqué par un détachement lo château qui la commande, attaquèrent la vieille forteresse d'Okopy. Les redoutes élevées sur la pente de la colline furent défendues jusqu'à la nuit ; et alors les assaillants mirent le feu à la ville de Zwanieç, afin que cet incendie, voisin d'Okopy, eu éclairât l'attaque. Les Polonais, pour éclairer le
front des Russes, mirent aussi le feu à quelques maisons d'Okopy, et on combattit à la lueur de ces embrasements voisins ou éloignés. Les Russes se rendirent enfin maîtres des redoutes, et tout le front de la forteresse ne leur présentait plus que des ruines hors de défense. Les Polonais, réduits au nombre de deux cents, accablés par la multitude de leurs ennemis, sans espoir de retraite, trompés dans l'attente du secours qu'ils avaient espéré, enfermés de tous côtés par les Russes, par les précipices, le marais et le fleuve, semblaient destinés à la captivité ou à la mort. Pulaski et ses compagnons, forcés après quelques heures de combat, se réfugièrent tous à cheval dans cette petite plaine sans issue, qui avait un quart de lieue en tout sens. La forteresse encore embrasée, et désormais tombée au pouvoir de l'ennemi, semblait leur couper toute retraite. II restait une espèce de chemin, un sentier étroit, et qui pouvait a peine être reconnu pour un sentier sur la crête de ce rocher à pie qui bordait le fleuve.