RESTES DU TASSE DANS LE COUVENT DE SAN ONOFRIO
l'académie DES ARCADES.
La lettre suivante fut adressée, le 24 décembre 18 10, par le général Miollis (i), alors gouverneur de Rome, au comte de Montalivet, ministre de Tintérieur. Elle contient la proposition d'installer dans le couvent de San Onofrio, situé sur le mont Janicule, la célèbre Académie des Arcades. Ce fut dans ce couvent que le Tasse mourut le 25 avril iSgS, et depuis lors les restes de Tillustre poète y étaient conservés. Nul lieu ne convenait davantage à la société littéraire que le poète Crescimbeni et le jurisconsulte Gravina avaient fondée à Rome en 1690.
Ce n'était pas la première fois que le général Miollis montrait, pour les gloires littéraires de l'Italie, une sollicitude éclairée. En 1797, étant gouverneur de Mantoue, il avait fait élever dans cette ville un obélisque en rhonneur de Virgile. En i8o5, il avait fait reconstruire ce monument et transférer avec pompe les cendres de TArioste à l'université de Ferrare.
Monseigneur,
J'ai rhonneur d'adresser à votre Excellence le rapport de M. Degérando et adopté par la consulte concernant les restes du Tasse conservés dans l'ancienne maison religieuse de Saint Onofrio.
Cette maison ofiFre un intérêt majeur 'par ces précieusedépouilles, par des fresques très estimées, une position extrês mement pitoresque, quoique sous les murs de Rome, des
(i) Sextus-Alexandre-François y comte Miollis, né à Aix en Provence le 18 septembre 1759, mort dans la même ville le 18 juin 1828.
3o REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
bâtiments en bon état qui pouraient loger commodément 40 religieux, et des jardins qui fairaient renaître les promenades si célèbres des anciennes écoles grecques.
L'établissement qui me paraîtrait le plus convenable à cette maison serait celui des Arcades, académie de poésie depuis longtemp en possession d'être la métropole de toutes les autres d'Italie, connues sous le nom de colonie d'Arcardi, dont l'institution est de conserver et faire fleurir les grands principes de la poésie par des séances publiques suivies ordinairement d'un grand concours et où chaque Arcade lit d'obligation quelque composition; c'est là où s'essaient et se trempent les verves italiennes.
Le lieu de leur réunion est un composé de deux à trois pièces de louage auquel se rattache un petit bois qui en est à plus de deux mille, dégradé et n'ofrant que des ruines, faute de moyens d'entretien, où se tiennent les séances dans la belle saison. Depuis longtemps les gens de lettre soupirent après un autre Parnasse qui se présente naturellement près les lauriers qui ombragent le tombeau du Tasse.
Ces motifs m'engagent à demander la maison de San Onofrio pour l'Académie de' Arcadi.
Je prie votre Excellence d'agréer mon respect.
Rome, 24 décembre 18 10.
A S. E. Monseigneur le comte de Montalivet, l'intérieur.
ministre de