LE PRINCE JULES DE POLIGNAC
ministère, composé de personnes ou peu capables ou méprisables, poussoient le Roi dans le précipice; cette fausse application de clémence, qui dégéneroit en foiblesse, avoît pour résultat de placer à la tête des principales administrations civiles et militaires des hommes ennemis du Roi et de l'État, qui Tont trahi jusqu'au dernier moment et ont rendu vains tous les moyens de sûreté qu'il a voulu prendre. Enfin, Dieu a permis cette épreuve; elle est dure, sans doute, sachons en profiter. Il paroit que le midi de la France n'est pas encore soumis à Buonaparte. La cause royale devient celle de l'Europe ; des armées considérables s'avancent sur les frontières françaises; on peut donc tout espérer, mais quels sacrifices ces efforts ne couteront-ils pas à notre malheureuse patrie.
De Gand, ce lo avril. — Les affaires prennent une bonne tournure, les puissances envoyent de puissantes armées pour détruire Buonaparte ; dans qumze jours les opérations militaires commenceront : les nouvelles de Tintérieur sont bonnes ; beaucoup de soldats désertent pour aller chez eux. M^r Duc et Madame Duchesse d'Angoulême tiennent toujours en Provence et à Bordeaux. Je pars demain pour aller rejoindre Ms^ le Duc d'Angoulême; je passerai par la Suisse et le Piémont. Le duc de Wellington, qui commande toutes les armées des Pays-Bas, assure qu'à la fin du mois de mai on doit être arrivé à Paris.
Adieu, mon cher Papa ; cette lettre est aussi pour ma tante; je vous embrasse tendrement tous deux. Portez-vous bien; votre santé nous est si chère. Vous embrasser, vous revoir est pour moi la pensée qui me console de tout.
Armand vous embrasse bien tendrement aussi, ainsi que ma tante. Il vous écrira la prochaine fois.
Jules.
FOUCQ.UET A PIGNEROL
Le surintendant Foucquet fut condamné au bannissement perpétuel le 20 décembre 1664. Louis XIV changea le bannissement en détention perpétuelle, aggrarant ainsi la peine. Foucquet fut donc enfermé au château de Pignerol : on préposa à sa garde une compagnie d'infanterie, commandée par le capitaine Bénigne de Saint-Mars. Voici le texte d'une quittance donnée par ce capitaine, pour les frais de chauffage et d'éclairage de la chambre du prisonnier et des corps de garde où logeaient les soldats.
Nous Bénigne de Saint-Mars, capitaine d'une compagnie d'infanterie servant à la garde du sieur Fouquet, confessons avoir receu comptant de maistre François Le Maire de Villeromard, conseiller du Roy et trésorier-général de l'extraordinaire des guerres et cavallerie légère, par les mains de son commis, la somme de cent livres ordonnée pour les bois et chandelles tant de la chambre dudit sieur Fouquet que des corps de garde pendant le présent mois de juin. De laquelle somme de cent livres nous nous tenons content, bien payé, en quittons ledit sieur de Villeromard et tous autres, tesmoing nostre seing cy mis le xxix® jour de juin mil six cent soixante-
sîx.
Bénigne de S'-Mars.
Derrière la quittance, on lit ces mots de la main du capitaine :
Pour servir de quitence de la somme de cent livres pour le bois et chandelle pour chambres de monsieur Fouquet et cors de garde pour le mois de juin de la présente anné
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