FREDERIC III, ROI DE NAPLES II
décisif le traité fut divulgué et Frédéric III, obligé de se défendre à la fois contre ses alliés et contre ses ennemis, dut céder à la force. Justement indigné de la trahison des Espagnols, il se soumit, en août i5oi, à Louis XII, qui lui donna un sauf-conduit pour se rendre en France. Là, Frédéric III reçut un accueil courtois de son vainqueur, qui lui assura cinquante mille livres de rente sur le duché d'Anjou, à condition de ne pas quitter la France (i). Le roi déchu résida, dès lors, au Plessislez-Tours. C'est de ce château qu'il écrivit à Anne de Bretagne la lettre suivante, qui témoigne des égards qu'on avait pour Frédéric III (2) :
Madame, je me recommande tant et si humblement que faire puis à vostre bonne grâce.
Madame, j'ay sceu plusieurs foiz par mon chambellan et mesmes par mon secrétaire, présent porteur, le bon vouloir que avez à moy et le bon et gracieux recueil et responce que leur faites quant ilz vont devers vous pour mes affaires, dont très humblement et de tout mon cueur vous mercie. Car, Madame, je vous asseure que vous estes tout le confort et
espérance de moy, de ma femme (3) et de mes enfans (4), qui très humblement se recommandent à vostre bonne grâce.
Madame, ma maladie de goûte m'est. Dieu mercy et vous, bien alégée, et treuve vostre maison tant belle et plaisant que merveilles. Touteflfoiz ma femme s'est trouvée depuis sept ou huit jours encza chargée de maladie de rains et de reyme, mais. Dieu mercy, il luy est fort amendé, et font mes enfans bonne chiêre.
(i) On trouve dans le Lxyral serviteur (coll. Michaud, t. IV, p. 5 12} ce passage sur rarrivée du roi de Naples en France : « Il fat reçeu très bien du Roy; et luy fut baillé la duché d'Anjou et d*autres terres, suyvant la composition faicte, et dont il a jouy jusques à sa mort. Depuis, sa femme ne fut pas trop bien traictée, dont il me semble que ce fut mal fait, et pour une temme de roy a esté depuis veue en grande nécessité. »
(2) L'original de cette pièce est actuellement en ma possession.
(3) Isabelle, dite Éléonore, fille de Pierre de Baux, duc d*Andria, seconde femme de Frédéric III.
(4) Les enfants de Frédéric III étaient : Ferdinand, duc de Calabre ; Alphonse, dit Tinant d'Aragon ; César et deux filles. Les quatre derniers seuls devaient être avec leur
père, car le duc de Calabre était prisonnier en Espagne. (Cf. Art de vérifier les dates.)
Vous suppliant. Madame, qu'il vous plaise nous avoir tousjours en vostre bonne recordation et souvenance, et me mander de vostre bonne prospérité et santé.
Madame, je prie au benoist filz de Dieu vous donner très bonne vie et longue. Escript au Plessi le pénultième jour de juing.