‹ revve des documents historiquesChapitre 54 sur 108 · LE CANADA EN · texte numérisé non relu

LE CANADA EN

En 1 541 , sept ans après la découverte du Canada par Jacques Cartier, François !•' envoya des colons dans ce pays, mais Tannée suivante il les rappela. Ce fut seulement en i6o3 que, sous les auspices d'une compagnie de négociants de Saint-Malo, Samuel de Champlàin alla fonder un établissement au Canada. Henri IV prit sous sa protection la colonie naissante et lui donna le nom de Nouvelle France. En 1608 Champlàin fonda Québec, qui fut dès lors la capitale du Canada. En 1627 le cardinal de Richelieu, en sa qualité de surintendant général de la navigation et du commerce de France, créa la compagnie de la Nouvelle France, à laquelle il donna le droit de régir à son gré le pays. La prospérité croissante de notre colonie avait, dès longtemps, excité la convoitise des Anglais. En 161 3 ils tentèrent une première attaque, mais sans résultat. En 1628 ils profitèrent des embarras que le siège de La Hochelle causait au roi de France, pour envahir le Canada. Champlàin se défendit avec énergie, mais, faute de secours, il dut capituler dans Québec en 1629. Richelieu ne se résigna pas à accepter les conséc^uences de la victoire des Anglais ; il réclama contre l'occupation du C3anada et, pour donner plus de force à ses réclamations, il décida X^ouis XIII à envoyer dans le Saint-Laurent une flotte de six vaisseaux. Le chevalier de M ont igny fut chargé du commandement et reçut des instructions détaillées, qui portent la date du 14 avril i63o, et dont voici le texte :

Ordre et instruction que le chevalier de Montigny, commandant la flotte de six vaisseaux cy après dénommez, armez €t équipez pour aller en la Nouvelle-France, aura à garder et observer durant le voyage qu'il va faire audit pais suivant la commission du Roy du xiii* jour du présent mois.

Le vaisseau, nommé la petite Magdelaine^ commandé par le s' de Montigny, admirai de la flotte.

Le vaisseau, nommé le Neptune^ commandé par le s' de Netz.

Le vaisseau, nommé la Pucelle, commandé par le capp*** Arnault.

Le vaisseau, nommé la Bi^e, commandé par le s' de Monteclair.

Le vaisseau, nommé V Aigle, commandé par le s'^ Deslombartz.

Le vaisseau, nommé (le nom est resté en blanc), commandé par le capp°« Daniel.

Pour ce qui est des charges de vice-admiral et contreadmiral et avantgarde, elles seront donnés ausditz cappitaines, au plus ancien commandant suivant la datte de leurs commissions.

Ledit s^ de Montigny se fera donner état des victuailles qui seront embarquées dans les vaisseaux de la flotte, reiglera l'ordinaire des équippages, en sorte qu'il n'y dîyt point de plaincte et quMl puisse tenir la mer durant les six mois, suivant qu'il luy en a esté fait fondz.

Et en cas de plaincte de la part des équippages, en prendra cognoissance et donnera reiglement, et fera chastier ceux qui y contreviendront, suivant les ordonnances de la marine.

Donnera ordre que les prières se feront les matins et soirs en chacun desdictz vaisseaux, fera chastier les jureurs e blasphémateurs, et ceux qui contreviendront aux ordonnanceset qui commettront quelques crimes, y observant les formess^ ordinaires, sçavoir par l'advis des cappitaines et lieutenans leur absence.

Ledit s'' de Montigny fera toutte diligence, et tous ceux d la flotte, pour sortir en mer dans le xv® d'avril, pour au pre — mier vent faire droitte routte en la Nouvelle France.

Et attendu que le vaisseau nommé /a Pucelle s'équippe en

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la rivière de Nantes, ledit s*" de Montigny donnera ordre au cappitaine Arnault, qui le commande, du lieu où il le puisse attendre, afi&n d^aller de flotte aux costes de ladite Nouvelle France.

S'estans joinctz, ledit s' de Montigny fera droitte routte avec les six vaisseaux audit pais, en s'informant de Pestât auquel seront les Anglois en ladite coste, quel nombre de vaisseaux et quelles forces ilz ont audit païs et habitations qu'ilz ont occupez sur les François depuis le traicté de la paix. Ledit s*" de Montigny faisant la routte , rencontrant pirattes et gens sans adveu, prendra son avantage pour les combattre et prendre, pourveu que le combat ne puisse retarder ou empescher son voyage.

Rencontrant vaisseaux du roy d'Angleterre aux costes dudit païs d'Angleterre, les saluera, et les trouvans en plaine mer se trouvant au vent d'eux, les saluera aussy .

Fera le semblable aux costes d'Espagne, rencontrant des navires du roy d'Espagne.

Obligera lesdits vaisseaux d'Angleterre et d'Espagne à luy rendre le semblable, lors qu'ilz seront à la veiie des terres de ï'rance, et en mer estant au vent de luy.

Detouttes les prises qui seront faictes, ledit s"" de Montigny ^t autres cappitaines qui les feront, feront dresser de bons et fidelz inventaires par l'escrivain du navire, sans que ledit ^'' de Montigny ny autres y puissent rien divertir, ains les feront conduire aux ports de France pour estre jugez, à peine crontre les contrevenans des peines portées par les ordonnances.

Ledit s"" de Montigny obligera les cappitaines de prendre l'ordre le soir et le mattin et de se tenir proche de luy, et pourvoyra, en cas qu'ilz soient séparez par tourmente ou brune, à leur donner lieu où ilz se puissent rencontrer, pour ensemble continuer leur routte.

Estant informé du nombre des vaisseaux que les Anglois

peuvent avoir audit pais de la Nouvelle France, en cas que ledit s' de Montigny juge qu'il ayt besoing de plus grandes forces pour obliger ces Anglois de se retirer des lieux qu'ilz ont occupez audit pais depuis la paix, il luy est enjoint de se faire assister des vaisseaux françois et des équipages qu'il trouvera ez ladite coste. Il fera en sorte qu'en cas de résistance de la part des Anglois, il se puisse rendre maistre dudit païs et que l'avantage soit de son costé à l'honneur du Roy et de la France.

Estant arrivé en la rivière Saint-Laurent et païs occupé par les Anglois, verra de traicter à l'amiable avec eux et de les obliger à la restitution tant du fort de Quebecq que des autres habitations, ensemble des marchandises, armes, vivres, munitions, et généralement de tout ce quUlz ont pris sur les François, et qui se trouvera sur les lieux.

En cas de refus, protestera ledit s' de Montigny de l'événement de la force dont il sera contrainct d'user, et les fera sommer de faire ladite restitution. Et après s'estre servy de tous moyens pour obliger lesdits Anglois à rendre aux François ce qu'ilz ont pris depuis la paix, ledit s' de Montigny mettra ses gens à terre, ou autrement se disposera à vive force de les combattre, vaincre et chasser dudit païs et fort de Quebecq, prenant ses advantages tant en mer qu'en terre, et généralement fera tous effortz pour se rendre maistre dudit païs, laissant audit s"" de Montigny de disposer le combat, tant sur mer que sur terre, et d'en user par l'advis des cappitaines, ainsy que le temps et les rencontres en fjeront naistre les occasions.

Ledit s'' de Montigny s'estant mis en possession dudit fort de Quebecq, et les Anglois s'en estans retirez ou en ayant esté chassez, y laissera le s^ Champlain pour y commander en l'absence de Monsieur le Cardinal de Richelieu, grand maistre, chef et surintendent général de la navigation et commerce de France, avec les hommes qui sont envoyez par la

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compagnie de la Nouvelle France, pour Testablissement de la colonie, ausquelz il enjoindra d'obeyr audit s*" Champlain. Ensemble laissera audit s' Champlain les armes, vivres et munitions qoi luy seront donnez par ladite compagnie pour cet effet.

Et avant <|ue de quicter ledit païs, mettra les associez de la compagnie de la Nouvelle France en possession desditz fort et païs, et leur rendra la traicte libre conformément aux congez qui leur en sont donnez par ledit s"* Grand Maistre.

Après les nvoir rendu paisibles possesseurs desditz païs et habitations, ledit s^ de Montigny avec la flotte ira sur le banc, assistera les François et leur servira d'escorte à leur retour, et reviendra en France de conserve avec eux, et prendront tous lesditz vaisseaux port au Havre-de-grâce.

Fait à Troyes le xini"' jour d'avril mil six cent trente.

Louis.

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