LE GÉNÉRAL JEAN-VICTOR MOREAU
Après le Coup d^État du i8 fructidor, le général Moreau fut appelé à Paris par le Directoire pour rendre compte de sa conduite. On le tenait pour suspect, à cause de la vieille amitié qui l'unissait à Pichegru, proscrit pour avoir entretenu de coupables intelligences avec l'ennemi. Ayant eu connaissance, en effet, de la trahison de son ami, il n'en avait que tardivement informé le gouvernement. Aussi resta-t-il en disgrâce pendant près d'un an. Dans sa retraite forcée, Moreau conçut le projet d'écrire la relation de ses campagnes. Il intéressa à cette œuvre ses collègues Kleber, Desaix et Reynier. Ce dernier avait été le chef d'étatmajor de Moreau dans la mémorable campagne de 1796. Aussi était«il désigné d'avance pour le collaborateur le plus actif de son ancien général. Kleber tenait particulièrement à publier avec ses trois amis l'histoire des campagnes de 1794 à 1797, où ils avaient, de concert, joué un rôle si important. Moreau était d'autant plus dévoué à cette idée qu'il avait en médiocre estime les historiographes. C'est ce qu'il écrivit, le 17 vendémiaire an VI, au général Reynier :
17 vendémiaire (i).
Au général Reynier.
Je n'ai reçu, mon cher ami, que depuis deux jours ta lettre du I*' vendémiaire ; elle a un peu couru les champs.
Il paraît que vous allez guerroyer. Tant pis, car la saison est bien avancée, et il faut des souillers et des capotes. J'espère que tu me donneras de tes nouvelles et des opérations.
Tu auras ma division, et par conséquent moins de peine.
(1) An VI (8 octobre 1797.)
l68 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
C'est un plaisir quand on a son instruction dans sa poche et qu'on n'a qu'à se battre.
Avant d'entrer en campagne fais-moi le plaisir de mettre de côté ce que tu as fait sur l'armée du Nord et la dernière campagne en cartes et notes. Si tu veux me les envoyer, je mettrai tout cela d'ordre et ferai intercaller les opérations de ma division avec celles de la tienne.
Kleber tient beaucoup à ce quor toi, Desaix, lui et moi, nous joignons tout ce que nous avons sur les campagnes de 94, g5, 96 et 97, du Nord au Rhin. Il est très bien monté et a de bons mémoires sur la Vendée. Il est important que nous fassions quelque chose de bien militaire et de bien vrai, car si on laisse tout cela entre les mains des historiographes, tu conçois que nous y serons fort mal traités et notre besogne très défigurée.
Nous sommes décidés à travailler à tout cela pendant l'hiver et je t'assure que nous avancerons. Desaix nous est indispensable pour le Rhin jusqu'en 96.
Adieu, mon ami. Je n'ai pas le temps de t'en dire davantage. Le départ^de la poste me presse.