TOME I. î
ig REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES
quitter tout à fait, si Ton ne mefaisoit pas un sort plus heureux.
Lorsqu'un suget important demande sa retraitte, il faut, pour l'obtenir, qu'il promette de ne jamais jouer ailleurs^ ou que Ton refuse de soulager sa misère.
Je n'ai rien voulu prometre.
Mes plaintes ont été seues du Roy qui, en m'acordant une somme d'argent, a daigné me faire dire par mes supérieurs, que mes talents lui étoient agréables, qu'il ne vouloît pas m'accorder mon congé, et qu'à la paix il s'ocuperoit lui-mênie démon sort;
Cet espoir et de nouvelles marques de bontés me forcent à prendre patience. Il n'est qu'un seul moyen de me servir. Depuis deux ans, par des raisons trop affligeantes à rapeller, le Roy n'est pas venu au spectacle, et celon toutes les aparences ni viendra de lontems ; on ne le prive donc d'aucun plaisir en me demendant ?
C'est à lui que j'apartiens inmédiattement, non au public. Il lui ait donc possible de me prêter ?
On a déjà fait des démarches infructueuses, me direz-vous ? Cela est tout simple : M' de Lhopital a écrit à M*" de Bernis que l'Impératrice aimoit le spectacle, et qu'il croyoit qu'on feroit bien de me donner la permission d'aller en Russie. Cela étoit beaucoup trop vague pour être accordé. Il faut, pour obtenir mon congé, faire écrire ou parler à M°^ de Pompadour, et dire positivement que l'Impératrice me désire.
Cette voie seuUe peut me faire avoir la liberté de m'absenter un an. Si je l'obtiens, j'ose vous demender. Monsieur, qu'il ne soit pas question de marché; je veux prouver que l'amour de la gloire peut baucoup plus sur moi que l'intérêt. Si j'ai le bonheur de réussir, il ceras bien plus flateur pour moi de tenir un bienfait des bontés de l'Impératrice, que de ne devoir mon bien être, quelqu'il soit, qu'à un engagement. Quand aux s" Lekain et Préville, il m'est impossible de me mêler d'eux, je me perdrois dans l'esprit de mes supérieurs.
MADEMOISELLE CLAIRON ig
D'aillieurs, je n'ai point ouï dire qu'ils voulussent quitter ; ils ne le pouroient pas plus que moi, et je suis sure que d'en demander plusieurs empêcheroit qu'on en acordat aucun.
Je réclame l'amitié que vous avës bien voulu me témoigner, Monsieur, pour obtenir la prefFerence sur tous mes camarades; vous la devez à l'attachement que je vous ay voué, et à la reconnoissance éternelle que je vous promets.
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Comme on le voit par le fac-similé ci-dessus et par celui d'une des lettres au baron de Besenval, l'écriture de mademoiselle Clairon se modifia sensiblement. Incorrecte et gauche d'abord, elle devint régulière. Depuis, elle ne varia plus, et celle de la lettre au comte de Schouvalof est la même que celle de la touchante supplique que Clairon, vieille, pauvre et malade, adressa sous la République au ministre Chaptal, pour obtenir un secours (i). La célèbre tragédienne, qui avait longtemps joui de dix-huit mille livres de rente, se trouva^ dans sa vieillesse^ presque réduite à la misère. Elle mourut à Paris le i8 janvier i8o3, à rage de quatre-vingts ans.
(i) Cf. V Amateur d'autographes, n° Sy, p. i38, n» 7 de l'article Clairon dans le Manuel.