‹ revve des docvments historiqvesChapitre 5 sur 70 · MARIAGE DE LOUIS XV · texte numérisé non relu

MARIAGE DE LOUIS XV

Le 5 avril lyiSle duc de Bourbon, alors premier ministre, renvoya en Espagne l'in&nte, âgée de sept ans, destinée pour épouse à Louis XV. Le dimanche 27 mai suivant le jeune roi déclara, après son dîner, son mariage avec la princesse royale de Pologne (i). Marie Leczinska, fille de Stanislas Leczinski, chassé de son royaume par Auguste II, malgré la protection de Charles XII, était née le 23 juin 1703. Elle avait vingtdeux ans quand, par la volonté du duc de Bourbon et surtout de la maîtresse de ce prince, madame de Prie, elle fîit appelée à devenir reine de France (2]. Si Stanislas, pauvre prince déchu, fut justement surpris de cette rare fortune, on n'en fut pas moins étonné à la cour de Louis XV. Cette alliance, disait-on, était peu convenable pour le Roi, d'autant plus que la maison Leczinski n'était pas une des quatre grandes noblesses de Pologne (3). Mais peu importait le sentiment public. Le 19 juillet les articles du mariage furent signés à Paris, par le garde des sceaux de France, le maréchal de Villars, les comtes de Maurepas et de Morville, secrétaires d'État, et le contrôleur général des finances Dodun, pour Louis XV, et par le comte de Tarlo^ pour le roi Stanislas. Le 22 du même mois le Roi envoya l'ordre du Saint-Esprit à son futur beau-père, et le 4 août le duc d'Antin et le marquis de Beauvau firent, à Strasbourg, la demande officielle. Le 9 Louis XV signa, dans son cabinet, le contrat

(i) Journal de Barbier, édition de la Société de l'Histoire de France, t I, p. 319.

(2) Mémoires secrets de Duclos, collection Michaudt t. XXXIV.

(3) Voici le passage du Journal de Barbier qui relate ce fait (t. ï, p. 219) :

• Dimanche, 37 (mai), après son dîner, le roi a déclaré son mariage avec la princesse royale de Pologne qui est la princesse Leczinska, fille du roi Stanislas. Ce mariage étonne tout le monde. Il ne convient, en effet, en aucune façon, au roi de France, d'autant que la maison Leczinski n'est pas une des quatre grandes noblesses de Pologne. Cela fiiit de simples gentilshommes, et c'est une ortune étonnante pour cette princesse. •

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de mariage et créa le comte de Tarlo chevalier-commandeur de Tordre du Saint-Esprit (i). Le 1 5 le duc d'Orléans épousa, au nom du Roi, Marie Leczinska dans la cathédrale de Strasbourg : la cérémonie nuptiale fut célébrée par Tarchevéque-duc de cette ville, le cardinal de Rohan, qui harangua, selon Tusage, la nouvelle reine (2). Le 17 celleci sortit de Strasbourg au bruit du canon et devant toute la garnison rangée sous les armes. Elle coucha à Saverne dans le palais du cardinal de Rohan qui la reçut avec la magnificence coutumière à cette illustre famille. Le lendemain elle quitta Saverne, arriva le 21 à Metz, où elle séjourna jusqu'au 24 au milieu des réjouissances publiques, passa à Châlons le 28, coucha le 3o à Vertus et le 3 1 à Sézanne, et arriva le

4 à Montereau, après avoir traversé Villenoce et Provins (3). De là elle se rendit à Moret : Louis XV avait le 4 au matin quitté Fontainebleau avec les princesses de la Cour pour aller au-dessus de Moret dans la plaine de Montarlau, et il attendait son épouse sur la petite montagne de Trépanton (4). Les chemins étaient épouvantables. A la rencontre des deux carrosses on jeta par terre un tapis et un carreau. La reine descendit et voulut se mettre à genoux, mais le Roi, qui s'était avancé au-devant d'elle, la releva et l'embrassa sur les deux joues avec une vivacité qu'on ne lui connaissait pas. La reine remonta alors dans son carrosse où la suivirent le Roi et la duchesse d'Orléans, et ils cheminèrent ensemble jusqu'à Moret. Là le Roi causa avec sa femme pendant une demi-heure, et montra une exquise politesse. Puis il rentra à Fontainebleau, tandis que la Reine restait à Moret, qu'elle ne quitta que le

5 septembre au matin. Elle arriva à Fontainebleau sur les dix heures et monta droit à son cabinet où durant trois heures on lui fit sa toilette. Toute la cour y vint lui rendre visite et fut reçue avec beaucoup de grâce. Pendant ce temps Louis XV envoya plusieurs fois savoir quand la toilette serait terminée (5). Enfin les deux époux furent conduits dans la chapelle du château où le cardinal de Rohan leur donna la bénédiction nuptiale (6). Après le dîner ils aUèrent dans la salle de la

(i) Journal historique ou Fastes du règne de Louis XV, surnommé le Bien- Aimé (par le président de Lévy), 1757, in-8.

(3) Cf. Harangue deS,A.E. Monseigneur le cardinal de Rohan à la Reine deFrance^ avant la cérémonie du mariage célébré en ^église cathédrale de Strasbourg^ le tS août i725j iii-4. (Blbl. nat, Lb" 261).

(3) Relation des cérémonies observées à t occasion du mariage du Roy; Paris, au bnreaa d'adresse, M.DCCXXV, in-4 de 36 pages. (Bibl nat., Lb>« 367).

(4} Idem.

(5) Journal de Barbier^ 1. 1, p. 337.

(6) Journal historique dn président de Lévy.

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comédie et virent Amphytrion et le Médecin malgré lui (i). Ce même jour le Roi avait écrit au cardmal de NoaiUes, archevêque de Paris, de faire chanter le. Te Deum dans l'église Notre-Dame pour célébrer son mariage (a). . ; ' :

Le 8 septembre le même cardinal vint chanter le Te Deum dans l'église métropolitaine de Versailles : il y eut un feu d'artifice devant THôtel de ville et des réjouissances publiques (3). Le lo Michel-Çelse- Roger de Bussy-Rabutin, évéque de Luçon, fils de l'auteur de VHistoire amoureuse des Gaules, harangua le Roi, et Michel Poncet de La Rivière, évéque d'Angers, remplit le même office auprès de la Reine (4]. . On reproduisit, à l'occasion de ce grand événement, Teffigie de la nouvelle reine, et on distribua au peuple une image grossière représentant une femme magnifiquement vêtue et ornée du manteau royal, la main droite appuyée sur un coussin portant la couronne et placé sur une table couverte d'un tapis fleurdelisé où les armes de France et de Pologne étaient, brodées. On lisait au-dessous cette inscription :

c Marie Leszinsky, reine de France, fille unique de Stanislas I, roi de Pologne et de Catherine. Opalinsky, née le 23 juin 1703. Fut épousée pour le Roy Louis XV, à Strasbourg, le i5 aoûst 172 5, par S. A. R. Mgr le Duc d'Orléans I Pr. du sang. »

Plus bas ce quatrain :

LES PSUPUSS'AU BOT BT A La'mDIB * . i - "

Régnés, heureux Epoox, et que les plus beaux jours

De votre commua* Régne tccompagne le cours. • .^ • ,.. Régnés et. pour remplir tons nos désirs ensemble .

• Qne votre amour nous donne un fils qui vous resemble.

' Un exemplaire de ce curieux spécimen de Fimàgerie populaire du xviii* siècle est venu en mes mains et j'ai cru devoir 'le ^re reproduire (5). • ' ' . ' • '!-:..

: (i)' Relation des cérémonies observées à Voecàswndu mariage du Roy^p, an.

(2) Lettre du Roi écrite à son Éminence monseigneur le cardinal de NoaiUes, archevêque de Paris, pour faire chanter le Te Deum dans,l^église Notre-Dame pour le mariage de Sa Majesté (5 septembre); Paris, J.-B. Delespine, 1735, in-4. (BibU-nat., Lb" 268). -•....

(3) Relation des cérémonies observées à l'occasion du mariage du Roy. . *

(4) Harangue faite au roi» à Fontainebleau, le 10 septembre 1725, p^ar monseigneur V évéque de Luçon ; Paris, P. Simon, iy25^ïn'4, -- Harangue faite à la reine, à Fontainebleau, le 10 septembre 1725, par monseigneur Vévéque d'Angers; Paris, P/ Simon, 1725, in-4. (Bibl.nat., Lb^» 270 et 271.

(5) Cettei mage avait été recueillie par M. Rathery et jointe par lui à une lettre de Louis 3L V.

-, JUE LeszinsKv Hune de Fraiïce

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