JULIETTE RÉCAMIER
Lettre de Madame Récamier adressée le 8 juillet 1817 à Madame Darleus, à Plombières. Elle est relative à la maladie de Madame de Staël. Cette dernière, partie pour Pltalie à la fin de 181 5, avait, au mois de février suivant, nuirié, à Pise, sa fille Albertine de Staël avec le duc de Broglie. Revenue à Paris dans les derniers jours de 18 16, sa santé ne fit dès lors que décliner. Madame Récamier, à l'époque où elle écrivit la lettre que je vais publier, habitait, à Montrouge, le pavillon de La Vallière, qui appartenait à Amaury-Duval, membre de l'Académie des Inscriptions.. Elle avait auprès d'elle sa cousine Madame de Dalmassy, alors fort malade (i).
8 juillet 18 17.
Mon silence n'auroît pas besoin d'excuse auprès de vous, Madame, si vous saviés combien je suis tristement occupée de la double inquiétude que me donne la santé de Mad. de Staël et celle de ma cousine Mad. Dalmassy, qui souffre d'une maladie aussi douloureuse qu'inquiétante. Vous comprendrés mieux que personne le chagrin que j'en dois éprouver. Sans ces tristes circonstances j'aurois eu probablement* le bonheur de vous voir cette année, mais j'ai voulu au moins me rappçl- 1er à votre souvenir et vous écrire à Plombière où j'ai trouvé tant de plaisir à vous voir.
(i) Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Madame Récamier (par Madame Lenormant^ sa nièce); Paris, Michel Lévy, 1866, 2 vol. in-8, t. I, p. 298 à 3oo,
La situation de Mad. de Staël est toujours la même, sans dangers imédiats mais sans espérance de guérison. Son imaginatK)n est aussi bien malade. II est impossible de la voir sans être navré de son état. Elle ne voit plus que ses amis intimes et ne peut même pas les voir long tems de suite. Mais, au milieu de toutes ses douleurs, elle conserve toujours la grâce de son esprit. Ce soin de plaire, dans une situation où il seroit si naturel de n^être occupé que de soi, a quelque chose de si attendrissant quMl est impossible de ne pas en être ému. Elle est soignée de la manière la plus touchante par tout ce qui l'entoure, et particulièrement par M"® Rindall et Mad. de Broglie. Je vous donne tous ces détails^ sachant combien votre amitié s'y intéresse.
M' Ballanche, que j'attends depuis long tems, n'est point encore arivé ( i ) .
Le duc de Layal (2) m'a bien recommandé de vous parler de lui. Soyez bien persuadée que tout ce qui a eu le bonheur de vousconnoître ne vous oublîra jamais, et recevez, my dear Madame, l'assurance de l'attachement le plus vrai.
J'attends M** Balanche pour le manuscrit.
A Madame, Madame t>arleus, à Plombières.
Madame de Staél ne survécut que six jours à cette lettre. Le 14 juillet 18 17, vers midi, Adrien de Montmorency et la duchesse de Luynes vinrent à Montrouge annoncer à Madame Récamier la mort de son illustre amie (3).
Je dois la communication de cette intéressante lettre à Tobligeance de mon ami M. Alfred Bovet.
(1) Ballanche, ayant perdu son père le ao octobre 1816, était parti pour Lyon. Il en revint à Paris que dans le courant de Tété de 1817. {Souvenirs^ 1. 1, p. 296-7.)
(2) Adrien de Montmorency.
(3) Souvenirs, t. I, p. 3oo.