‹ Reynolds, discours sur la PeintureChapitre 129 sur 302 · PALAIS COLONNA · texte numérisé non relu

PALAIS COLONNA

CoRRÈGE. — La Léda du Corrège. Le dessous de ce tableau, camaïeu blanc, noir ou outremer dans les ombres; glacé par dessus, mince et fondu, d’une teinte plus chaude, caput mortuum, je pense. Les lumières chaudes, les ombres bleuâtres mais chaudes. Le tableau est peint sur panneau dans une manière large, fini cependant comme un émail; les ombres harmonisées et perdues dans le fond.

Ecce Homo du même. Les ombres sont entièrement perdues dans le fond : peut-être, par l'effet du temps, plus qu'elles ne l’ont été d’abord,

Tiriex. — Adonis. Le dessous camaïeu blanc, les muscles fortement marqués. À la seconde reprise il a glacé une couleur claire par dessus ; les lumières d’une chaude couleur de chair; les ombres dans les parties claires, d’une teinte pourpre mourante : au moins elles étaient ainsi d’abord. La teinte pourpre semble faite des ombres noirâtres de dessous, et de la couleur glacée par dessus.

J'ai copié ce tableau avec du blanc, de la terre d'ombre, du minium, du cinnabre, du noir. Les ombres de peu d’épaisseur, peut-être guère plus que le fond réservé.

Règle. — Pour peindre la chair, après qu’on l’a finie avec des couleurs très fortes, comme outremer et carmin, passer du blanc par-dessus, très mince avec de l'huile. Cela fera je crois un merveilleux effet. Ou bien peindre les chairs trop rouges et glacer ensuite de blanc et de noir. Ou bien en camaïeu, blanc et noir seulement, et la couleur de chair en seconde couche. Exemple le Baroche du palais Albani, et le Corrège du palais Pamphili.

1. En partie dépouillé de ses anciennes collections. Les tableaux ci-dessous n’y sont plus.

Les paysages de Poussin au palais Vérospi sont peints sur un fond sombre fait de rouge indien et de noir. Le même fond pourrait servir pour tout autre sujet aussi bien que pour des paysages.

Les animaux dans le tableau de Vénus et Adonis du Titien au palais Barberini, sont noir et blanc sur un fond clair.

Noir en glacis sur un fond blanc. Le Saint Jérôme d’'Augustin Carrache. La tête de Saint Jean du Bassan.

Une Sainte Famille du Titien, couleurs rompues. Les André Sacchi sont en général de cette sorte.

Règle. — Premier travail; le fond bleu, noir et blanc, les traits marqués en rouge ferme. Deuxième reprise ; les couleurs rouge, bleu, vermillon, laque, carmin, blanc, huile siccative.

Réflexions. — Il faut arriver à l'inconnu par le connu. En cherchant un plus court chemin on se trompe, et pendant qu'on se flatte de posséder l’art, on embrasse un nuage, on enfante des monstres ou des chimères.

Dans Raphaël nulle affectation : ni trop de lumière ni trop d'ombre, ni contrastes affectés, ni recherches dans le clairobscur. Il tient le milieu. Annibal trop hardi, comme Michel- Ange, Dominiquin trop timide, le Guide trop efféminé.

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