‹ Reynolds, discours sur la PeintureChapitre 185 sur 302 · Dans les chapelles · texte numérisé non relu

Dans les chapelles

TinTorerT. — Dans la sacristie les Noces de Cana du Tintoret. Une gravure par Odoard Fialetti, peintre et disciple du Tintoret.

On voit par ce tableau le grand usage que Tintoret fit de ses maisons de carton et de ses figures de cire ‘, pour la distribution de ses masses. On y trouve le clair-obscur le plus naturellement représenté qui se puisse imaginer. Toute la lumière vient de plusieurs fenêtres au-dessus de la table. La femme debout qui se penche en avant, tendant son verre, est de grand service : en couvrant une partie de la nappe, elle empèche qu'il n y ait trop de blanc dans le tableau, et par le moyen de ses ombres fortes elle rejette la table en arrière et rend la perspective plus agréable. Mais pour empècher cette figure de faire l’effet d’une pièce de rapport noir sur clair, son visage est clair, ses cheveux font masse avec le fond, et la lumière de son fichu est plus blanche que la nappe. Les ombres bleu d’outremer ; les ombres fortes de la masse bleuâtres ; toutes les autres couleurs des draperies pareilles à celle du linge lavé. Çà et là \ cependant une petite draperie de laque, avec un jaune vif :

/ l’homme qui recoit le vin. Point d’obscurité dans cette pein-

ture : le sol est lumineux, d’un gris huileux (la nappe est bleue en comparaison), et les figures s’en détachent fortement par leur ton sombre, mais sans couleur presque. Dans la figure de femme qui verse, quoique ses ombres soient fort obscures, les lumières, en particulier sur le genou, sont plus claires que le fond. Toutes les femmes à table ne font qu’une masse de lumière. La Cène du même peintre, à Saint-Georges, a recu la même disposition, sauf que tous les apôtres sont d’un même côté. La lumière est derrière et projette leurs ombres sur la table.

La Cène*.

Samson et Jonas *, par Palme.

1. Ridolfi (Vie des illustres Peintres Vénitiens, éd. de 1648, t. II, p. 6) dit que le Tintoret s’exerçait au moyen de petites figures de cire et d'argile, qu’il habillait, et qu'il disposait dans de petites maisons ou perspectives de bois ou de carton, placant aux fenêtres de petites lumières pour en régler les ombres.

Page 1