CABINET DÉ M. LE CHANOINE VAN PARIS
RuBENs. — Un Portrait d'Hélène Fourment, un këtkat?, par Rubens. Il est d’une belle couleur, mais un peintre dirait que l'exécution en est timide, à cause des longues lignes prolongées des yeux et de la bouche. Cela ne s’apercoit cependant que quand on l’examine de fort près; à distance il semble parfaitement bien dessiné, et dans une expression animée. Les mains
1. Passé depuis dans la collection Peel-et entrée avec celle-ci à la Galerie Nationale de Londres, n° 852. Le chapeau n’est pas de paille, mais de feûtre. 2. VD: 304, D: 4,
ANVERS {or
sont croisées ou plutôt posées l’une sur l’autre, bien dessinées et bien coloriées; Les extrémités des doigts un peu trop grosses pour une belle main. Elle est vêtue de noir avec des crevés aux manches.
CABINET DE M. DIRXENS
Vanpyck. — Le Baiser de Judas par Vandyck, dans sa première manière, mais inférieur aux autres que j ai vus de cette même période du peintre; le coloris est désagréable à force d’être trop rouge.
CHEZ MADAME BOSCHAERTS
RuBens. — L’Enlèvement des Sabines de Rubens‘, d’un beau coloris et bien composé. Ce tableau est à vendre, si quelqu'un veut le payer 22 000 florins de Brabant, environ 2 200 livres sterling.
En quittant les Flandres, il nous faut dire adieu aux tableaux d'histoire. La peinture ne fait plus l’ornement des églises, et c’est peut-être à cause de cela qu’on n’en trouve plus chez les particuliers. On prend naturellement du goût pour ce qu'on a souvent sous les yeux. Plus de grands tableaux exposés qui excitent la curiosité de la ville, et que les personnes riches soient tentées d’imiter dans la décoration de leurs habitations. Rien de tel ne s’offrant plus aux regards, on cesse de penser à la peinture d'histoire ; elle passe de mode, et le génie de la nation qui, si on lui donnait de l’espace, s’y répandrait, se ramasse dans de petits ouvrages de cabinet, curieusement travaillés et d’un fini précieux. |
On doit regretter, les peintres du moins, que les États protestants aient cru nécessaire d’exclure les tableaux de leurs églises ; l'effet qui s’en est ensuivi, est que chez aucune nation protestante on n’a vu fleurir de peintres d’histoire dignes de considération.
1. Maintenant à la Galerie Nationale de Londres, n° 38 du catalogue.
Lorsque nous nous séparâmes de l'Église de Rome, plusieurs usages indifférents en eux-mêmes furent regardés comme mauvais, pour cette seule raison peut-être qu ils étaient adoptés par la communion dont nous venions de nous séparer. Parmi les excès que ce sentiment produisit, il faut compter l’exclusion imprudente de tout ornement pour les églises. L’aigreur et la violence avec laquelle se fit cette séparation étant maintenant passées, il est grand temps de revenir à cette raison dont il semble que notre zèle nous avait privés. Pourquoi ne voudrait-on pas que la religion füt agréable dans ses accessoires? Pourquoi refuserait-on à la maison de Dieu l’ornement qu’on recherche pour celles des hommes ? Je n'en vois pas de raisons véritables. Cela est accordé quant aux dehors des églises ; les protestants ne repoussent pas plus que les catholiques les magnificences de l’architecture. Chez les uns comme chez les autres, les églises sont toujours les plus beaux édifices : il serait difficile de dire pourquoi l’intérieur ne doit pas correspondre à l'extérieur en Angleterre et dans les autres pays protestants *. tF
On a allégué plusieurs autres causes du peu de succès que la peinture d'histoire a eu en Angleterre ; mais avec une raison comme celle que je viens de dire, il n’y a pas besoin d’en chercher d’autre. Qu'il se présente des Mécènes qui encouragent cette branche, qu’elle trouve des acheteurs, qui sont les vrais patrons de l’art, et vous verrez bientôt des artistes prêts à vendre les produits de leur pinceau en ce genre, qui rivaliseront entre eux de mérite et d'invention. Je n’adresse pas ces réflexions à ceux qui s’imaginent que, quand le génie est là, pareil au feu, il faut qu'il sorte ; je m'adresse à ceux qui le regardent, non comme un don, mais comme une faculté acquise par de longs travaux. Ceux-là n'auront pas de peine à comprendre que personne ne se donnera beaucoup de soins pour
1. L'auteur avait donné en 1773 ses soins au projet d’une décoration de Saint- Paul de Londres à laquelle devaient prendre part Cipriani, West, Barry, Dance et Angélique Kauffmann. Le doyen de la cathédrale s’entremit pour le faire accepter de l’évêque, qui refusa cette introduction des pratiques de l'Église romaine. On voit par ce passage que Reynolds n’avait pas entièrement renoncé à l'espoir de les faire agréer.
ANVERS 403 porter à la perfection un art auquel on ne fera pas attention.
C’est pour la même raisor que la sculpture languit parmi nous, où on ne la fait pas servir à la religion comme chez les catholiques. Les seuls objets considérables auxquels nous l’employions presque, sont les monuments qu’on élève à la mémoire des grands hommes. IL faut regretter seulement que cette circonstance n'ait pas pour l’art tout l'avantage qu’on en pourrait attendre, si au lieu de continuer à placer ces monuments dans l’abbaye de Westminster, on avait commencé à les ériger dans Saint-Paul. L'abbaye de Westminster est déjà remplie, et, si la Chambre des Communes vient à voter quelque nouveau monument à ériger aux frais du public, il n’y a plus de place, je dis de place convenable dans l’abbaye, pour les recevoir. Ceux qu’on y a élevés en dernier lieu sont tellement renfoncés dans des coins, que cet entassement commence à paraître ridicule. Il y a longtemps que les principales places sont occupées, et la difficulté d’en trouver de nouvelles augmente chaque année. Tandis que ce bâtiment gothique est encombré et surchargé d’ornements qui ne s'accordent point avec le style de l'édifice, Saint-Paul n’étale que la désolation et demeure privé des ornements qui cenviendraient à la magnificence de son architecture. Cependant elle a des emplacements désignés par Wren‘' pour recevoir des monuments, qui feraient une noble parure à l'édifice, si on les adaptait à ces emplacements.
Quelques-uns pourraient servir à des bustes, d’autres à des figures seules, d’autres à des groupes, à des bas-reliefs, d’autres à de simples inscriptions, suivant la dépense qu’on voudrait faire. Tout cela pourrait s’exécuter sous la direction de l’Académie, qui déterminerait la grandeur des figures, et l'endroit où on devrait les placer pour qu’ils contribuassent à la beauté de l’église *.