QUATRIÈME SALLE
Vanper WErr. — Les tableauxles plus remarquables de cette salle sont les Vander Werf, au nombre de vingt-quatre. Trois sont grands comme nature : une Madeleine en pied et deux portraits. La Madeleine était destinée à servir de pendant au Saint Jean de Raphaël ; mais les amis de Vander Werf euxmêmes n’ont pas trouvé qu'il ait réussi. Cependant il n’y a pas épargné sa peine : ce grand tableau est aussi fondu, aussi précieusement fini que ses petites peintures ; mais ses défauts sont ici grandis, par conséquent plus visibles. Les tableaux de ce maître, petits ou grands, donnent certainement peu de plaisir. [l est digne de l’attention d’un peintre de rechercher la cause de ce manque d'effet. Il me semble qu’une des principales est l’idée qu'il avait que la lumière d’un tableau ne devait tomber que sur les figures, et qu’il faut n’en donner que peu ou point du tout au fond et aux ciels. Ce système rend l'effet très froid, et est si contraire à la nature, autant qu’à la pratique des peintres dont il avait les ouvrages sous les yeux, qu'on ne peut assez s'étonner qu'il soit tombé dans cette erreur.
Ses figures nues semblent être d’une substance beaucoup plus dure que la chair, quoique son contour soit loin d’être sec et que ses chairs soient loin de ne pas s’unir aux ombres, qui sont les causes les plus communes d’un effet dur; mais je crois que chez Vander Werf la dureté de style vient de ce que le moelleux et l’union sont trop universels : la lumière se perdant également partout, soit dans le fond, soit dans l’ombre, ce qui n’est pas le vrai effet de la chair; au contraire, quelquefois elle se perd dans le fond, et quelquefois elle s’en détache, suivant que les muscles sont ou gonflés ou contractés. Le soin d’observer ces variations, est ce qui produit la souplesse dont un bon coloris ne saurait se passer.
Il y a dans la nature une certaine proportion de rondeur et de tranchant; c’est à mi-chemin de ces deux extrêmes que
1. Vingt-trois seulement sont à Munich, n° 439 à 465. La Madeleine porte le n° 451.
réside le parfait et véritable art d'imitation. Là où le tranchant prédomine, il en résulte une manière sèche; si c’est la rondeur, on tombe dans ce que les peintres appellent cotonneux et pesant, ou dans cette espèce de dureté qu’ont les ouvrages de Vander Werf.
Si je disais que dans la manière de Vander Werf toutes les parties se fondent les unes dans les autres, on pourrait supposer que l'effet en est excessivement moelleux; or point du tout, et le contraire est palpable, pour la raison je crois que j'en ai donnée. Sa chair a l'apparence de l'ivoire ou du plâtre, ou de quelque autre substance dure. Ce qui contribue également à donner cette ‘dureté, est un défaut de transparence dans le coloris, où le peintre n’a employé que peu ou point de reflets, Il a aussi le défaut qu’on trouve chez Rembrandt : celui de ne faire de sa lumière quelquefois une simple petite tache. Aussi bien rendons-lui justice : ses figures et ses têtes sont en général bien dessinées, et sa draperie est excellente ; peut-être y a-t-il dans ses tableaux d'aussi parfaits exemples de draperies qu’on en pourra trouver chez n'importe quel peintre. |
REMBRANDT. — I[l y a encore dans cette salle huit Rembrandts'. Leur principal mérite consiste dans la singularité de la manière, qui est de n’admettre que peu de lumière, et de donner à ce peu un brillant merveilleux. Le coloris du Christ dans l’Élévation de la croix ne saurait être surpassé : c’est exactement le ton de la Suzanne de Vandyck dans l’autre salle ; mais, soit que le fond de ce tableau ait été repeint, soit que le cheval blanc qu'il a certainement mis là pour rendre la masse de lumière plus large, ait perdu de son éclat, le Christ fait maintenant un boyau de lumière désagréable.
En réalité il y a ici trop de Rembrandts mis ensemble. Sa singularité ne déplaît pas, quand elle se mêle aux ouvrages d’autres maîtres dont le style est plus régulier; la variété qu’elle apporte sert alors à soulager l'esprit fatigué de trop de régularité.
1, Nos 326 à 331, 333, 334. L'Élévation de la Croix porte le n° 327.
On peut dire la même chose des Vander Werf, qui sont aussi en trop grand nombre. Mais l’un et l’autre fatiguent le spectateur par des raisons contraires. Ceux de Rembrandt ont trop de sel ; et ceux de Vander Werf ont trop d’eau; on ne se nourrit ni de l’un ni de l’autre. Ces Rembrandts sont en train d’être gravés par Hess’. La Tempête, que possède M. Hope, semble appartenir à cette suite.
TiTieN. — Portrait d’un gentilhomme, par le Titien*?, kitkat”, la main sur la hanche, et dont on ne voit qu’un bout de la manchette, l’autre main, la gauche, repose sur ce qu’on suppose être son épée. Il regarde au loin. La physionomie est très agréable, mais il n’y a pas beaucoup de facilité dans le faire ; aussi n'est-il pas maniéré du tout. Les ombres n’ont pas de couleur; la draperie étant noire et le fond presque aussi noir qu’elle, empêche que le bras sur la hanche ne fasse mauvais effet. Ce n’est pas une petite partie de notre art que de savoir ce qu’il faut mettre en avant dans la lumière, et ce qu'il faut rejeter dans l'ombre.
Frinck‘. — Les portraits de Flinck et de sa femme, attribués à Rembrandt; mais le mauvais ton jaune du coloris me porte à croire qu'ils sont plutôt de Flinck.
JORDAENS. — Les autres tableaux de cette salle sont ordinaires, à l’exception d’un Jordaens représentant le Satyre et le Paysan”; lequel est aussi bien peint que le Festin de tout à l'heure. Il n’aurait jamais dû prendre de sujets plus relevés que des satyres, des animaux ou des hommes peu au-dessus de la condition des bêtes; car il n’avait aucune idée de la grâce et de la majesté du caractère; aussi fait-il une misérable figuré dans les grands sujets. Il a certainement entendu la mécanique de l’art en perfection, et ses ouvrages sont en général bien coloriés et exécutés avec une grande liberté de main.
Le PRèTRE DE GËNES.— Au-dessus de la porte est Le Denier de
L'auteur a laissé ce mot en blanc.
Lan .
N° xx.
MEVD 004 0: 2.
On a découvert la signature de Bol sur ces tableaux. N°° 338 et 339. . N°8713.
Ut = © pb
César, par le Prêtre de Gênes. Les caractères mauvais comme d'habitude, surtout saint Pierre. On se demande par quelle fatalité ce peintre a trouvé une place dans les grandes collections ; il n’a ni mérite de dessin, ni mérite de coloris, c’est-àdire aucune compensation pour la médiocrité de ses concepuons.
Vanpyck. — Une Suzanne et les deux Vieillards : la même que celle du duc de Devonshire. Tous deux, je crois, sont originaux.
PiÈTRE DE CORTONE. — Une Vierge avec l'Enfant et Saint Joseph, par Piètre de Cortone, peinte à la gouache. L’enfant est d’un rouge de brique et le tout manque d’harmonie.
Guipe. — L'Assomption de la Vierge, attribuée au Guide, mais c’est certainement une copie. Elle a cette régularité de composition fréquente chez le Guide; deux grands anges et deux petits de chaque côté, et deux chérubins placés exactement au milieu, sous les pieds de la Vierge. Cette symétrie est certainement un défaut chez le Guide, quoiqu’elle pût convenir à d’autres peintres qui auraient adopté plus de majesté de style.
Porypore. — Dans les frises est un long tableau qui fait le tour de la chambre, en camaïeu et de grandeur naturelle, qu'on dit de Polydore de Caravage; mais il est dans le mauvais goût de Goltzius.