‹ RhapsodiesChapitre 3 sur 45 · LARME A MON FRERE BÉNONI · texte numérisé non relu

LARME A MON FRERE BÉNONI

Sa jeunesse, qui ne fut pas toujours à l'abri du besoin, .. lui fit contracter cette âpreté et cette inquiète et soupçonneuse irritabilité, suite infaillible, pour lésâmes fortes, de l'opposition entre la dépendance à laquelle la nécessité les soumet, et de la liberté que demandent les grandes pensées qui les occupent.

Condorcet.

C'est ce qui m'a tué !

Bénoni Borel.

Il dort, mon Bénoni, bien moins souffrant sans doute, C'est le premier sommeil qu'aussi long-temps il goûte; Il dort depuis hier que, le regard terni, Dans sa débile main il a serré la mienne, Disant : Vous m'aimez tous ! maintenant qu'elle vienne !... Il dort, mon Bénoni !

Il dort, mon Bénoni ! Viens le voir, il repose; Marche bien doucement, car le bruit l'indispose.

Viens le voir au salon d'où chacun s'est banni; Parlons bas, parlons bas, s'il allait nous entendre, S'éveiller pour souffrir, son sommeil est si tendre ! Il dort, mon Bénoni !

Il dort, mon Bénoni ! de ta main inquiète Relève ces rideaux; oh ! regarde sa tête, Vois ses grands yeux fermés, son front moins rembruni: Le calme de ses traits... tiens, le vois-tu sourire? Un doux rêve l'occupe, écoutons..., il soupire... Il dort, mon Bénoni !

Il dort, mon Bénoni ! Quoi ! méchant, tu l'appelles? Laisse-le dans sa paix; tu trembles, tu chancelles, Tu l'embrasses, tu prends son bras qui m'a béni ! Ne le réveille pas... D'où naissent tes alarmes? Je vais pleurer aussi, si tu verses des larmes ! Il dort, mon Bénoni !

— Il dort, ton Bénoni !... Douce erreur que j'envie ! Pauvre enfant!... ignorant le secret de la vie, Son jour mélancolique avant l'heure a fini; Son âme avait brisé son corps par la pensée, Et sans être comprise aux cieux elle est passée ! Il dort, ton Bénoni !

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