PILGRIMS REST
Range. Lesalluvions furent trouvées en cours de route par des Ecossais. Le premier champ découvert fut celui de Mac Mac, et il le fut par l'Ecossais Mac Lachlan. Tous les autres en sout voisins, sur les pentes qui séparent le grand plateau central du bas pays, à une altitude variant de treize cents à quinze cents mètres, dans un pays montagneux arrosé par des rivières et des cascades.
Plusieurs de ces cascades sortent de cavernes creusées dans les rochers; l'une de ces cavernes, à Mac Mac, est longue de plusieurs kilomètres. C'étaient là les caves où les noirs cherchaient un refuge dans les guerres entre tribus, ou avec les blancs. Il y en a de pareilles dans leSiMatoppo Hills, près de Buluwayo, et elles ont reuduaux noirs les mêmes services tout récemment. Ce sont les lits abaiidonués d'anciennes rivières.
Ce nom bizarre de Alac Mac mérite d'être expliqué. La première cantine établie sur les champs d'alluvions était habitée par sept Ecossais, tous des Mac quelque chose. Réunis un soir sous leur tente et discutant le nom à donner aux nouveaux champs d'or, l'un d'eux, Mac Lachlan, 6t adopter celui de Mac Mac, pour bien en marquer l'origine écossaise et de façon à satisfaire tous les Mac présents. Les premiers nuggets qu'ils découvrirent restèrent longtemps les plus beaux du district de Lydenburg, et ne furent éclipsés que par ceux de Pilgrim's Rest.
1S4 RHODKSIE ET TUAASVAAL.
En avril 1873, on avait trouvé une série tic pé[ ou nuggcls valant ensemble environ 800 francs, et découvertes étaient faites avec les moyens les j: barbares, par des gens sans expérience et sans r^ source pour vivre, dans un pays d'un abord alors tn difficile, car il n'y avait pas de l'outes, ni d'habitanls blancs; mais ce pays élait tiès sain, à cause de son altitude élevée. On trouvait l'or à soixante ou quatre-vingts centimètrcj au-dessous du sol, sous une terre rouge argileuse, dans un gravier formé de quartz, de calcaire siliceux, de débris schisteux, etc. Après les succès venaient les revers, et il se passait de longues semaines sans qu'on fit aucune trouvaille.
La découverte de Mac Mac fut suivie de celle de IMlgrim's Ilest, puis de celle de Spitzkop. Bientôt Pilgrim's Restell'aça tous les autres champs d'alluvions. Dans cette crique, longue de plus de six kilomètres, on trouva d'abord des pépites de J() et de 22 onces, valant près de 100 francs l'once, car l'or était très pur. Les plus belles pépilrs furent ensuite de 30, de GO et de 120 onces, et enfin une de 24 livres, qui demeura la plus considérable. On trouvait aussi de l'or en poudre (|u'on apporta peu à peu par kilogrammes à Prétoi'ia. Certains mineurs en recueillirent plus d'un kilo dans une seule journée. La principale difficulté consistait à remuer les gros blocs ou boulders situés dans les alluvions ; il y en avait de gros comme des maisons, on les
PILGRIMS KEST.
{ sur lo, cùté et par-dessous pour pouvoir les ter ensuite. C'est là-dessous que l'on faisait les belles trouvailles; l'or s'accumulait sans doute, ••ïé par ces blocs qui faisaient un sluice naturel.
ijn prospecteur nommé Barringîou trouva dans une rêvasse de ce genre sept kilogrammes et demi d'or. Dans une roche dioritiquc traversant la cricjue, Hostcn rt Uay trouvèrent en J875, en moins d'un an, de l'or pour 12,000 livres sterling. On avait divise la crique eu claimsdeciuquantepieds sur cinquante. iVotre Savoyard, en reprenant en troisième main les daims de Barringlon avec de meilleurs outils et à plusieurs mètres plus profondément trouva moyen de laver plus de 100 onces par jour pondant quelque temps; il ne trouvait (|ue des nuggets depuis 7 ou 8 grammes jusqu'à 13 et 14 onces. Souvent, l'or était noir, recouvert d'oxyde de fer.
En IST^, et surtout en 1875, il y eut jusqu'à deux mille mineurs à Pilgiim's Ilest et à Mac Mac. On se rend compte actuellement du grand travail qui a été fait, en parcourant les criques de Pilgrim's Rcst et des rivières environnantes sur des kilomètres de longueur. On voit encore les coupures nettes marquant les dimensions des anciens claims. A mesure que l'on s'éloignait du centre de la crique, la couche de terre à transverser était beaucoup plus considérable et l'alluvion plus pauvre, de sorte que petit à petit on renonça à trop
186 RHODESIE ET TllAIVSVAAL.
s'éloigner de la ligne centrale. En outre, la richesse en or était loin d'être uniformément répartie dans la crique; même dans la zone centrale, il y avait seulement des poches riches.
En 1874 on chercha au nord de Pilgrim's Rest, en aval sur la lîlyde Hiver et ses affluents, et Ton découvrit les champs d'or et les alluvions de Waterval et de Rotonda, actuellement Lisbon-Berliu et Fraukfort. On y trouva quelques nuggets, mais ils ne valurent jamais ceux de Pilgrim's Rest. Ce furent notre Savoyard avec un Français, Frcnch lîob, et un Américain, Willie Yankee, qui travaillèrent les premiers à Rotonda Creek ; ils n'y trouvèrent que de l'or fin, pas de uuggets, et cet or valait beaucoup moins que celui de Pilgrim's Rest : il était mêlé de cuivre el d'argent. Un certain Gills trouva plus tard, près du sommet de la montagne, un î)oulder de diorite décomposée. Mais il ne soupçonna pas le reef de Frankfort, situé à quelque cent pieds plus bas.
On trouvait aussi des alluvions pi us près de Pilgrim's Rest, à Colombian Hill. Quatre Colombiens recueillirent d'abord un uuggct de 24 onces tout près de la surface, puis ils tombèrent sur du quartz soyeux et de For fin, mais en faible quantité.
Les découvertes de Spitzkop et de Ross Hill étaient aussi loin de valoir celles de Pilgrim's Rest. A Ross Hill i'alluviou était située d'une façon tout à fait
l'ILGlilMS KEST. IST
curieuse et difficile à expliquer. Elle s'étendait sur les peutes d'une montagne et jusqu'au sommet, plus haut que tous les terrains environnants.
Les prospecteurs, en s'éloignant vers ie sud, après que les champs d'alluvions do Lydenburg leur furent fermés par les Bocrs, en découvrirent de nouveaux au Dcvil's Kantoor (la montagne du Diable), aujourd'hui Darrctts, et Cœlzcstroem, puis ils tombèrent sur les (lions aurifères de la vallée de Kaap, encore en exploitation aujourd'hui, et dont fait partie la fameuse Sheba.
Lorsque les capitalistes anglais arrivèrent à Lydenburg en 1879-80, après les guerres des Boers, ils trouvèrent encore quelques mineurs présents. Un certain M. Benjamin demanda la concession de tous les terrains de Mac Mac et de Pilgrim's Rest. II l'obtint, mais à condition de payer une compensation à tous les mineurs présents. Plusieurs de ceux-ci obtinrent des sommes relativement considérables, et encore sans soupçonner la valeur des terrains qu'ils occupaient et où l'on trouva plus tard de riches fdons aurifères. C'est ainsi que commença la puissante compagnie minière qui possède aujourd'hui la plus grande partie des régions aurifères de Lydenburg et les exploite avec succès.
Le colonel North obtint de même la concession de Waterval et fonda la compagnie de Lisbon-Berliu.
Ainsi Lydenburg fut fermé aux mineurs d'allu-
188 RHODESIEET TRWSVAAL.
vions. Ils en avaient cependant retiré, selon les calculs qui ont clé faits, plus d'un demi-million sterling, soit douze millions et demi de francs.
Quelques-uns de ces mineurs avaient en outre commence aussi la découverte des filons aurifères. Le premier fut un Portugais nommé lîarcello; il trouva le recf de Broun'sHill, àcôtéde Pilgrim'sRest. En 1875, ayant enlevé l'alluvion, il trouva encore de l'or £\\ dans la roche située au-dessous : c'était comme une racine de l'alluvion; il se mit à faire un tunnel et suivit le filon, mais il ne recueillit que de l'or fin, et, avec ses procédés rudimentaires, il en perdait plus des irois quarts; aussi il abandonna ce travail. Les frères Lochliead, qui essayèrent après lui, cassaient le quartz à la pelle et le lavaient à grande eau sur des sacs et des couvertures. Cela donne une idée des moyens barbares employés faute de ressources.
La première batterie de cinq pilons fut érigée par notre Savoyard à IJrown's Hill ; elle était mue par une grande roue hydraulique, et servit à essayer les pre- Miiers filons lorsque M. Benjamin vint pour les acheter. Bizarrerie de la destinée, cette batterie est maintenant à plus de quatre cents kilomètres de là, à Pigg's Peal:, au Swaziland, et pourtant elle avait coûté de l'argent et de la peine pour venir à Pilgrim's Rest. On découvrit aussi un filon de quartz à Mac Mac, et on le travailla avec cinq pilons. La crique de Mac Mac éta't
PILGUIMS UEST- iSO
moins riclie que celle de Pilgrim's Rest, mais elle se prêtait beaucoup mieux au lavage hydraulique sur deux ;i trois kilomètres, car la pente est plus forte; il en est de même pour celles de Spitzkop et Ross Hill. Il n'y a plus aujourd'hui que quatre ou cinq mineurs dans ces différentes criques autrefois si animées, et i\nc ces souvenirs rendent maintenant si intéressantes à parcourir.
J'ai passe à plusieurs reprises à Pilgrim's Rest, j'ai fait le tour de tous ces vallons d'alluvions encadrés dans les pentes vertes des montagnes, et toujours avec un véritable plaisir de me retrouver dans un pays qui ressemblait au mien. Je suis sûr que cette raison a contribué à y attirer autrefois les Ecossais et les Savoyards, de sorte que l'imagination et le sentiment de la nature auraient conduit, quelque invraisemblable que cela paraisse, à la découverte de l'or.
A Clewer, il y a des ravins d'une fraîcheur délicieuse, entre de très hautes parois presque à pic et pourtant recouvertes d'arbustes vigoureux ; au fond di; l'un d'eux se précipite une cascade haute de plus de cinquante mètres : cela vous repose du soleil d'Afrique, qui n'est pourtant pas encore si terrible, dans ces régions. Ailleurs, c'est une rivière d'une eau magi/ifique qui coule au pied d'escarpements rocheux ou entre des rives de gazon.
Des sommets des montagnes qu'on appelle Jubilcc ou bien Ophir, la vue est splendide sur cette mer mou-
190 lUiODESlE ET TRANSVAAL.
tonnée, aux immenses vagues vertes à perte de vue, les unes escarpées et où font saillie les rochers, mais la plupart couvertes d'herbes et de fleurs, séparées par des ravins oii s'abritent les arbres avides de chercher l'eau et la fraîcheur.
Il y a tant de filons mis à jour dans ces montagnes, qu'on leur a distribué les noms de toutes les lettres grecques, sauf Oméga comme pour dire que le dernier n'est pas eucore trouvé. Au surplus, ce ne sont que des affleurements divers d'un même filon plus ou moins irrégulier et dont certaines zones seulement sont fort riches.
Pour aller à Frankfort, on traverse à mainte reprise la Blyde River aux capricieux méandres, ou bien on suit à flanc de coteaux des pentes verdoyantes audessus de rochers surplombant à pic le lit de larivière. Ce sont de charmantes heures à cheval. Près du chemin, dans un ravin, s'abritent pittoresques quelques fougères arborescentes de deux à trois mètres de hauteur, seul souvenir des pays tropicaux. C'est un plaisir de les contempler à l'aise sans soufl^rir de la chaleur, dans un pays où les hivers sont même froids. Puis ce sont d'autres cascades, et de vraies forêts au sol de gazon qu'on traverse pour gravir les montagnes.
C'est en traversant les rares forêts des criques et des ravins de Rotonda et de Pilgrim's Rest que j'ai senti les premières fois, en Afrique, que ce sol d'herbes
PILGKIMS REST. 191
et de fleurs sous cette voûte de feuillages, quelque courte qu'elle fût, m'était ftimilier et sympathique; je m'étais bien souvent défendu d'admirer ces vastes prairies qui font le haut plateau du Transvaal; malgré leurs beaus^ horizons, je les trouvais trop grandes sous le soleil de midi, et la peine de les parcourir, même ;i cheval, faisait plus que compenser leur beauté trop vaste. Je ne foulais pas le sol sans fatigue; ici, au contraire, la fatigue n'existait plus, il y avait des eaux et des ombrages, ceux-ci bien que clairsemés, et cela suffisait pour que je les admire et que je m'incline volontiers vers les herbes et les fleurs pour mieux les co'itempler.