V. — Charterland
Il faut distinguer trois grands districts dans ce pays: le Manicaland, le Mashonaland et le Matabeleland. Mais partout la formation aurifère est la même : elle consiste en alignements de roches schisteuses et dioritiques, avec quelques grès et quartzites reposant, sans concordance généralement, sur les granits et les gneiss. Comme nous Tavons vu, toute la région témoigne de phénomènes de désintégration et d'érosion très intenses, ayant produit des éboulements granitiques. Par contre, les grandes dislocations sont très rares, et les veines quartzeuses aurifères n'ont eu lieu que dans des fentes et des cassures sans grande importance. Les anciens travaux sont très étendus, et nous avons eu occasion d'en parler; nous^ ne dirons ici que quelques mots des récentes entreprises minières.
A Hanica (Umtali), on a ouvert sur le territoire portugais le Guy Fawkes reef, appartenant à la Compagnie Pardy*s Mozambique, qui a donné une once à la tonne sur douze cents tonnes. En territoire anglais, les reefs les plus étudiés sont ceux de Penhalonga et de Rezende, ce dernier reconnu sur trois à quatre cents mètres de
longueur, taudis qu'on peut suivre la trace de Penhalonga tout le long des collines sur huit à dix kilo mètres. Mais il n'existe que des colonnes riches plus ou moins exploitables dans ces reefs. En outre, tout le long des rivières Umtali et Revue, on a reconnu la présence de plusieurs couches d'ail uvions aurifères anciennement exploitées, et qu'on pourrait peut-être reprendre par la méthode hydraulique, en profitant des chutes de l'Umtali River : mais ces alluvionsne paraissent riches que par taches.
Au Hashonaland, il y a plusieurs districts aurifères : Salisbury et Entreprise, Mazoé, Lo Mogundis, Umfuli ou Hartiey Hills, Abercorn, Mount Darwin, et Victoria. Nous ne pouvons songer à citer tous les reefs découverts; la plupart d'ailleurs sont sans grande valeur. Mais deux régions surtout sont couvertes d'amoncelle* ments de vieux travaux: ce sont Mazoé et TUmfuli.
A rUmfuli, il faut citer les reefs du Lion et du Tiger ; le reef antimonieux d'Inez , et le reef de Béatrice, qui a rendu à un essai de broyages près de six cents onces pour cent tonnes, mais il serait difficile de compter sur le maintien de cette teneur.
A Mazoé, les anciennes mines les plus importantes sont répandues tout autour de celle que l'on a appelée Alice, et où Ton a installé une batterie, mais nous en avons vu d'aussi considérables, à peine encore explorées, au mont Mapondera, au mont Gotha, et à Lo
Hogundis, au Mtopota ; on connaît enfin les Sheba old workingSf beaucoup plus au nord, sur la rivière Angwa. Avec Alice, la mine Ayrshire, non loin du Mtopota, est la plus développée au nord de Salisbury.
A Victoria, les principaux reefs travaillés ont été ceux de Cotopaxi et Dickens; ils sont abandonnés depuis lors, sans avoir donné de résultats suffisants.
Au Matabeleland, les districts aurifères s'appellent Gwanda, Insiza, Bellingwe, Selukwe, Shangani, Bembesi, et Sabakwe. Les reefs les plus intéressants, et ceux où les vieux travaux sont les plus importants, sont ceux de Bonsor et de Tebekwe, où Ton parle d'installer des batteries..
Il faudrait parler aussi des filons aurifères de Tati, dont la concession fait partie du Bechuanaland, et non du Charterland. Ces filons sont travaillés depuis longtemps : c'est Cari Manch qui les a découverts. L'on y a récemment élevé une batterie de trente pilons et une usine de cyanuration.
Voici d'après Selous, qui l'emprunte à M. Arnold, secrétaire de la chambre des mines de Salisbury, la production en or du Charterland à la fin de 1896 :
Alice • .
Minw.
Tonnn broyées.
Onetf.
Auriga .
African .
A reporter, • •
D BBODÉSIE ET TRANSVAJIL.
WaH. Tantt hnifta. OtHt.
Peporl. . . 193 153
Birthdiy 100 104
Béatrice 100 563
BonuiM SOI 80
'•"••pMi 4,85T Ï,3i8
igreMonHiU SO 15 1/S
iceMioD h 7 1/S
kent 1,090 1.084
deo Quarr; S3 96
deo Hone Sboe .... 100 71
ndirra A 7 1/S
dcD Secret et Rob Roy. 130 60
itfafield t 30 1/2
liolime 3/4 «7
tchlesi Etat 11 20
xhleu We*l 13 30
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Deiperandum 3 3 1/S
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imander 799 439 1/3
Dkaru X.1 75
. Aacient Raini -')57
Alluvial de Hauica 84 1/3
it probable, à notre opinion, qn'en cerlains oii les vieux travaux sont parliculîëremeDt
étendus, mais encore mal étudiés ou même non étudiés, on pourra trouver une concentration suffisante, et assez riche en or pour mériter des travaux importants et donner des résultats d'avenir.
Nous insisterons un peu sur les conditions matérielles du Charterland, parce que ce pays est encore beaucoup moins connu que le reste de TAfrique australe.
Au point de vue de l'exploitation et de l'administration des mines, il y a lieu de faire quelques observations.
Les mines sont régies par une loi spéciale, promulguée en 1895 et d'ailleurs sujette à des revisions, il est donc inutile d'entrer dans des détails. C'est une combinaison de la loi de l'or du Transvaal et de la loi des mines des États-Unis. Les formalités sont réduites à leur plus grande simplicité. Les deux caractères principaux de cette loi sont la concession des reefs aurifères sur toute leur profondeur, et l'imposition d'un droit de 50 pour 100 prélevé par le gouvernement sur les actions émises à la fondation de toute société d'exploitation.
Ce droit exorbitant de 50 pour 100 a été mitigé jusqu'à 20 pour 100 pour quelques compagnies, et il est à souhaiter qu'il le soit toujours, car il suffirait à décourager bien des exploitants, quelles que soient les raisons qui l'ont fait instituer légalement.
La concession d'un reef en profondeur, accordée également aux États-Unis, entraine de grandes difficultés, lors des rejets ou des croisements des reefs.
Le chef de l'administration des mines, ou mim'iîlrc des mines, réside à Salisbury, où sont centralisés les bureaux, mais il y a un autre bureau principal à Buluwayo, et un commissaire des mines dans chaque district minier ; on a vu que ces districts sont souvent immenses.
Quant à l'exploitation des mines, il parait difficile d'y songer avant que le Charterland soit rend a plus abordable. Il n'existe encore que le télégraphe et le service des coachs trainés par des mules ; ce service se fait deux fois par semaine de Mafeking à Buluwayo et à Salisbury, une fois par semaine de Pietersbjrg (Transvnal) à Buluwayo, et trois fois par semaîac d'Umtali à Salisbury. La construction des routes ne coq^ siste qu'à abattre les arbres qui gênent le passage, et à aplanir un peu la côte an passage des rivières frop encaissées. Il est heureux que tout le haut plateau si/it peu accidenté, sans cela il serait impossible de franchir, comme on le fait, en onze jours, les treize centh k quatorze cents kilomètres qui séparent Mafeking dt) Salisbury. Le pays fait refi*et d'avoir été improvisé ; or cela est absolument insuffisant pour sa mise en valeur; les transports sont impossibles, ou à des prix fantastiques, et il faut six mois pour le transport des
CHAMPS ALîRIFÈRES DE L'AFRIQUE DU SUD. 283
moindres machines ; les bœufs, qui ont commencé TAfrique du Sud, sont un moyen extrêmement lent et bon seulement pendant la période des débuts.
Les chemins de fer n'offrent aucune difficulté de construction à travers tout le haut plateau, et ne coûtent pas cher; on a pu poser un mille ou seize cents mètres de rails dans une journée. Le chemin de fer de Mafeking à Buluwayo sera achevé à la fin de Tannée 1897. Du côté d'Umtali, on pousse activement le prolongement de la voieferrée, qui atteignait Chimio lors de notre passage ; la section de Fontesvilla à Beira est terminée tout le long de la rivière Pungwe; il reste à poser le pont de Fontesvilla sur la Pungwe, il sera construit sur pieux à vis. Ce chemin de fer aboutit à Deîra et se termine par un wharf en fer porté par des pieux à vis, jusqu'à un tirant d'eau de douze mètres; ce wharf était presque terminé le 21 août 1896, quand nous l'avons vu à Beîra.
Les chemins de fer sont non seulement l'indispensable moyen de transport, mais le plus puissant moyen de colonisation et de mise en valeur d'un pays nouveau. Le développement de l'agriculture doit accompagner parallèlement celui des mines ; or nous avons dit tout le parti qu'on peut tirer d'une grande partie de Charterland, au point de vue de l'élevage, du fermage et de la culture des céréales.
A ces derniers points de vue, l'on peut attendre les
mêmes résultats du Transvaal et da reste de l*Afrique du Sud. Ces pays, qui vivent encore aujourd'hui sur les mines d'or et les mines de diamants, s'en libéreront peu à peu, parce qu'ils sont susceptibles de produire par eux-mêmes ; ils sont destinés à jouir du plus grand facteur qui peut amener ce résultat, c'est-à-dire d'une administration très large et très ouverte, sans tracasseries, ni surcharge de fonctionnaires, laissant sa pleine expansion à l'initiative privée. Il est à souhaiter que nous arrivions bientôt à comprendre cette manière d'agir à Madagascar, cette grande ile qui ne doit pas rester en arrière du continent voisin, et qui est aussi bien partagée par la nature de son sol, mieux partagée par ses côtes. C'est un espoir que nous exprimerons en terminant ces pages, qui n'ont voulu être qu'un reflet de la vue même des choses.