HISTORIQUE
Le rhumatisme cérébral est connu depuis l’étude scientifique du rhumatisme lui-même, mais il faut arriver au milieu de notre siècle pour en.voir la notion exacte se dégager nettement de ce que l’on avait écrit auparavant, et pour le voir dans ses vraies proportions. Son histoire passe donc par deux phases successives: l’une s’étend du 18° siècle au milieu du 19%, de Baillou et de Sydenham à Hervez de Chégoin, et l’autre moins longue mais plus fertile comprend : toute la fin de notre siècle, et s'étend d’'Hervez de Chégoin jusqu’à nos jours. #
Les ouvrages qui précèdent l’époque de Sydenham ne font nulle mention des accidents cérébraux du rhumatisme, mais cet auteur, à ne pass’y tromper, en avait connaissance. Telles sont en effet ses propres paroles: « Rhumatismus excruciare aliquando cerebrum potest, et quandoque mors subito sequitur.»
Boerhaave et surtout VanSwieten son commentateur signalent des douleurs de tête compliquées de délire accompagnant quelquefois l'apparition des phénomènes articulaires, et n'hésitent pas à les considérer comme étant de même nature. |
Lorry, Quarin et Storck n’ont pas méconnu non plus les phénomènes cérébraux du rhumatisme articulaire.
Stoll les connaissait si bien qu'il a donné à quelques-uns d’entre eux la dénomination d’apoplexie rhumatismale qui subsiste encore.
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Hoffmann et plusieurs médecins du 18e siècle relatent aussi des faits de même nature et signalent pour la plupart la présence dans le cerveau et ses envéloppes d’une matière gélatineuse en très grande abondance.
La pachyméningite et la méningite rhumatismale ont été explicitement présentées par Sendamore, en 1816, qui dit, dans son Traité de la goutte et du rhumatisme, avoir observé sur une fille de 15 ans, les symptômes d'un épanchement intra-crânien, qui fut promptement mortel et qui s'étant déclaré en même temps que les phénomènes arthritiques, changeaient de siège dans les membres.
Villeneuve, 1820, Dictionnaire des sciences médicales, traite la question en termes qui sont réellement surprenants pour l’époque. Ecoutez un instant ce qu’il dit, p. 544 : «Les organes contenus dans la cavité du crâne sont quelquefois le siège de laffection rhumatismale,d’où résultent des phénomènes particuliers, qui d’ailleurs n’indiquent pas toujours quel est l’organe (intra-crânien) lésé... Ne pourrait-on pas établir d’une manière générale que dans les cas de douleurs (de tête) vives et tensives, c’est la dure-mère qui est affectée; que
lorsqu'il existe du délire, de l'agitation, une insomnie opiniâ-
tre, les autres membranes du cerveau sont le siège de l'affection et qu’enfin dans les cas de vertige, de coma, d’apoplexie, c’est la substance même du cerveau qui est lésée? »
Malgré cette prétendue exactitude, la question resta très longtemps stationnaire quoiqu'elle eût préoccupé les grands cliniciens de la première moitié de notre siècle.
Chomel, dans ses lecons cliniques (Hôtel-Dieu, 1034),signale la méningite rhumatismale qu’il déclare rare à l’égal de la péritonite. ; |
Requin signale aussi l'observation récente d’un médecin qui, peu de jours après l'invasion d’un rhumatisme articulaire
aigu, succomba rapidement par suite «d’un état comateux et apoplechforme.»
Bouillaud à propos des symptômes sympathiques du rhumatisme articulaire aigu, déclare que les fonctions du système nerveux ne sont pas ordinairement affectées d’une manière profonde, mais il admet la possibilité de la coïncidence d’une phlegmasie rhumatismale des méninges cérébrales ou rachidiennes.
Trousseau, lui aussi, n’iguorait pas la possibilité des accidents encéphalopathiques, puisqu'il dit dans ses cliniques: «Les médecins qui emploient la lancette accusent le sulfate de quinine de produire le rhumatisme cérébral et ceux qui prescrivent la quinine disent la saignée coupable du même méfait.»
Malgré tous ces travaux, les notions acquises sur les accidents cérébraux du rhumatisme articulaire aigu restaient encore bien vagues et bien peu vulgarisées eton n'avait à leur sujet aucune idée bien précise. |
En 1845, parut dans la Gazette des Hôpitaux un mémoire d’Hervez de Chégoin qui marque une ère nouvelle pour le rhumatisme cérébral. Ce mémoire est très court, mais il eut le mérite par sa simplicité et sa précision de fixer définitivement les idées jusque-là incertaines. C’est le début de cette seconde phase qui se termine à nos jours et dont chaque année est marquée par un travail nouveau.
Le 12 juin 1850, Gosset, interne de Requin à la maison municipale de santé, communique à la Société médicale des hôpitaux, une observation de méningite rhumatismale avec autopsie, à titre de fait rare mais avec des considérations pleines d'intérêt.
Cette observation fut suivie la même année d’un travail d'Hippolyte Bourdon, lue aussi à la Société médicale des hôpitaux, et qui mérite d’être citée à côté de celui d'Hervez
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el de Chégoin, car en réalité ce sont ces deux notices courtes mais substantielles qui donnent réellement naissance à la question du rhumatisme cérébral. Hippolyte Bourdon en effet déclare le premier que dans le cours du rhumatisme articulaire aigu, les accidents cérébraux « sont plus communs qu’on ne le croit généralement », qu’il ne s’agit pas seulement de « méningite » mais de localisations « encéphaliques » analogues à celles des articulations et qui ont une marche particulière, une extrême rapidité et une grande gravité. Il admet en somme deux formes, une forme méningitique et une forme apoplectique.
En 1853, Vigla présente à la Société médicale des hôpitaux et publie (1) un travail important sur la fréquence des complications cérébrales dans le rhumatisme aigu; il relate six observations nouvelles, dont une de méningite rhumatismale, étudie particulièrement les conditions étiologiques et admet trois formes: 1° délire simple se développant dans le cours du rhumatisme etrappelant assez bien le délire sympathique ou nerveux observé dans un grand nombre de maladies aiguës fébriles, de cause interne ou traumatique, où en peu de mots, le rhumatisme compliqué de délire; 2 délire et réunion de la plupart des symptômes et probablement des lésions propres de la méningite, méningite rhumatismale des auteurs ; 3° état ataxique, brusque et imprévu, bientôt remplacé par un collapsus ou un coma mortels, apoplexie rhumatismale de Stoll et de quelques auteurs.
L'année 1854 amène le mémoire de Cossy, indiquant que tous les cas de mort rapide dans le rhumatisme n’impliquent pas l’existence du rhumatisme cérébral au sens littéral du mot, et précisant surtout le rapport à établir entre l'intensité
(1) Arch. de médecine, juillet 1853, p. 21.
AOL fe des lésions articulaires et l’existence des altérations cérébrales.
A partir de ce moment, les faits particuliers se multiplient. MM. Picard, Sandras, Duhamel, Thore fils en produisent de nouveaux. En 1856, Mesnet, après Lorry et Ferrus, insiste sur une forme d'encéphalopathie, la folie rhumatismale, dont Burron et Griesinger ont rapporté des observations.
En 1857, cette question du rhumatisme cérébral est remise en discussion pour la 2° fois à la Société médicale des hôpitaux. Gubler à cette occasion dans un important mémoire crée une division nouvelle, la céphalée rhumatismale. I établit la gradation suivante basée sur la fugacité et la moindre gravité pronostique des complications cérébrales du rhumatisme, céphalaloïe, délire, méningite et apcplexie.
Cette même année, Germain Sée dans un brillant rapport lu à la même Société sur le mémoire de Gubler, reprend encore la question et en étudie surtout les conditions pathogéniques. Voici quelles sont ses conclusions: «En résumé, les accidents cérébraux du rhumatisme quelle que soit la forme qu’ils adoptent, ne sauraient être ramenés qu’à l’un des chefs suivants : ou bien ils sont le résultat de l’action réflexe d’une péricardite, ce qui est fréquent, ainsi que nous l’avons constaté récemment avee M. Woillez sur un malade de la maison de santé, ou bien ils constituent une lésion cérébrale directe, ce qui est au contraire l’exception. Dans les cas négatifs, on recherchera s'ils ne sont pas le produit d’un arrêt de la circulation cérébrale ou bien d’une altération du sang par l’urée en excès, et peut-être dans quelques circonstances d’une absorption consécutive du pus. »
Les années suivantes les travaux se multiplient. Aubertin, élève de Bouillaud, produit des faits: nouveaux; Racle et Lorain (4% édition du Guide du méd. prat. de Walleix) donnent une large part dans leur livre à l’encéphalopathie rhu-
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matismale. Girard fait sur ce sujet une thèse remarquable, et Trousseau consacre une clinique à cette question. En un mot, le rhumatisme cérébral prend droit de cité dans le domaine classique.
Les choses en étaient là quand, en 1863, l’Académie de médecine de Paris proposa, pour sujet de prix, l'étude des complications qui peuvent se présenter du côté des centres nerveux et de leurs enveloppes pendant le cours du rhumatisme. Ollivier et Ranvier présentèrentà ce sujet un mémoire qui fait époque dans l’histoire de la question et qui fut couronné par l’Académie. Nous aurons à y revenir danslecours de ce travail.
L'année 1865 vit apparaître le mémoire de Gintrac sur la méningite rhumatismale, et l’année suivante nous trouvons la thèse d’agrégation de Ball, qui à l’incontestable mérite de grouper les faits relatifs à cette question d’une façon à la fois simple et commode. Il admet trois types fondamentaux! 1° le fype méningitique qui correspond'aux formes délirante et méningitique proprement dite des auteurs; 2 le tjpe qui correspond à la folie rhumatismale de Mesnet et Griesinger; 3° le fype apoplectique qui correspond à l'apoplexie rhumatismale de Stoll, Chomel, Requin et Vigla.
En cette même année (1866), Charles Fernet consacre plusieurs pages remarquables de sa thèse sur le rhumatisme articulaire aigu ou rhumatisme de l'appareil nerveux et au rhumatisme cérébral en particulier.
Depuis lors, le rhumatisme cérébral est devenu pour ainsi dire de plus en plus classique. Hardy et Béhier, dans leur Traité de pathologie interne, en parlent de la façon la plus précise; Jaccoud dans son livre lui accorde un très important développement ; Benjamin Ball, en 1874, en fait l’objet de deux leçons cliniques à l'Hôtel-Dieu et Leudet dans la Cli-