‹ Rhythme, exécution et accompagnement du chant grégorienChapitre 7 sur 190 · EXERCICES GRADUÉS · texte numérisé non relu

EXERCICES GRADUÉS

Imprimatur.

Tornaci, die 23" Novembris 1892.

G. F. J. BOUVRY, Vie. Gen.

— :|:— ERRATA. — :j:—

Avis important. — L'impression de cet ouvrage s'étant effectuée dans des conditions particulièrement difficiles, on n'a pu éviter quelques erreurs notables. Un certain nombre de fautes de ponctuation et plusieurs défauts de concordance exacte entre les paroles et les notes des exemples de chant se trouvent dans plusieurs feuilles qu'on a tirées, par malentendu, avant complète correction. Les lecteurs rectifieront d'eux-mêmes ces fautes trop évidentes pour qu'il soit besoin de les signaler; mais ils sont instamment priés de ne pas lire ce volume sans collationner les erratas suivants avec le texte des pages où ils sont indiqués.

P. 3, 2e ligne de chant, lisez : salicus, au lieu de scilicus.

P. 19, au lieu de (V. n° 30), lisez : (V. p. 39).

P. 27, 3e alinéa, lisez : C'est quand, à la thesis, au lieu de : C'est quant à, etc.

P. 33, La subdivision du dernier ex. tombe au la et non au sol.

P. 47, 5e ligne, lisez : par des neumes adjoints. PB- et non PB PB

P. 48, sur l'ex. adsfat, toutes les courbes doivent se joindre en rhythmes contractés.

P. 55, dernière ligne d'ex., chacune des syllabes de célébrantes doit porter un neume.

P. 71, ier ex., ligne infér. de l'indication du rhythme, le 2e rhythme doit prendre exactement la ire des deux notes unissonnantes.

P. 142, 2e ligne, lisez : éclate et s'impose.

P. 163, lisez : équivalences; ce mot s'applique aux 3 ex.

P. 177, ligne de musique, après le demi-soupir, sur le groupe : la fa la sol fa, l'arsis ne doit prendre qu'au 2e la, et non au sol.

P. 186, 2e ligne de chant, lire l'exemple en renversant le livre, le cliché ayant été mal posé à la mise en pages.

Errata.

P. 192, i™ ligne de musique, 4' groupe, si? sol la mi, l'arsis ne doit prendre qu'au la; même avis pour la répétition.

P. 203, 3e ligne après le 2e ex., lisez : ramener la neume, au lieu de : le neume.

P. 209, 1 ie ligne du texte, lire : une thesis mal cachée avant une syllabe.

P. 220, 2e avant-dernière ligne, lisez : à la valeur d'une distinction, au lieu de : dont distinction.

P. 250, Ex. accompagné, mettez siï> à la basse.

P. 264, ex. A, ajoutez si pour compléter les accords de sol et de mi.

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EUX qui ont étudié les travaux faits depuis soixante ans environ sur la musique ancienne ont pu constater leurs magnifiques résultats, aussi bien dans le domaine de la science que dans celui de la pratique. Je n'ai pas à mentionner ici les belles publications d'œuvres anciennes qui se continuent encore; ni les ouvrages théoriques qui, en répandant le goût et la connaissance de ces œuvres, ont éclairé bien des points d'art et d'histoire; ni enfin ces auditions savantes que, sous le nom de Concerts historiques, MM. Fétis, Niedermeyer et le prince de la Moskowa ont inaugurées en France, et dont celles du Trocadéro sont aujourd'hui la brillante continuation. Rappelons-nous seulement que depuis lors une large place a été faite aux vieux maîtres dans les répertoires de musique tant religieuse que profane, et qu'il s'en est suivi une réaction en faveur du bon goût.

L'histoire de la musique nous montre avant l'art polyphone l'homophonie, c'est-à-dire la mélodie sans accompagnement harmonique. On la désigne sous le nom générique de ftlain-ckant, lequel se ramifie en quatre branches principales ou dialectes : Xambrosien, le mozarabe, X ancien gallican et le grégorien, le plus important de tous. Voici quarante ans environ que les études se sont portées sur cette partie de l'art musical. Elle a été l'objet de travaux que, sans exagérer, l'on peut qualifier d'immenses, tant il a fallu de sagacité, de labeur et de patience. Au seul point de vue de l'art, il n'est pas douteux que ces recherches archéologiques ne soient pleines d'intérêt. Il suffit pour cela de considérer que cet art homophone plonge ses racines dans l'art antique, auquel il se rattache autant par sa constitution rhythmique que par celle de ses modes;

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que cette musique a régné de longs siècles dans l'Europe civilisée; qu'enfin elle a produit dans le genre populaire ou artistique des œuvres si nombreuses qu'aucune autre branche de la musique ancienne ne l'emporte sur elle. Et ces œuvres, nous les avons dans nos bibliothèques, admirablement conservées et reproduites comme à l'infini dans des manuscrits et des imprimés très différents d'époque, de pays et de notation. Souvenons-nous aussi que l'art polyphonique est le puîné du plain-chant et son véritable frère, issu de la même tonalité et vivant d'abord des mêmes lois. Peu à peu, il est vrai, il sest transformé en notre art moderne, et dans cette transformation a subi, sans nul doute, des modifications radicales; mais il y subsiste, malgré tout, trop d'éléments de l'art dont il procède pour qu'on puisse méconnaître sa filiation. Toutefois, ce qui donne à ces études du plain-chant une importance spéciale, c'est qu'il s'agit ici de la musique ecclésiastique par excellence; de celle qui n'a pas cessé en droit, sinon toujours en fait, d'être partie intégrante du service divin, malgré tant de vicissitudes et de conditions diverses. Aussi l'Eglise, toujours amie des arts, encourage hautement les études qui remettent en lumière une musique qu'elle regarde, de préférence à toute autre, comme l'expression de sa prière et comme l'œuvre de ses Pontifes et de ses Saints.

C'est parmi les travaux de ce genre, quoiqu'à un rang bien modeste, que vient se placer cet ouvrage. S'il prend la question par son côté artistique et scientifique, il a néanmoins un but pratique dont je veux tout de suite préciser la portée.

En premier lieu, les œuvres musicales ne pouvant être appréciées qu'à l'audition, il fallait bien traiter du rhythme grégorien en vue de l'exécution. En second lieu, se présentait cette question si naturelle et si légitime : " De ces études sur le texte original du chant grégorien, qu'y a-t-il à recueillir pour tirer de nos éditions modernes le meilleur

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parti possible? " Pour y répondre, nous verrons qu'il fallait recourir à ce texte primitif où se trouvent, avec le rhythme parfait, le sens complet de la phrase et la véritable pensée du compositeur. En lui comparant ensuite les textes remaniés, on saisit la nature et la portée de ces modifications, et l'on voit, s'il y a lieu, comment sur le livre ou dans l'exécution on peut remédier à leurs défauts. Ceci est d'autant plus important que l'unanimité tend à se faire de plus en plus, comme on l'a fait observer, touchant les principes d'exécution. Qui ne constate en effet que les méthodes publiées en France ou à l'étranger, et même les réimpressions d'éditions de plain-chant s'inspirent des enseignements de Dom Pothier? Or ces enseignements, puisés aux sources traditionnelles, concernent le chant grégorien dans sa forme primitive. Il était donc nécessaire de faire une étude comparée de ce chant original avec le plainchant moderne. Bien des questions s'offraient comme déductions pratiques; mais, pour rester dans le cadre spécial de cet ouvrage, je n'ai abordé que celles qui avaient un caraétère général et restaient une étude d'art et de science. Au contraire, celles qui auraient pu ressembler à une polémique d'éditions ont été laissées de côté. Evidemment, il a bien fallu prendre quelque part des textes de plain-chant moderne. Je l'ai fait à dessein dans plusieurs éditions, dans celles qui sont le plus en vue, et souvent sans les citer. Si, d'autre part, le Liber Gradualis de Dom Pothier sert de base à ce travail, c'est que personne ne pensera sérieusement à contester la valeur exceptionnelle et hors pair de cette édition. Elle est un excellent instrument de travail, surtout en vue du double but que vise cet ouvrage. Là, en effet, est traduite et reproduite plus exactement que partout ailleurs la leçon originale des mélodies grégoriennes; en même temps on y trouve résolues, quant à l'exécution pratique, plusieurs difficultés jusqu'alors inaperçues ou demeurées obscures.

Afin qu'on saisisse mieux encore le but et le caraclère

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de ce livre, j'indiquerai la lacune qu'il me semble combler, en disant un mot de la situation des esprits par rapport au chant sfréo-orien.

A cette question : " Où est le chant de S. Grégoire et comment l'exécuter? " il n'est pas rare d'entendre dire " que sur ces deux points, et surtout sur le dernier, la lumière est loin d'être faite; que déjà tant de fois et si diversement on a dit avoir trouvé le vrai chant grégorien, qu'on ne sait plus à quoi s'en tenir; qu'enfin, malgré nombre de points acquis et de grands pas faits vers le but, il reste encore trop d'obscurités pour que l'on puisse conclure avec certitude, et peut-être même espérer jamais de toucher le but. " Cette opinion trouve souvent crédit parmi les amateurs de plain-chant, sans qu'on puisse, toujours du moins, les soupçonner de parti pris. Assurément une des causes qui favorisent le plus cette opinion, c'est qu'il y a peu de personnes qui étudient sérieusement la question et approfondissent les travaux publiés sur cette matière. Acheter des ouvrages, souscrire à une publication, puis, après quelques coups d'œil, les classer soigneusement dans sa bibliothèque, même avec les honneurs de la reliure : cela suffit pour être amateur, mais non pour devenir savant. Et quand on aura assisté à une ou deux conférences appuyées d'exécutions plus ou moins réussies, on aura entendu parler du chant grégorien, mais on ne le connaîtra pas. Il faudra d'autres études, et surtout d'autres études que celle du cabinet; il faudra le pratiquer, et longuement, pour en parler en connaissance de causé.

Ce scepticisme à l'égard du chant grégorien vient aussi d'une autre cause et, jusqu'à un certain point, semble justifié. Les premiers ouvriers, qui ont si vaillamment défriché le terrain, se sont acquis de justes titres à la reconnaissance du monde savant; mais il faut avouer (car c'est l'évidence des faits) que leurs travaux présentent des lacunes et des erreurs. Quoi d'étonnant? N'en est-il pas ainsi dans toutes les sciences, et les derniers venus, qui

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profitent des découvertes précédentes, n'ont-ils pas plus de chances d'atteindre le but? Puis, dès les commencements, plusieurs de ces érudits se sont trop pressés. En vue d'un but pratique, comme la publication d'une édition, ils n'ont pas su attendre du temps et des recherches approfondies les solutions qui leur ont échappé. Dans cette sorte d'études, on ne peut tout saisir du premier coup-d'œil. De là d'étranges méprises, des assertions hasardées pour combler des lacunes, des systèmes auxquels on s'efforce de plier les faits, des principes d'exécution où le vrai se mêle au faux, et enfin, par une conséquence inévitable, des divergences, des réfutations mutuelles en face desquelles la réserve semble n'être que prudente.

Qu'est-il arrivé? C'est qu'allant plus loin, on s'est armé de ces divergences pour affirmer que la restauration du chant grégorien était un problème archéologique vraiment insoluble. Je regrette vivement pour la mémoire de M. l'abbé Th. Normand, connu sous le pseudonyme de Nizard, que son dernier ouvrage ait été composé dans ce but. A tout prix, les questions personnelles ont été évitées dans mon travail. Je ne regarderai donc ici que la théorie soutenue dans le livre de M. Nizard, pour y répondre aussi brièvement que possible. M. Kunc, directeur de la Musica, Sacra de Toulouse, ami du défunt et éditeur de cet ouvrage posthume, voudra bien s'en offenser d'autant moins qu'il a réclamé lui-même une réponse, en disant " que l'on ne répond pas à cette thèse du savant musicologue, non seulement parce qu'on ne veut pas, mais parce qu'on ne peut pas. " — " On " désigne ici Dom Pothier et ses collaborateurs de Solesmes. Il ne m'appartient pas d'apprécier leur conduite. Depuis longtemps ils ont pris le parti de ne pas s'attarder à des polémiques souvent infructueuses, où l'on glisse si facilement dans les questions personnelles et irritantes. Ils préfèrent poursuivre leurs travaux, mettre en lumière les résultats de leurs patientes investigations, et peu à peu, mais sûrement,

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développer la thèse soutenue par Dom Pothier dès le commencement. Ils se fient du reste au temps et à la vérité pour triompher de bien des obstacles. Est-il nécessaire de dire que beaucoup trouvent sage cette conduite, qui leur a valu dernièrement de hautes approbations de la part de Rome? Toutefois, si ami que je sois de cette résolution, je ne crois pas y déroger en donnant, sous ma propre responsabilité et dans la mesure de mes forces, quelques mots de réponse tant désirés à une thèse publiée dans un ouvrage et soutenue par un journal.

Rien qu'au point de vue logique, il me semble que c'est une singulière thèse que celle-ci : " Les savants ne sont pas d'accord sur telle chose, donc je ne puis connaître la vérité sur ce point. " Mais alors sur quoi la connaîtrai-je, puisque tout a été discuté, même les vérités les moins contestables? Si Maître Trudon dit une chose que Maître Albin conteste, s'ensuit-il que je ne puisse voir lequel a raison, quand même un troisième, Maître Salomon, opinerait encore diversement? — Mais leur enseignement est contradictoire! C'est possible; il reste à savoir sur quoi ils se fondent et ce que sont les choses en ellesmêmes.

" Mais tous ces hommes ne sont-ils pas des savants? " " Oui, mais tous ces savants sont des hommes; et, comme tels, sujets à erreur et à contrôle. " J'ai signalé plus haut une des causes, et peut-être la principale, de leurs erreurs. En matière de science, je préfère une bonne raison au : " Magïster dixit. " S'il ne peut être question de railler, ni de mépriser des gens instruits et de bonne volonté, ni de nier les services qu'ils ont rendus, pourquoi ne pas reconnaître simplement et franchement qu'ils se sont trompés? Certes M. de Coussemaker a bien mérité de l'archéologie musicale; est-ce nier son mérite que de constater ses erreurs et ses amusantes méprises? Dans une des planches de X Histoire de l'harmonie au ??toyen âge, par exemple, ce savant reproduit soigneusement et commente un tableau

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de neumes, qui n'est autre chose que les essais de plume du calligraphie. Ce n'est pas non plus décrier le grand talent de M. Lemmens que de relever son défaut de science archéologique. De là vient que dans son ouvrage posthume sur le Chant grégorien, il reproduit avec la plus parfaite bonne foi et sans l'ombre d'hésitation, des assertions et des traductions de neumes qui sont absolument dénuées de fondement, comme on peut le voir en ouvrant un manuscrit. Que d'opinions trop précipitamment émises dans les travaux si recommandables du P. Lambillotte! On invoque l'autorité de M. Raillard, un des ouvriers de la première heure; mais on discerne aisément combien ses traductions de neumes sont sujettes à caution. Dom Pothier dans les Mélodies Qrréeoriennes, dans une brochure spéciale, et enfin Dom Mocquereau, dans la Paléographie, ont clairement réfuté son assertion touchant la Virga. Vous constatez encore que l'édition de Reims et Cambrai diffère d'avec tel ouvrage; mais on ne peut nier que, si cette édition a été un pas fait vers la restauration, elle n'a pas résolu le problème. En effet elle n'a reproduit la leçon des manuscrits que d'une façon fort défectueuse; elle ne donne que la note du texte, sans tenir compte des groupes; puis, avec des abbréviations ou retranchements assez fréquents, elle a usé dans la notation de valeurs diverses fort arbitrairement employées, comme M. Nizard lui-même l'a démontré.

En voilà assez pour conclure qu'on ne saurait tirer des dissensions des savants un argument en faveur de l'impossibilité d'arriver au vrai, lorsque nous apercevons les causes et la nature de leurs erreurs.

Voici une autre affirmation non moins étonnante : " Dom Pothier, dans tous ses ouvrages, n'a fait que répéter des choses déjà connues et que M. Nizard avait lui-même démontrées; le reste n'est qu'une suite de dissertations sur des pointes d'aiguille! (Sic!)

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Il est déjà curieux que l'on ne s'en aperçoive que plus de dix ans après la publication de ces ouvrages; mais ce qui me semble encore plus inexplicable, c'est que cet enseignement si connu ait produit une exécution inconnue jusque-là. Comment se fait-il que des savants non moins compétents que M. Nizard, tels que M. Morelot, ont constaté " çu'z'l est acquis clairement par les travaux de Dom Potkier que le chant procède non plus par notes, mais par groupes. " C'est un point capital, celui-là, et une preuve que M. Nizard n'a ni tout su, ni tout enseigné.

Je le constate, sans diminuer le mérite de sa science, en précisant les points principaux que les travaux de Dom Pothier ont mis en lumière :

i° L'importance capitale du groupement des notes en neumes et du legato, qui ne s'oppose pas seulement au chant martelé (chose déjà condamnée), mais qui vise spécialement l'unité du neume dans l'exécution.

2° La composition et, en certains cas, la subdivision de ces neumes, avec l'indication des points où ils se subdivisent; toutes choses qui arrivaient à produire le rhythme, quoique sans en formuler complètement la théorie.

3° La coupe de la phrase par l'indication de ses diverses cadences; ce qui lui donne ce sens mélodique très clair, alors qu'elle en avait si peu jadis, ainsi que nous le montrerons.

4° Une explication des ornements plus approfondie et bien différente de celles qui ont été données jusqu'à ce jour sur plusieurs points.

5° Une étude des manuscrits offrant, avec la raison des diverses variantes qui embarrassent si fort M. Nizard, un critérium pour en discerner l'origine et la valeur. D'où il appert que plusieurs de ces variantes sont au fond identiques pour l'effet d'exécution, et ne sont, pour ainsi dire, que des variantes d'orthographe; que d'autres ont une origine vicieuse et sont une faute manifeste, etc.

6° Dans cette même étude des monuments, on trouve le bien fondé des assertions des auteurs, et, au milieu de

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leurs contradictions sur l'interprétation des neumes, etc. on voit les choses en elles-mêmes et non d'après leurs dires et leur autorité. Res, non verba. (IIe Vol. de la Paléographie.) Ces trois derniers points sont surtout étudiés dans la Paléographie musicale.

Je pense que voilà des choses importantes; n'y eut-il que les trois premières, je me demande comment on peut dire qu'il n'y ait là que des pointes d'aiguilles. Il est vrai qu'on fait de belles choses avec des pointes d'aiguilles! Je clorai cette explication en observant que le mérite de Dom Pothier ne consiste pas à avoir fait table rase de tout ce qui existait, pour produire un système nouveau de toutes pièces; mais d'avoir continué les travaux commencés depuis longtemps, en les approfondissant, en en rectifiant au besoin les conclusions et en les couronnant. Ce caractère de son œuvre est même plus rassurant que s'il avait exhibé une théorie absolument neuve.

Voici cependant une autre cause qui a gêné la propagation du chant grégorien et a certainement accru la défiance dont j'ai parlé, en contribuant à rendre souvent les exécutions défectueuses. On doit reconnaître en effet que les meilleurs ouvrages jusqu'ici n'offrent sur la question du rhythme que des renseignements incomplets. Que de demandes et de doutes m'ont été souvent exposés, et me prouvaient que ce que je désirais, d'autres le. souhaitaient aussi! Quand, après l'audition d'un morceau de chant grégorien, on veut en reproduire l'exécution, il arrive que, par suite des lacunes de l'enseignement, on se heurte à des difficultés, on hésite, ou l'on tombe dans des erreurs dont on ne se rend pas compte et que l'on ne sait comment corriger. Même ce que l'on a appris de vive voix, en entendant chanter, on ne le sait qu'approximativement; car souvent on n'a pas su analyser ce que l'on entendait. C'est avec bien des tâtonnements, des corrections, des recherches laborieuses, qu'à la maîtrise de S. André de Niort et ailleurs j'avais progressivement amélioré l'exé-

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cution, tandis que maintenant, grâce à une théorie plus précise, les résultats s'obtiennent plus aisément et plus parfaitement.

Il 71 y a pas de mélodie sans rJiythme; vérité capitale, assurément; aussi dès les premiers travaux, cette question du rhythme a-t-elle été posée. Il n'est guère d'ouvrage tant soit peu étendu, qui ne lui consacre un chapitre. Force est bien de reconnaître cependant que, si l'annonce du sujet ne manque guère dans les traités de plain-chant, on ne donne en résumé rien de net ni de pratique. Faute de mieux, ou de pire, il faut se contenter de généralités et de phrases de rhétorique. Les Mélodies grégoriennes avaient en particulier sur ce point distancé de beaucoup les ouvrages précédents. Non seulement elles disaient ce que n'est pas le rhythme du plain-chant; mais, outre les aperçus généraux, on y trouvait résolus pratiquement plusieurs points très importants que nous avons déjà signalés.

Toutefois la théorie du rhythme n'était pas complètement formulée. Que le leéleur veuille bien pour l'instant admettre que le rkythme repose sur les divisions on distinctions produites par le jeu des temps forts et des temps faibles. De suite, il verra la lacune qui existe dans les traités de plain-chant et la raison des incertitudes qui font ombre sur sa restauration. Quelle est la méthode où il est parlé de ces temps divers et où l'on donne des règles indiquant leur position? Et cependant, sans cela on ne peut constituer un rhythme; sans rhythme, pas de mélodie. Comprend-on alors la difficulté où l'on est d'enseigner le rhythme du chant grégorien et de reconstituer une mélodie déjà entendue? C'est exactement le cas d'un musicien qui, après l'audition d'un morceau, demanderait la partition, mais à qui l'on n'offrirait qu'une copie avec des indications de mesures insuffisantes pour lui préciser la place des temps forts ou faibles.

Bien des personnes ont admiré la netteté et le bel effet du rhythme dans les bonnes exécutions de chant grégo-

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rien, et souvent elles s'étonnent que, devant une pratique si parfaite, la théorie soit demeurée si imparfaite. La chose s'explique facilement.

Que ces personnes veuillent bien observer d'abord que ce fait n'est pas sans précédents; souvent la théorie vient après la pratique. On le voit pour la science de l'harmonie. Ce n'est pas d'aujourd'hui non plus, que l'on fait de l'expression musicale, quoique le premier traité sur cette matière soit récent. Mais j'ajouterai que cette lacune vient naturellement de la voie où s'est engagé Dom Pothier, et, au fond, reste un gage de sécurité. Au lieu de forger une théorie de toutes pièces et comme à priori, le savant bénédictin a étudié le chant en lui-même; il s'appuyait pour l'exécution sur les indications des manuscrits et sur certains principes de déclamation chantée ou parlée, aussi connus qu'incontestables, quoique peu appliqués jusqu'ici. Une telle voie aboutissait directement à la pratique. C'était à l'analyse à déduire des faits la formule d'une théorie. Mais si l'on croit qu'il est facile d'analyser et de formuler en cette matière, je puis témoigner qu'on se trompe du tout au tout; car, depuis plus de huit ans, je travaille sur ce sujet avec des secours que peu de personnes ont à leur disposition : les conseils d'hommes versés dans cette science et l'expérience d'une pratique aussi longue que variée. Ici l'analyse est complexe et délicate; et il est difficile parfois de formuler la théorie des faits les plus simples. Frappé du reste des erreurs où la précipitation avait entraîné ses devanciers, le savant bénédictin ne voulut pas se hâter. Il n'avança que ce dont il était sûr; ce fut là sa force. Il voulut étudier encore; c'est la note de la vraie science. Aujourd'hui, avec l'aide de ses collaborateurs et spécialement de Dom Mocquereau, le rédacteur de la belle publication intitulée " Paléographie musicale, " Dom Pothier continue ses travaux; il complète, mais il n'a rien à retrancher. En disant que le présent ouvrage ne fait souvent que développer et appliquer ses idées, je fais un aéte

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de justice; qu'il soit aussi un acte de reconnaissance pour le concours si bienveillant qu'il n'a cessé de me prêter depuis bientôt dix ans.

Cet ouvrage ayant un but pratique, on y remarquera certaines particularités que je tiens à signaler dès maintenant. J'ai commencé par enseigner la pratique du rhythme avant d'en faire la théorie, persuadé qu'on saisira mieux celle-ci quand on possédera celle-là. Le leéleur ne trouvera pas ici les dissertations et démonstrations propres aux ouvrages de longue haleine et aux études approfondies. Souvent, il est vrai, l'explication d'une règle en a fait la démonstration; mais souvent aussi j'énonce simplement des choses amplement démontrées dans les Mélodies grégoriennes ou la Paléographie musicale.

Ce livre peut donc être regardé comme un manuel pratique où les maîtres de chant trouveront réunis, expliqués et en quelque sorte vulgarisés tous les principes et tous les conseils nécessaires pour la bonne exécution des mélodies grégoriennes.

Désirant faciliter encore plus l'intelligence de ces principes et l'enseignement de ce chant, je publie en même temps que cet ouvrage une série d'exercices gradués. Ces leçons ne contiennent qu'un texte explicatif fort succincl: qui donne la clef des exercices. Ainsi sera comblée, je l'espère, la lacune si importante qui existait dans l'enseignement du chant grégorien, et qui nuisait tant à sa pratique et à sa propagation.

Toutefois, si ce livre est une grammaire, et si les grammaires sont indispensables, on se souviendra que la musique est une langue, et qu'une langue ne s'apprend bien qu'avec ceux qui la parlent. On n'explique que longuement et avec peine ce qu'un exemple de vive voix rend clair en un instant. Il est donc indispensable pour se faire une idée exacte du rhythme, de ses effets et des différentes particularités d'exécution, d'entendre les explications et l'exécution d'un maitre expérimenté. Beaucoup ensei-

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gnent et chantent les mélodies grégoriennes sans avoir une science suffisante. J'espère que cet ouvrage, en précisant les choses comme elles ne l'ont jamais été, aidera à obtenir plus aisément des résultats sûrs et meilleurs.

Bon nombre d'exemples sont traduits en notation musicale, car ce travail s'adresse particulièrement aux musiciens qui n'ont encore aucune connaissance spéciale du chant grégorien. Ils trouveront là des points de repère fort utiles pour se rendre compte des effets d'exécution.

Plus tard je commencerai la publication d'une série de livraisons contenant des offices et des pièces diverses. La mélodie y sera traduite en notation musicale surmontée de l'indication graphique du rhythme; puis, au-dessous du chant, on lira l'accompagnement d'orgue. Grâce aux explications nombreuses sur le chant, le rhythme et l'harmonisation qui accompagneront chaque pièce, cette autre publication sera le complément de cet ouvrage.

En terminant, je tiens à dire que le ton de ce livre est celui d'une conversation familière avec le lecteur. On a pu déjà s'en apercevoir, mais plusieurs trouveraient peut-être que pour un livre didactique, j'aurais dû parler un langage plus grave et plus austère. A Dieu ne plaise! Je pense qu'à discuter des matières si difficiles, à analyser tant de choses complexes et délicates, les leéleurs et moi aurons bien travaillé et bien mérité; et il ne m'a pas semblé nécessaire d'ajouter à cette peine l'ennui d'un ton pédagogique, qui ne déride jamais. En me permettant de dire parfois en riant toute ma pensée et de l'exprimer dans une forme de premier jet, je me suis délassé sans crainte de chagriner le lecteur; car souvent les choses ainsi dites sont plus claires et frappent plus l'attention.

Je demande du reste que l'on ne se contente pas d'une lecture superficielle, spécialement pour les chapitres qui traitent du rhythme et de l'accompagnement. Ils sont trop en dehors des idées reçues pour ne pas sembler étranges au premier abord; mais une fois en possession des princi-

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pes qu'ils exposent, on aura du chant grégorien une idée plus exacte que celle qu'on s'en forme ordinairement. La pratique s'en ressentira; et je serais heureux de contribuer à procurer ce résultat, persuadé que les saints offices en tireront profit.

Romsey (Angleterre) en la fête du Très Saint Rosaire, 1891.

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